Devoir accompli

Ces derniers temps je déserte ce blog. Depuis pas mal de semaines maintenant je ne publie plus grand chose. La faute à … moi et ma fâcheuse tendance à reporter tout à plus tard ; aussi à mon inspiration en creux et au sentiment que je n’ai finalement pas grand chose à raconter. Et puis il faut dire que j’ai eu ce dossier à préparer pour ma VAE (validation des acquis de l’expérience, qui me permettra si tout va bien d’obtenir un diplôme en fin d’année, après le jury, pour ensuite démarrer une formation d’un an et, je l’espère,  me reconvertir…). Ce book, donc, sensé présenter des actions que j’ai réalisées au cours de ma carrière (23 ans…), qui pourraient équivaloir au référentiel du diplôme visé.  Ce n’est pas forcément très compliqué mais c’est très fastidieux et rébarbatif parce que très administratif dans la forme. Réunir des documents, des anecdotes, expliquer,  commenter… tout un tas de choses qui demandent de se poser et de réfléchir et surtout, surtout, de se motiver. Sur ce point je dois une fière chandelle à ma boîte actuelle qui chaque jour un peu plus me donne l’envie et la force de la quitter ! Mais bien sûr je ne me suis réellement mis au travail que fin mai et j’ai passé beaucoup de temps en juillet pour rendre mon dossier dans les délais.

Enfin voilà,  c’est désormais chose faite. Je suis maintenant face à un océan de vacuité. Je me suis remis à mes cours d’anglais et me suis d’ores et déjà inscrit à un atelier de dessin pour la rentrée… D’ailleurs je vous propose un petit dessin que j’ai commencé pendant mes vacances. Il s’agit dune representation de la rue dans laquelle nous logions lors de notre semaine à Barcelone. Je viens de le terminer  (j’avais pris soin de prendre une photo) et je ne suis pas mécontent du résultat,  même s’il y a encore beaucoup de défauts (de perspective notamment).

Ce dessin me donne envie d’en réaliser d’autres mais je ne veux pas encore vous parler de ce que j’ai en tête. Ce serait prématuré.

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#222 – 20 ans, et après ?

Ma collègue a découvert aujourd’hui que 20 ans de bons et loyaux services pour une société n’ont aucune valeur. Elle s’est rendue compte qu’attendre autre chose qu’un salaire (insuffisant bien sûr) n’était pas viable. Malgré toute l’énergie qu’elle a fourni, tout le dévouement qu’elle y a mis et tous les talents qu’elle s’est efforcée de mettre au service de l’Entreprise, elle se retrouve sur le carreau.
Elle n’est pas licenciée, c’est bien pire : elle est mise au placard. Comme ça, pour rien et pour tout. Dans ce genre de circonstances, toutes les raisons — surtout les plus futiles — sont bonnes.
Comment dire ? Je crois qu’elle s’attendait à mieux, à un peu de reconnaissance et de savoir vivre de la part d’une boîte qu’elle a adorée, le mot n’est pas trop fort.
Heureusement pour elle, après la déception, elle semble prête à rebondir, même si « ça fait quand même quelque chose » comme elle me l’a dit.

***

Hier, alors que j’animais une formation, un des participants est venu me confier les difficultés qu’il éprouvait dans son travail. Absent pendant plusieurs mois (voire plusieurs années) pour des problèmes de santé, il n’est clairement plus le bienvenu maintenant qu’il peut reprendre du service.
Il a été remplacé à son poste et depuis son retour, il doit partager sa fonction avec un autre. Un autre en pleine santé, jeune, dynamique, beau parleur… Un autre qui s’est installé, ne compte pas rendre son tablier et a vite fait de prendre l’ascendant. Le contraste est réellement saisissant entre ces deux hommes aux trajectoires opposées mais qui, par la force des choses, se croisent maintenant, sur ce poste précisément.
Son témoignage, a fait naître en moi une certaine tristesse. Je lisais sa souffrance dans sa gestuelle. Puis j’ai ressenti une grande colère. Je me suis demandé comment on pouvait traiter les gens aussi mal ? Qu’il ait été absent pendant une longue période est un fait. Il a sans doute manqué à l’Entreprise, bien que la preuve a été faite qu’il n’était pas irremplaçable. Mais est-ce que cela justifie qu’on le mette ainsi au ban du métier ? Qu’on l’humilie purement et simplement en le faisant pourrir dans le rôle de « celui-qui-n’a-plus-de-place ».
J’ai eu le sentiment que son travail représentait énormément pour lui, que c’était en quelque sorte sa seule identité –car il s’est montré extrêmement discret, presque timide. Du coup je m’interroge : que lui reste-t-il ?

