IX – Surprise !

IX – Surprise !

Régis m’avait emmené au Paradis des Paumés cette nuit là. Je m’étais laissé faire, rêvant d’être dans les bras de Bastien plutôt que dans les siens. Par moment le parfum lourd de Régis me revenait dans les narines et m’indisposait, me rappelant où et avec qui j’étais. Je faisais sans doute une erreur mais je volais un peu de plaisir et, tout compte fait, ce Régis au look coincé, n’était pas un mauvais amant. Le corps bien fait, il ne manquait ni d’imagination ni de souplesse. Et puis mieux valait la chaleur des draps de Régis que la rudesse d’un mur sous un pont, sur les quais, comme je m’y étais habitué ces derniers temps. C’est juste que ce n’est pas de lui que je m’étais stupidement épris.

Les jours qui suivirent furent un peu compliqués à gérer. Régis ne cessait de m’appeler ou de m’envoyer des textos. Je crois qu’il était vraiment tombé sous le charme et moi je ne voulais pas lui faire trop de peine alors je le repoussais à peine. Il ne semblait pas s’étonner de ne pas pouvoir me revoir rapidement. Je trouvais mon attitude équivoque et je m’en voulais d’avoir cédé à ses avances. Je culpabilisais de le faire mariner mais je n’arrivais pas à lui dire franchement qu’entre lui et moi ça n’irait pas beaucoup plus loin. J’avais peut-être peur de sa réaction …ou de la mienne ? Me sentir une nouvelle fois complètement seul avec pour unique compagnon le vieil Albert, dans sa maison qui sentait la naphtaline et les médicaments. Et risquer de m’éloigner encore plus de Bastien, même si je ne l’avais pas revu depuis cette soirée gâchée durant laquelle, justement, il m’avait présenté à Régis.

Oui, j’espérais toujours, avec ou sans l’entremise de Régis, revoir Bastien. Je n’avais pas oublié son visage, son corps, son sourire, sa façon de me parler, de me regarder… Tout en lui m’avait fait craquer !
Je n’allais pas tarder à être servi puisque Régis me proposa bientôt un dîner avec Bastien et sa femme dans un restaurant un peu chic près des Champs-Elysées. Pour tout dire, j’étais emballé à l’idée de revoir Bastien et je m’empressais d’accepter, mais  j’étais aussi impatient de connaître « Madame La Femme de Bastien » pour comprendre contre qui je devais lutter. J’imaginais toujours que séduire Bastien ne m’était pas impossible et je me prenais parfois à croire qu’il ne m’avait pas recontacté par simple politesse après son malaise dans la pharmacie…

Le vendredi soir en question, Régis passa me prendre au pied de l’immeuble d’Albert et nous filâmes à toute vitesse vers le restaurant. Il profita du trajet (pourtant court) pour me dire des mots tendres et me caresser la cuisse. Il n’y comprenait décidément rien. Mais je ne le contredisais pas, un peu honteux de mon attitude des derniers jours. J’allais même jusqu’à me dire que je pourrais rester chez lui après le restaurant, ne refusant pas un peu de plaisir à nouveau. Je n’avais pour ainsi dire aucun scrupule, pas plus que je n’éprouvais de respect pour ce pauvre Régis pourtant si prévenant.
Lorsque nous entrâmes dans la salle, je ne reconnus pas immédiatement Bastien, ce qui me perturba durablement. L’avais-je déjà oublié ? Étais-je finalement si épris de lui que je voulais bien me le faire croire ? Quoi qu’il en soit, il était toujours aussi charmant. Sa barbe légère donnait une teinte doucement ombrée à son visage carré. Ses yeux brillaient de mille feux et sa main puissante qui venait de serrer la mienne m’intimida comme au premier jour. Il me présenta sa femme : Murielle. Elle était elle aussi très souriante. Relativement grande, cheveux longs bruns et yeux marrons.  Elle portait des lunettes ce qui lui donnait un air un peu intello et en même temps un peu sexy (un peu comme Lynda Carter dans « Wonder Woman » à la télévision dans les années 70). Evidemment, je la trouvais totalement quelconque, non pas que je ne fus pas capable d’apprécier la beauté des femmes, mais simplement parce qu’à côté de Bastien elle m’apparaissait comme insignifiante !  Elle me dévisagea assez longuement et, du coup, j’en perdis un peu mes moyens. Je crois même avoir rougi…
Murielle devait sans doute considérer que nous formions deux couples réunis pour un dîner entre amis. Elle et Bastien ; Régis et moi. Cette situation m’agaçait autant qu’elle me mettait mal à l’aise. Je pensais : il me suffirait d’étendre ma jambe sous la table pour entrer en contact avec celle de Bastien. Je lui ferais du pied pendant que sa femme et mon « escort boy »  continueraient à bavasser. Je me montrerais sensuel, remontant mon pied vers son genou puis vers sa cuisse. Il me regarderait avec malice, tentant de cacher son émoi et sa surprise.
Finalement, il n’eut pas besoin de cacher quoi que ce soit.
En revanche, je dus, de mon côté, retenir un petit cri de surprise lorsque je senti le pied de Bastien le long de ma jambe !

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