X – Le rendez-vous

X – Le rendez-vous

Moi qui fantasmais depuis que nous étions arrivés dans le restaurant, j’entrevoyais maintenant de façon violente — j’allais même dire obscène —  la possibilité que Bastien ne soit pas l’hétéro de base que j’avais imaginé. Evidemment, avec le recul je me disais que je l’avais toujours su, mais c’était facile à dire et, présentement, lorsque j’ai senti son pied remonter le long de mes jambes, j’ai éprouvé une confusion et un malaise intenses. Tout d’abord parce que sa femme dînait avec nous et que je trouvais qu’il avait particulièrement mal choisi son moment pour me faire savoir que je ne le laissais pas indifférent, et aussi parce que je considérais qu’il était terriblement inconvenant de se faire du pied sous la table. Je rêvais de fougue et de passion mais j’imaginais aussi une espèce de déclaration emprunte de romantisme et de tendresse, quelque chose d’un peu maladroit et de touchant. Enfin, le fait que Régis fut assis à ma droite, débordant d’attention pour moi, me dérangeait. Aussi je décidais de quitter la scène et je me levais d’un bond, prétextant un besoin subit d’aller aux toilettes. Je m’attendais plus ou moins à ce que Bastien m’y rejoigne mais il n’en fut rien. Je revins m asseoir quelques minutes plus tard et la soirée se poursuivit sans qu’il ne fut plus question d’aucun contact physique entre Bastien et moi. Je passais le reste de la nuit chez Régis.

Les jours passaient et je n’avais pas de nouvelles de Bastien si bien que je commençais à me demander de qui il s’était moqué, au fond, en agissant de la sorte. Régis était toujours aussi collant mais cette fois je lui donnais le change car j’étais en colère après Bastien. L’instant d’après je m’en voulais atrocement, estimant que je n’aurais pas du l’éconduire en me  levant précipitamment comme si javais été hostile à une relation intime avec lui. J’imaginais un complot pour me ridiculiser. Une sorte de haine contre les homos ou je ne sais quel délire….

Finalement Bastien m’appela une semaine après l’épisode du restaurant. Il ne se montra pas du tout désinvolte comme je le craignais et me proposa sans détour de nous retrouver chez lui avant qu’il parte à l’étranger pour un reportage photo. J’acceptais, comptant bien n’y réfléchir qu’après coup. Le rendez-vous était fixé à l’après midi même. J’étais terriblement nerveux bien sûr et surtout je ne savais pas quoi penser de son attitude ni de la mienne. J’avais le sentiment de n’être honnête ni avec moi même ni avec ce pauvre Régis.  Bastien vint m’accueillir en peignoir sur le pas de la porte. Je n’en menais pas large et lui ne se déparait pas de son sourire insondable. Il était magnifique, robuste et charmeur, sexy et convivial. Seule sa tenue me mettait mal à l’aise ; elle était trop explicite.
Très vite il ôta son vêtement en éponge et m’attira vers la chambre. Il attendait visiblement ce moment avec impatience et il me déshabilla avec nervosité. Ses gestes étaient brutaux et, bien que transporté de désir, je trouvais assez de lucidité pour regretter qu’il ne soit pas plus tendre. Comme l’autre jour au restaurant, j’étais heureux mais aussi déçu que Bastien n’agisse pas avec plus de douceur, qu’il ne se montre pas plus prévenant et je soupçonnais qu’il ne voie en moi que le moyen facile d’assouvir son attirance cachée pour les hommes. De fait, notre échange amoureux fut plutôt bestial et la fougue un peu trop violente du jeune homme me fit me recroqueviller sur moi-même. Il ne m’embrassa pratiquement pas, ne chercha pas à me faire plaisir, ne se posa même pas la question de ce que je ressentais. Il voulait juste satisfaire son envie de sexe, combler son manque ou peut-être réaliser son fantasme.
Je me sentais mal aimé ou, pire, pas aimé.

Bastien se retourna vers moi après avoir joui et s’être allongé sur le lit. Des gouttes de sueur perlaient sur son front blanc. Il me caressa le torse et ce fût le seul moment où je pu trouver une raison d’être à tout ça. Ma présence ici, ma joie de le revoir, mon désir pour lui, ma trahison envers Régis. Tout ça valait le coup soudainement, juste parce qu’il avait ce geste, cet égard envers moi. J’avais envie de lui parler de sa femme, de ses sentiments, de ses intentions, mais je me retenais de le faire, songeant que ce ne serait pas opportun et que je gâcherais tout en agissant de la sorte. Ne voulant pas plomber ce moment que j’avais tant espéré, je me contentais de le regarder en affichant un sourire malgré tout un peu crispé. Lui ne souriait pas non plus et ça lui donnait un air presque dramatique, très proche du romantisme dont j’avais rêvé. J’avais l’impression qu’il essayait de réfléchir profondément, de lire en moi ou de trouver la bonne façon de me dire les choses.
Tout doucement, tout en me caressant encore, il me dit : « Tu ne devrais pas trop traîner, ma femme ne va pas tarder. »
Sans répondre, je détournais mon regard et me levais.

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