***

Je suis sans doute un peu naïf et j’amplifie peut-être les sentiments des autres. Je les passent au filtre de mes propres doutes et de mes craintes et j’en fais des mélodrames qui me confortent dans l’idée que l’Entreprise est « méchante » et que, nous, pauvres employés interchangeables, sommes des « victimes ».
Sans doute y a-t-il un peu de cela…
Mais il y a aussi une vision plus positive, ou tout au moins, une forme de leçon de vie à tirer de ces deux exemples : pour ne pas se retrouver dans la position de la victime et souffrir pour des choses qui n’en valent pas tant la peine ; pour ne pas tomber de sa chaise un beau matin, en culpabilisant de n’avoir rien vu venir ; pour ne pas se retrouver dans une impasse sans possibilité de retour ; pour toutes ces raisons, il nous faut prendre en main nos vies et cesser de donner ce pouvoir que nous possédons tous de décider de nos sorts à d’autres. Car eux seuls connaissent leurs véritables intentions.

#212 – Réveillez-vous

Les cols blancs n’ont jamais mieux porté leur nom que ce matin. Parqués dans ce hall d’embarquement d’Orly, ils sont d’une uniformité affligeante. Costume bleu, chemise blanche et cravate sombre, ils se ressemblent tous. Même leurs visages fatigués semblent interchangeables. Légèrement bedonnants et les traits tirés, ils souffrent de l’heure trop matinale, de la nuit passée qui a été trop courte et de la journée à venir qui s’annonce trop longue. Les femmes ne sont pas en reste. Même pantalon de circonstance et petit foulard au tombé faussement naturel. On dirait quelles se rendent toutes au même enterrement. Elles portent cependant un regard plus acéré ; sans doute sont elles maintenues sous pression par leur volonté de survivre dans cet univers presque exclusivement masculin.

Les ordinateurs portables sont sur les genoux, les smartphones sur les oreilles et les tablettes dépassent des sacs. Le tout crépite dans une vaste course, perdue d’avance, à la productivité. Ne jamais s’arrêter de travailler pour ne pas se rendre compte de la vacuité de la vie ? Ils sont prêts à s’entasser dans des avions charters pour cadres endimanchés,  tous dans le même bateaux si l’on peut dire, sacrifiant dans un bel ensemble au Dieu Capitalisme sans même savoir ce qu’ils font au juste ni à quoi ils servent. Ils ne savent même pas qui ils servent. Ils s’accrochent presque désespérément à un job en tous points similaire à celui de leur voisin de salon d’attente et,  par conséquent, sans valeur. Seul le nom de la boîte change.

Le conformisme a encore de beaux jours devant lui mais, malgré tout, je me demande ce qui pousse tous ces hommes et toutes ses femmes à vivre ainsi ? Toute à l’heure une hôtesse blasée « membre de l’alliance Sky Team » leur offrira un café lyophilisé et un croissant décongelé. Et plus tard encore ils se « régaleront » d’une soirée étape dans un hôtel bon marché avec pour seul échappatoire à leur solitude le travail jusque tard dans la nuit, assis sur leur lit.
Croire qu’il faut en passer par là pour réussir (quoi au juste ?), pour exister (sous quelle forme ?), pour se sentir utile (à qui ?), pour gagner sa vie (qu’elle vie ?),… est un leurre.  Une illusion savamment entretenue et qui repose sur l’idée que si tout le monde le fait, alors c’est que ça doit être ce qu’il faut faire. Tout le monde ne peut pas avoir tort…?

C’est vrai, c’est rassurant de se sentir appartenir à une sorte de communauté. Des gens qui vivent comme soi, qui ont les mêmes codes et qui partagent les mêmes valeurs. Et pourtant si nous prenions le temps de nous interroger (vraiment) sur nos valeurs, nous constaterions que nous n’avons pas les mêmes,  que nous n’aspirons pas aux mêmes idéaux et que nous n’avons pas la même conception du travail que nous accomplissons.
S’interroger de la sorte est le point qui nous fait défaut et, par conséquent, comment pouvons nous savoir ce à côté de quoi nous passons, mais qui pourtant est essentiel pour nous ?

