VIII – Engagés dans le même combat

VIII – Engagés dans le même combat

R., alias Régis, m’adressa un message dans les deux jours qui suivirent notre rencontre à la terrasse du M. Lorsque je vis apparaître « 1 message de R. » sur mon portable, je cru me souvenir qu’il s’appelait Raoul, mais lorsque je lus « Salut c’est Régis », il me revint subitement en mémoire, à la fois son prénom, son visage et son intrusion entre Bastien et moi. Ce n’était pas vraiment de l’aversion que je ressentais envers ce garçon mais plus de l’agacement face à son opportunisme. Je le trouvais mal venu en tous points. Cette façon qu’il avait eu de s’incruster dans ma relation avec Bastien, une relation que je croyais n’appartenir qu’à nous, m’avait mis en colère et m’avait fait le prendre en grippe. Et ce toupet qu’il avait eu de me demander mon numéro de téléphone ! Tout cela avait fini de me fâcher avec lui ! Raoul-Régis n’était pourtant pas déplaisant, bien qu’insignifiant face à « mon » Bastien.

Dans son SMS, donc, les mots s’ordonnaient ainsi : « Salut, c’est Régis. Merci pour l’autre soir. C T très sympa. On remet ça ce soir ? Verre + Resto ? » On ne m’avait plus fait un tel rentre dedans depuis que Michel m’avait dragué, il y a des années, à l’époque sans la facilité des textos et autres écrans de téléphone ou d’ordinateur pour se cacher. Bien que toujours contrarié et pas du tout désireux de passer du temps avec Raoul-Régis, je laissais naître en moi l’idée stupide de toucher Bastien — de le rendre jaloux ? — à travers ce type. Et qui sait, peut-être que Bastien serait là ou qu’il nous rejoindrait après ?… J’acceptai donc le rendez-vous de Raoul-Régis et nous convenions de nous retrouver le soir même.

Le début de la soirée se déroula comme je m’y attendais : mal. Je n’avais réellement pas envie de le revoir et ses minauderies m’agaçaient. Il faisait de l’humour pour essayer de me dérider mais ça n’avait pour effet que de me crisper encore davantage. Il arborait le même look BCBG un peu surfait que la dernière fois et je me sentais à mille lieux de son univers. La seule chose qui aurait pu nous rapprocher, lui et moi, c’était que nous étions tous deux des homos célibataires.  En fait, il y avait un autre point que je partageais avec Raoul-Régis : nous étions tous les deux épris de Bastien ! Je le découvrais au fil de l’eau… en le questionnant sur ses relations avec le bellâtre. Curieusement, parler de Bastien me détendait. J’avais l’impression que son image s’éloignait petit à petit des mes préoccupations pour s’exposer sur la place publique, en terrain neutre en quelque sorte. Je me dépossédais de Bastien en laissant Raoul-Régis en parler.
Et je découvrais — mais au fond ne le savais-je pas déjà ? — que Raoul-Régis nourrissait une puissante admiration pour celui qu’il appelait « ce grand reporter », « cet super ami », « ce garçon génial ». Je pouvais voir dans son regard la petite étincelle qui lui piquait le cœur. C’est à ce moment là, n’y tenant sans doute plus et décidant de tenter le tout pour le tout, que Raoul-Régis me dit : « malheureusement Bastien préfère les femmes. D’ailleurs tu sais qu’il est marié…? »
Il savait bien que je n’étais pas sans ignorer l’état matrimonial de Bastien et il savait tout aussi bien que, de mon côté, j’en pinçais sérieusement pour le « grand reporter » en question. Bastien l’avait sans doute deviné et en avait probablement parlé à son « super ami » mais, quoi qu’il en soit, mes « petits secrets » n’étaient de toute façon pas difficiles à découvrir. L’intervention faussement franche de Raoul-Régis termina de me décontracter. Premièrement parce que nous parlions de Bastien, sujet devenu intarissable pour moi, et deuxièmement, parce que je constatais que lui et moi étions finalement engagés dans un même combat perdu d’avance.
Dès lors la conversation se dénoua et nous pûmes aborder toutes sortes de sujets, parfois graves, parfois drôles. Mon opinion sur Raoul-Régis venait peut-être de changer. Il faisait mine de s’intéresser à ma vie et je faisais mine de m’émouvoir pour la sienne. De fil en aiguille, des liens se tissaient autour et entre nous.

Il me proposa d’aller prendre un dernier verre chez lui. La ficelle était vraiment …énorme, mais j’acceptai ! Nous continuâmes notre conversation somme toute assez futile et dans laquelle revenait souvent Bastien, finalement notre seul dénominateur commun et celui qui nous avait mis en relation, dans son appartement cossu du VIIIe arrondissement. Boiseries, tableaux, hauts plafonds, lustres en cristal… Un certain goût pour le rococo mais aussi un luxe certain. Le cadre idéal pour le personnage qu’il jouait à l’extérieur. Assis dans le profond canapé en cuir qui crissait sous mes fesses, je me laissais bercé par les paroles de Raoul et l’alcool de Régis. A moins que ce ne fut l’inverse ? Lorsqu’il posa sa main sur ma cuisse, mon cœur eut violemment envie de le repousser mais mon corps tout entier s’abandonna. Enfin un peu de tendresse !, pensais-je. Bastien n’était pas loin. En fermant les yeux, je pouvais presque imaginer que c’était lui qui m’embrassait.

Et si tu réagissais ?

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