#257 – La permission de vivre

J’aurai beau avoir 43 ans dans quelques semaines, je me fais toujours l’impression d’être ce grand dadais, naïf et gauche. J’ai le sentiment de ne pas savoir comment aborder les choses les plus simples de la vie, de rêvasser à un futur acidulé et de manquer cruellement d’expérience — ou de savoir faire, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.
Comment vous expliquer ? C’est un peu comme si j’avais vécu dans un cocon pendant des décennies et que, maintenant, il me fallait tout apprendre et, en quelque sorte, rattraper le temps perdu.

Si j’avais su… Avec des si… me direz-vous. N’empêche que, plus jeune, si j’avais reconnu et assumé ce que mon « être profond » pressentait bon pour moi, ma vie serait sans doute différente à l’heure qu’il est. Par exemple, je ne me serais pas engager dans cette voie professionnelle qu’est le commerce. Je ne suis pas commerçant : je ne sais déjà pas aborder les gens, alors leur vendre quelque chose !
Et puis j’aurais assumé mon homosexualité bien plus tôt. Si j’avais eu le cran — ou les ressources suffisantes pour — d’être moi-même, plutôt que celui de m’inventer une vie qui plaise aux autres. Car toutes ces années je n’ai souhaiter qu’une chose : être accepté par les autres pour me sentir comme les autres. Pendant des années j’ai refusé mon individualité, j’ai nié ma personnalité, je suis devenu ce qu’on voulait que je devienne.

Et puis, il y a 10 ans, poussé à cela par la dépression qui me rongeait, j’ai pris (ou j’ai cru prendre) la décision de regarder la vie en face. J’ai pensé me remettre en question et accepter de me révéler. J’ai eu l’impression de prendre les choses en main. Mais je n’ai fait que reprendre pied car aujourd’hui, finalement, peu de choses ont changé.

Je travaille toujours dans ce domaine que je déteste définitivement, fait d’hypocrisie, et de futilité, centré sur lui-même et qui cherche désespérément des moyens de se renouveler. Et même si je ne me cache plus de mon homosexualité, le dialogue reste compliqué avec mes parents par exemple. Dans la rue, par exemple, je ne suis pas pleinement moi-même ; face aux autres je maintiens cette sorte de distance polie face à cette sexualité marginale. Je n’impose pas mes choix, je demande à ce que les autres les acceptent. J’attends d’eux la permission d’être moi… la permission de vivre ?

Alors qu’en est-il de mon futur acidulé ? De mes rêves de faire « autre chose », « ailleurs », « autrement » ? Plus le temps passe et plus je me dis que c’est le moment de passer à l’action ! D’enfin oser me lancer, de larguer les amarres de cette « ancienne » vie, d’être celui que j’ai toujours été, mais qui, pour l’instant encore, se cache derrière le masque de grand dadais qu’il s’est fabriqué.

La question maintenant n’est pas tellement de savoir comment m’y prendre, car aucun plan ne me sécurisera jamais. Non, la question essentielle est quand ? Quand faire enfin ce premier pas ?

#256

Imaginez l’effet que cela fait de se rendre compte que vous avez toujours été dans l’erreur. Que, depuis le début et jusqu’à maintenant, vous marchiez sur le mauvais chemin… Imaginez que vous étiez pressé de vous rendre à un endroit précis, assez loin de votre point de départ, que le décor autour de vous ne vous rappelait rien, mais qu’au contraire il vous surprenait assez. Que vous ne rencontriez pas les signes où les panneaux indicateurs que vous attendiez. Et imaginez qu’à un moment donné, tout à coup, sans réellement savoir pourquoi, votre conscience est percutée de plein fouet par une incroyable vérité : depuis le début vous avanciez dans la mauvaise direction et vous vous éloigniez de votre destination plutôt que de vous en approcher, comme vous le croyiez.

C’est tout à la fois saisissant, bouleversant et terrifiant. Mélange de doute, d’incompréhension et de colère, vous refusez d’abord de croire que l’évidence est là. Pourtant, à la lumière de cette révélation, votre passé devient soudain limpide mais dans le même temps votre avenir devient confus. Vous comprenez maintenant seulement pourquoi aucun signe positif ne venait à vous, pourquoi il vous fallait encore et encore faire des efforts sans jamais voir apparaître, même au loin, ce fameux but que vous visiez, cet Eldorado personnel que vous aviez prévu d’atteindre.