Finalement ce matin, parmi tous ces gens qui me ressemblent, je me sens appartenir à un groupe « d’aveugles lobotomisés », ou de béni-oui-oui sans libre arbitre… J’ai envie de leur crier « réveillez-vous », mais je crois que c’est d’abord à moi même que je devrais le dire !

# 206 – Qui ne tente rien…

J’expérimente actuellement beaucoup de choses nouvelles notamment dans le domaine du développement personnel. Je n’aime guère ce mot, développement personnel, car je trouve qu’il sonne un peu comme le nom d’un gadget pour homme moderne inconsistant… Je préfèrerais parler de réalisation de soi ou même de progression intérieure, au risque de devenir ésotérique dans mon discours. Enfin, toujours est-il que je suis en plein chamboulement – pas uniquement intérieur d’ailleurs, puisque ce qui se passe à l’intérieur se voit à l’extérieur -, ce qui n’est pas une nouveauté dans la mesure où je m’interroge depuis longtemps sur moi, sur les autres, sur ma relation au monde, etc.

Je vous ai déjà parlé de mon projet. Il continue à se concrétiser et sa réalisation me pousse à prendre des responsabilités différentes, à réfléchir autrement ou encore à développer de nouvelles compétences. Bien que passionnant, cela peut aussi s’avérer fastidieux et donc, décourageant par moment. C’est, selon moi, LE piége à éviter : se sentir découragé et se dire qu’on n’y arrivera pas. Dès lors, il n’y a qu’un pas – un mot – pour se dire « à quoi bon » et tout laisser tomber. Ajoutée à cela ma fâcheuse tendance à remettre à plus tard ce que je devrais faire maintenant et j’obtiens une idée avortée.

Mais cette fois il semble pourtant que je tienne bon, que je progresse, que je ne remette pas mes responsabilités à plus tard ni que je rejette mes manquements sur les autres, ce qui est un point fondamental. Dans ce contexte j’avais projeté de négocier un jour de télétravail par semaine avec mon employeur. L’idée était de proposer une solution gagnante / gagnante dans laquelle je m’engagnais à une meilleure productivité mais aussi je gagnais en souplesse pour organiser mon temps. J’ai donc proposer ce deal à mon chef, alors même qu’aucun accord de ce genre n’existe dans mon entreprise. Le télétravail n’y est pas reconnu.

J’ai obtenu partiellement satisfaction, c’est à dire un accord « entre nous » de travailler à la maison « de temps en temps et quand la charge de travail l’exige ». Autant dire qu’il ne s’est pas trop mouillé sur ce coup là… Néanmoins, je ressors assez satisfait et cela pour deux raisons au moins. La première c’est que le fait de lui proposer une façon de travailler différente a profondément et durablement modifié mes relations avec lui et la façon dont il me perçoit. Il m’a lui même avoué être «dérouté» par ma proposition. Je suis celui qui ait fait bouger les lignes et, en ce sens, j’ai un coup d’avance sur lui. Deuxièmement, cela m’a permis de réaliser que je suis seul décisionnaire des orientations que prend ma vie. Je sais que ça paraît contradictoire aux vues des résultats obtenus, mais pourtant en y regardant de plus prés, j’ai réfléchi à cette organisation, j’ai décidé de la soumettre, j’ai argumenté en sa faveur, j’ai fait bouger le cocotier et j’ai fait reconnaître cette méthodologie comme une possibilité. En d’autres termes, j’ai agi. J’ai été acteur de mes propres modes de fonctionnement, ce qui me conforte dans l’idée que TOUT, absolument TOUT est possible.

Certes, aujourd’hui vous vous dites sans doute que je n’ai pas obtenu ce que je voulais. Mais en êtes vous bien sûr ? À votre avis, que va-t-il se passer si la semaine prochaine je ne viens pas au bureau jeudi mais que je rends un travail attendu et, qui plus est, de meilleure facture que d’ordinaire ? Pensez-vous vraiment que mon chef va me demander où j’étais et ce que je faisais ? Si je vous disais que le simple fait de l’avoir dérouté avec mon idée l’a inconsciemment convaincu qu’il fallait la tenter, me croiriez-vous ? Et si je vous disais que je suis même persuadé qu’il attend que je la mette en pratique pour tacitement la valider, me feriez-vous confiance ? Les apparences sont souvent trompeuses…

# 193 – Négociations

Je suis sur le point de demander à mon responsable la possibilité de travailler de la maison au moins un jour par semaine. Bien que ça ne fasse pas grande différence avec aujourd’hui en termes de présence au bureau, c’est tout de même compliqué car il n’y a pas d’accord de télétravail dans ma boîte. Et bien sûr le mot « maison » inquiète car pour beaucoup d’esprits français, il est synonyme de « glandouille »… Aussi je sais déjà que l’on n’emploiera pas le mot « télétravail » et que mon contrat ne sera pas modifié. Pourtant aujourd’hui dans des tas d’autres services cette pratique est très répandue, connue mais tue. On fait comme si on ne le savait pas et ça arrange tout le monde… J’entends en ce qui me concerne établir un dialogue net et précis sur le sujet et obtenir un aval explicite de ma direction.

Pour tout vous dire, je ne savais pas trop comment amener mon propos jusqu’à ce qu’une intervenante, lors d’une présentation quelconque, prononce ces quelques mots : «nous avons fait une proposition qui tenait compte de plusieurs facteurs» (ce n’était pas tout à fait la même tournure, mais ça voulait dire la même chose…). Et cette phrase qu’elle a prononcée à cet instant précis à fait TILT dans ma tête. Je me suis dit que c’était pour moi la seule façon de parvenir à un accord : présenter une solution (à un problème, car au départ il y a quand même une difficulté qu’il faudra bien régler d’une manière ou d’une autre) qui soit gagnante à la fois pour moi et pour l’entreprise. Ça coule de source lorsque je l’écris ici, mais c’était loin d’être évident quand j’ai commencé à y réfléchir.

Toujours est-il que j’ai identifié 4 facteurs dont je pense devoir tenir compte dans mon argumentation : 1) mes conditions de travail actuelles (la source du problème), 2) les objectifs de productivité que me fixe mon Chef, 3) nos méthodes de communication et 4) les objectifs de l’entreprise. Je ne vais pas vous faire tout le topo ici mais voilà grosso-modo comment ça va s’articuler :
1) des conditions de travail difficiles → pourquoi ? → bruit, interruptions, manque de concentration, etc…
2) les objectifs de productivité fixés par mon Boss → lesquels ? → aller au bout des dossiers → mieux analyser → plus vite → faire plus et mieux.
3) nos méthodes de communication → vivons mobiles ! → nous savons déjà toue les outils
4) objectifs de la boîte →aider les succursales, être productif, être concret, être pertinent.

Evidemment, il reste quelques points dont je ne parle pas et notamment la cohésion d’équipe, les réunions (lors desquelles nous avons droit à des présentations aussi longues qu’ennuyeuses), ou le problème des impressions papier qui, aussi ridicule que cela puisse paraître, est un vrai poste de dépense (aujourd’hui pris en charge par la société, mais demain…). Je compte utiliser ces petits points (qui ne manqueront pas d’apparaître comme des obstacles insurmontables) comme marge de négociation. Exemple : je suis d’accord pour assister à toutes les réunions dans la mesure où on les regroupe le plus possible sur une journée comme le lundi (le lundi étant le jour où mon chef fait SA grande réunion à lui … )

Mais, me direz-vous, pourquoi Diable vouloir négocier un tel accord ? La première maison est celle que j’invoque dans mon argumentaire : les conditions de travail intenables. La seconde est plus personnelle : mieux m’organiser et mieux travailler pour au final pouvoir me dégager du temps. L’idée étant bien entendu de me consacrer un peu plus à mon projet perso. Mais évidemment, cela ne doit pas être évoqué lors de l’entretien ni même transparaître dans mes propos. Il faut que j’y sois très attentif car je suppose que c’est la première chose qui va venir à l’esprit de mon responsable hiérarchique.

En conclusion de tout ça, je dirais que je suis plutôt confiant même si je sais que ce n’est pas gagné. Si ça ne marche pas, il me restera toujours la possibilité de m’organiser différemment dans mes déplacements même si, dès lors que ma proposition aura été refusée, je serai sous « contrôle accru » … C’est le risque à prendre, tout comme de recevoir l’étiquette de «celui qui risque de bientôt quitter la boîte». C’est un jeu un peu dangereux, encore qu’il n’est pas du tout impossible que je devienne réellement celui qui va effectivement bientôt quitter la boîte ! Le tout est d’assumer. Verdict le mois prochain et si d’ici là, si vous avez des expériences similaires à partager, je suis preneur 😉

#167 -Le plus malin de tous

Gaël travaille dans une équipe de nazes au sein d’une boite d’amateurs. Il le dit, il le pense, et chaque jour il accumule les preuves de ce qu’il avance avec force conviction. Il dénigre, s’apitoie, se lamente et recommence. Rien de bien constructif en somme.