Je vis cela, mais je ne sais pas encore comment le gérer. C’est comme une bulle de vérité qui me tombe dessus et m’enveloppe sans que sache encore ce que je peux en faire. Comment agir dorénavant ? Quelle attitude adopter ? Continuer sur ce chemin en espérant qu’il réserve, qui sait, une ou deux bonnes surprises ? ou faire demi-tour et enfin prendre la bonne direction… mais sans garantie d’arriver à temps ?
Tout cela vous paraît sans doute bien métaphorique et pourtant je reçois depuis quelques jours des réponses on ne peut plus concrètes à mes questions. Je visualise assez bien le pourquoi du comment. Mais j’y reviendrai ; sans doute…

En attendant j’ai entamé depuis quelques semaines maintenant une VAE – Validation des Acquis de l’Expérience. Ceci dans le but d’obtenir un diplôme. Mais cette démarche n’est pas une finalité en soi. Ce n’est qu’une étape, mon véritable objectif étant de me reconvertir professionnellement. Et pour pouvoir me donner la chance d’une vraie reconversion, il me faut un diplôme suffisant pour rentrer dans l’école que je vise. Bref, encore une fois tout cela semble bien obscur… C’est juste que je n’ai pas envie de rentrer dans le détail maintenant. Lors d’un prochain billet, sans doute, je vous en dirai davantage.

#255 – Niveler par le bas

Tout se passe comme si le but du jeu était de ne plus faire qu’une seule et même masse à partir de toutes les individualités. Niveler le niveau — en tirant vers le bas — mais pas seulement. Effacer les spécificités, écraser les personnalités, créer une sorte de marécage.
De loin, on pourrait croire que le mélange des cultures est à l’oeuvre mais il me semble qu’on devrait aborder ce point sous l’angle de l’enrichissement  plutôt que celui du mélange lorsque l’on parle des cultures. S’ouvrir sur le monde plutôt que se concentrer à l’extrême sur un modèle ou une pensée unique. L’uniformisation de la pensée va bon train.

Un salmigondis d’âneries et de désinformation, voilà ce qu’on nous donne chaque jour à manger. On se couvre (se cache ?) à chaque instant de préjugés, de propagandes et d’idées toutes faites. Du jetable et du recyclable — comme nous !
Par exemple, ma collègue passe son temps à regarder les alertes de 20 Minutes et de Métro (filiale de TF1) sur son téléphone. Elle nage dans ce qu’elle pense être la vraie vérité. Elle laisse les émotions que cette simili-actualité crée entrer en elles — voire la submerger. Ce faisant, elle s’imprègne de cette atmosphère de crise, de violence, de haine, de jugements hâtifs et de raccourcis. Elle en fait sa vision du monde. Et le résultat est qu’elle passe son temps à vivre dans son quotidien des situations « qui la saoulent » ou des « catastrophes », et ponctue toutes ses phrases d’un « c’est pas gagné » ironiquement victorieux. Elle est devenue ce qu’elle lit à longueur de journée…

Et ces masse média sont partout. Ils déploient leurs ramifications dans le quotidien d’actifs déboussolés — et qu’il faut « guider ». Ils nous ballottent entre mauvaises nouvelles et nouvelles menaces. Ils nous font croire n’importe quoi, ils nous effraient et nous promettent une récompense (?) si on reste sage. Avec l’immédiateté des communications on s’imagine qu’on pilote la réalité mais on ne prend plus le temps de réfléchir ou de développer son propre point de vue. On ingurgite à toute vitesse et on s’étonne ensuite de se sentir si mal à l’aise.
On croit que le monde est ainsi, qu’il est pareil partout et que tout le monde sur la planète vit la même chose. Boulot (chiant) – métro (bondé) – dodo (perturbé) : ce serait le lot de chacun ici-bas. Et pourtant… il existe tant de diversités, de situations, d’endroits, de décors, de parcours…

Simplement, la partie du monde à laquelle nous appartenons n’existe que parce que nous lui sommes dévoués corps et âme. Elle nous maintient dans son système parce que sans nous elle n’existe plus. Elle agite devant nous un miroir aux alouettes. Des éclats brillants de gens qui réussissent, qu’elle a soigneusement sélectionné pour nous éblouir et nous faire croire que « oui, c’est possible ». Possible de quoi ? D’avoir et d’être… oui, mais quoi ? D’avoir des biens inutiles, de développer des attitudes superficielles ou de vivre des vies vides de sens ?

Rien ne sert de se battre contre ce système. Cela reviendrait à nous battre contre nous-mêmes. Mais sortir de tout ça est possible. Détourner les yeux et l’esprit. Regarder ailleurs, dans d’autres directions est à la portée de chacun. Il ne tient qu’à nous de faire le premier pas.

#254 – Et 2015 chassa 2014

Eh bien, pensais-je, finalement la vie a changé. Pas le monde, lui restera celui qu’il a toujours été, mais la vie, ma vie, a bien été bouleversée. Le décor n’a pas vraiment bougé, mais qui se soucie de cela ? C’est plus en profondeur, à l’intérieur de moi, de mes convictions que, par contre, tout a volé en éclats. Éclair de génie ou prise de conscience lente et sur le point d’aboutir ? Difficile de le dire. Il me semble pourtant que mon âme est changée. Pour toujours mais pourrait il en être autrement ? De désillusions en psychodrames, l’année passée s’est achevée sur un puissant remaniement. La plupart des gens et des situations que je prenais pour immuables ont comme fondu sous mes yeux. Une certitude après l’autre s’effondrait. Mais que sont réellement ces certitudes sinon des croyances confortables ?

L’année nouvelle débute de la même façon et les événements récents qui secouent notre communauté, me confirment dans ma pensée que nos peurs ne devraient jamais régir nos vies. Quel que soit le nom qu’on donne à la peur (doute, rejet, méfiance…), elle n’en reste pas moins une prison pour beaucoup d’entre nous. Et plus on accorde de poids aux gens, aux situations ou aux événements et plus ils sont générateurs de peur. Pourtant, souvent, il ne s’agit pas d’une peur réelle mais d’une projection de notre esprit vers un futur craint, en adéquation avec un passé douloureux. Donc un sentiment totalement infondé puisqu’il n’existe pas dans le présent. Avoir peur nous contraint à mal agir, voire ne pas agir du tout. Et c’est précisément cette inaction qui, me semble-t-il, nous fait glisser vers une forme de danger bien plus redoutable que celui supposément lié à l’action.

Aussi, s’il me fallait sacrifier aux bonnes intentions pour la nouvelle année,  je dirais que j’aspire à ne plus voir trop d’importance dans les situations de la vie et, de fait, à ne plus avoir peur de l’inconnu. Et je vous souhaite la même chose, pour une année remplie d’actions et de découvertes, seuls moteurs de l’existence.

#253 – Depuis le temps

Je n’ai pas écrit ici depuis plusieurs semaines déjà. Ce ne sont pas les occasions ni les sujets, ni même le temps qui m’ont manqué. Au contraire. Paradoxalement, je crois que plus il se passe de choses dans ma vie et moins je ressens le besoin d’écrire.Mais,soudainement, le temps de rédiger un petit quelque chose, je m’octroie une pause, comme pour consolider toute l’avancée des dernières semaines, poser un jalon ou sauvegarder un fichier, vite avant qu’il ne s’efface. A moins que la coupe ne soit trop pleine et qu’il me faille la vider un peu ici avant de la remplir à nouveau ?

Plus que jamais ma vie change et j’en suis heureux. Je ne sais pas encore très bien vers quoi je me dirige (bien que de plus en plus l’image se précise, …et elle est vertigineuse), mais je sens que je suis sur la bonne voie. Je ressens les événements et les choses différemment. Je perçois de nouvelles nuances, de nouvelles pensées, de nouveaux schémas et cela me remplit d’un immense espoir. Je me sens capable de dépasser ma condition et mes limites, de modifier mon interprétation de la vie et de faire des choses aux quelles je n’aurais même pas osé rêver il y a encore peu.