Gaël a le sentiment de perdre son temps et de s’épuiser à des taches inutiles. Il se sent complètement happé vers le fond par le manque de professionnalisme ambiant et le peu de moyens dont il dispose. Il se voudrait travaillant ailleurs, à prendre des décisions importantes, lors de réunions construites et efficaces. Il rêve de dossiers aboutis, de présentations soignées et sans fautes d’orthographe ! Il s’imagine dans un bureau feutré sur une avenue prestigieuse de la Capitale, avec un ordinateur digne de ce nom, dans un costume sur mesure — cravate chic –, à réfléchir à des sujets complexes. Il se sent gâché ici…
Mais, se demande-t-il, comment faire pour ne pas me satisfaire de ce qu’on me propose au quotidien ? Comment changer ma condition de travailleur ?

Gaël est bien suffisant. Au fait, a-t-il daigné évaluer la qualité de sa propre production ? Quelles sont les exigences qu’il n’accepte pas de voir manquer aux autres et que lui même ne respecte peut-être pas ? Tient, l’autre jour par exemple, ils — lui et ses collègues improductifs — se sont fait gentiment recadrés par leur chef. Ce n’était vraiment pas violent mais Gaël a mal réagi. Il l’a pris pour lui, ce qui était le but de son chef, me direz vous, mais au lieu de chercher comment s’améliorer ou de chercher des solutions — dit autrement, de se remettre en question –, il s’est contenté de s’offusquer, rejetant sur les autres « bras cassés » de l’équipe l’entière responsabilité des erreurs indûment reprochées.
Comportement étonnant, vous en conviendrez, quand on s’estime capable de résister à la pression ou de prendre du recul. Quelle analyse pour le moins rapide et facile…

Avant de considérer les autres comme ses principales causes d’ennuis (ce qui est peut être le cas d’ailleurs), et de se prétendre différent, supérieur ou plus capable, Gaël ne ferait-il pas mieux de balayer devant sa porte ? Et si vraiment il n’est pas à sa place (ce qui pourrait aussi être le cas), si vraiment il est sous exploité (et donc sous payé…? ) il n’a qu’à aller voir ailleurs si on a mieux à lui proposer. Après tout, vu qu’il est plus malin que les autres, cela ne devrait pas lui poser trop de difficultés…

#163 – Du temps

Jonas a tout compris. Il passe son temps en mission, sur le terrain, là oú aucun de ses collègues ne veut aller. Il est nomade, prend le train, l’avion ou la voiture et voyage un peu partout. Parfois aussi il prend le bus ou le métro, il traverse la ville et va à la rencontre des succursales, des gens du terrain comme on dit dans sa boîte. Il y en a suffisamment pour l’occuper 365 jours par an… Alors quand on enlève les week-ends et les vacances, il n’est jamais au bureau !

Et ça lui plait. Il se sent tellement libre quand il n’est pas attaché à son poste, au milieu de cet open-space trop bruyant, de ce panier de crabes où le moindre de ses gestes est décortiqué, analysé et commenté. Quand il se déplace, il s’organise vraiment, il se sent autonome et, surtout, il gère son temps. Ah ça oui, il optimise son temps de travail et, par voie de conséquence, son temps libre également… Il en profite, il se régale. Il travaille plus vite et mieux. Tout ce dont il a besoin est sur son ordinateur ou accessible à distance. Les nouvelles technologies lui rendent un sacré service ! Il dégage du temps pour lui et pour ceux qui comptent pour lui.

Bon, c’est vrai, parfois il doit prendre le train tôt ou l’avion tard mais dans ces cas là il en profite pour faire ce qu’il n’aime pas : traiter ses mails, rédiger ses rapports, etc. Mais ce n’est pas si fréquent que ça. De toute façon on ne lui demande presque pas de compte sur ce qu’il fait, où il va et comment il y va. Il s’en était vite aperçu mais jusqu’à maintenant, n’avait pas osé s’engouffrer dans la brèche qui lui paraissait trop large pour être vraie !

Alors maintenant qu’il est parvenu à s’affranchir de ces chaines temporelles il envisage d’autres occupations comme écrire, apprendre, être attentif à son couple. Des choses qui lui paraissent autrement plus importantes que de partager les derniers potins à la machine à café.
Concilier son boulot et sa vie privée ; s’il avait su qu’un jour il y parviendrait…