En réalité, je découvre que ma façon d’appréhender le monde est souvent erronée et le simple fait de le comprendre m’ouvre de nouvelles perspectives. Par exemple, je me suis soudainement rendu compte que le monde qui m’entoure est en réalité mon monde. Il n’appartient qu’à moi et est contenu tout entier à l’intérieur de moi. Je fais le monde qui m’entoure. Et rien dans l’Univers n’échappe à cette loi. Je perçois l’extérieur à ma façon ; je ne vois que ce qui m’intéresse, je ne capte que certains signaux, je ne vibre que sur certaines fréquences, … bref, je façonne mon environnement à 100%. Et savoir cela est libérateur. De fait, je deviens l’unique créateur de mon décor, et les personnages qui partagent la scène avec moi sont ceux que je choisis. Je ne peux pas changer leur rôle mais je peux choisir de les faire entrer en scène ou pas. Je ne choisis pas leur attitude, mais je choisis de jouer avec eux ou pas. Je ne choisis pas leur état mais je choisis l’interaction qu’ils ont avec moi.

Dans le même ordre d’idée, j’ai compris que laisser certaines personnes de mon environnement me mettre en colère, me décevoir ou m’intimider, équivalait à leur laisser les commandes de moi-même. D’une manière générale, laisser les autres avoir une emprise (forte et durable) sur mes sentiments, c’est les laisser diriger ma vie. Et je ne peux pas accepter plus longtemps que d’autres que moi me dictent comment me sentir, agir ou ce que je dois décider. Les seules influences que je peux accueillir sont celles qui viennent de moi. Mon besoin de justice, d’aimer, de créer, d’apprendre, par exemple, sont les seuls guides que je dois suivre. L’extérieur (la mode, la flatterie, la superficialité, la publicité, l’autorité…) n’a pas à me dicter mes choix.

En résumé, je suis le seul acteur de ma vie et je suis donc celui qu’il faut blâmer ou féliciter pour les choix que je fais. La seule chose qui compte est que ces choix viennent bien de moi et ne me soient dictés par personne d’autre, directement ou pas.
J’ai entrepris de changer de métier. De me reconvertir, loin de ma fonction actuelle, celle que j’exerce depuis 22 ans !  A plus de quarante ans, c’est un pari un peu risqué mais terriblement excitant. Et je ne me suis jamais senti aussi déterminé et profondément en accord avec moi-même. Je sais que je ne peux pas me tromper, même si tout ne sera pas rose…. Les démarches sont entamées et bientôt, si tout va bien, je retourne sur les bancs de l’école. J’achèverai peut-être alors ce que j’ai commencé il y a bien longtemps ?

#252 – Derrière vos yeux

Je suis fasciné, de plus en plus, par les yeux des gens. Avez-vous remarqué la danse de ces deux billes sur le visage de votre interlocuteur ? Deux boules cachées dans leurs orbites, qui s’agitent en tout sens. Il m’est étrange de penser que les yeux sont deux organes indépendants de celui qui les portent. Et pourtant, ils semblent avoir une vie propre, une dynamique que leur propriétaire ignore. Ils sont les appendices du cerveau qui communiquent avec l’extérieur et, du coup, nous donnent à voir — c’est le cas de le dire — l’intimité de celui-ci. Les yeux qui montent vers le ciel pour trahir l’exaspération, ceux qui partent sur le côté pour nous préciser que celui qui parle est en train d’inventer de toute pièce son histoire. Les yeux qui bombardés en permanence d’informations. Rien ne leur échappe, mais ils ne transmettent à la conscience que ce qui lui sera utile, ce qui aura un impact ou une influence, c’est-à-dire presque rien. Il y a aussi des yeux qui cherchent, qui s’arrêtent sur l’objet de leur désir… Des yeux qui trahissent l’attrait d’un individu pour un autre, sans même que l’un soit conscient du regard qu’il pose sur l’autre.
Ils trahissent nos moindres pensées, surtout les plus secrètes, transpercent les autres ou les fuient : question de tempérament. Ils sont le reflet de l’âme, de ce qui se passe à l’intérieur. Et en même temps, ils sont les caméras de notre inconscient, les pourvoyeurs de sensations, de couleurs et d’image. Ils sont le visage de notre cerveau. Ils s’arrondissent pour nous attendrir, se figent pour nous effrayer, s’agitent pour nous affoler.

Les yeux des gens sont un spectacle permanent. Et, de temps en temps, quand deux paires d’yeux se croisent, c’est comme si deux cerveaux communiquaient directement l’un avec l’autre.