XIII – Le plan

Bastien remonta l’escalier, s’aidant de la lumière qui filtrait de la porte de l’appartement restée entrouverte. Sa femme l’attendait dans le vestibule,  son verre de vin à la main et un sourire léger sur la bouche. La découvrant adossée au mur, l’air taquin, il s’approcha d’elle et passa sa main gauche dans le dos de la belle pour la ramener à lui et l’embrasser fougueusement.

__ Alors ?, lui demanda-t-elle doucement.
__ Je crois que ça a fait son petit effet !
Elle sourit plus franchement et embrassa à son tour son époux,  visiblement ravi. Puis elle se dégagea et recula un peu. Elle eut soudain une mine faussement préoccupée :
__ Tu penses que ça va marcher ? Il ne faudrait pas qu’il se doute de quelque chose…
__ Ne t’inquiète pas, je crois qu’il en pince assez pour moi pour n’y voir que du feu. Il était tout tremblant quand je l’ai pris dans mes bras !
Bastien ricana puis poursuivit :
__ Tout va marcher comme prévu ma chérie et nous aurons bientôt le magot du vieux à portée de main, crois moi… Ce n’est qu’une question de patience.
Sur ces paroles, il pris la main de sa femme et apporta le verre de vin, que cette dernière tenait, jusqu’à sa bouche.  Il but une gorgée,  passa sa langue sur ses lèvres d’un air gourmand, sourit de nouveau et s’éclipsa dans la chambre.
Murielle était tout à ses pensées lorsqu’elle entendit Bastien qui l’appelait doucement. Elle dégrafa sa robe dans le salon et, nue,  se dirigea vers la chambre à coucher.

De mon côté,  je rentrais à pied jusqu’à l’appartement d’Albert.  Je tentais de ne pas me lancer dans des réflexions trop complexes, dont je savais qu’elles ne me mèneraient nulle part. Mon esprit était embrouillé, comme à son habitude depuis quelques temps. Je tentais de faire la part des choses et de comprendre ce qui s’était passé ce soir, mais je n’y parvenais pas. L’attitude de Bastien me déconcertait une fois de plus. Sa femme venait d’officialiser mes relations sexuelles avec son mari et quant à lui, il me faisait une déclaration d’amour dans la pénombre de leur escalier. Il y avait tout de même de quoi se sentir perturbé. J’avais peine à croire ce que je venais d’entendre, que ce soit de la bouche de Murielle que de celle de Bastien. Et surtout je ne comprenais pas pourquoi ils m’avaient fait venir chez eux ? Qu’avaient-ils en tête au moment où Bastien m’avait envoyé son SMS ? Avaient-ils planifié leurs déclarations respectives ? Bastien s’était-il fait prendre au piège par Murielle ?

Toutes ces questions tournaient en rond dans ma tête et j’arrivais en bas de l’immeuble d’Albert sans même m’être rendu compte du chemin parcouru. J’avais chaud aux joues, au mains et au cœur.  Je gardais la sensation des mains de Bastien autour des miennes et je n’allumais pas la lumière pour traverser le spacieux appartement et aller me coucher. Je m’endormais tourmenté mais avec le secret espoir que les choses allaient changer entre Bastien et moi, qu’il allait quitter sa femme pour se consacrer à m’aimer.  Mais au fond de moi, bien sûr,  je n’y croyais pas et l’amertume m’envahissait. Je doutais tellement de moi, mais j’étais sûr de mes sentiments pour lui… à mon grand désespoir.

Le lendemain j’étais un peu rassuré en voyant un texto de Bastien sur mon portable. Il s’excusait de m’avoir mis mal à l’aise la veille et me proposait un café dans l’après midi. Je trouvais son attention très délicate et inventais un prétexte pour m’échapper, abandonnant Albert à son sort. J’étais très anxieux, redoutant peut être une nouvelle déconvenue mais aussi espérant l’air de rien une fin d’après midi dans les bras du charmant Bastien.
La fin de matinée passa finalement assez vite et le soleil qui brillait sur Paris me donnait de l’espoir.  Une fois à la terrasse du café L., je m’installais un peu en retrait pour voir Bastien arriver.  Je me disais qu’ainsi j’aurais toujours la possibilité de quitter discrètement les lieux s’il se pointait accompagné de Murielle.  Mais il n’en fut rien. Bastien se présenta seul à notre rendez vous et je poussais un soupir de soulagement.  J’étais transporté en le voyant arriver. Il était toujours aussi charismatique.  Il me repéra rapidement et, avant de s’asseoir en face de moi, un sourire immense accroché aux lèvres, il se pencha pour me faire une bise.  J’étais aux anges.
__ Comment vas – tu ?, me demanda le bel homme.
__ Bien mieux qu’hier !, lui lançais – je.
Je regrettais aussitôt ma formule. Je sentais que j’avais été égoïste et agressif alors que Bastien venait justement faire la paix.
Il me regarda avec tendresse et fit glisser sa main sur ma cuisse en geste de réconfort. Son attitude me désarma une nouvelle fois. J’avais envie de l’embrasser fougueusement mais je me contentais de lui adresser une moue enfantine à la place. Nous commandâmes deux cafés et parlâmes longuement de ce qui s’était passé la veille au soir. Il me fit une fois encore part de ses regrets et finit par m’avouer que son amour pour sa femme avait réellement décliné ces dernières années. Mais elle ne s’en était pas rendue compte. Du coup, par paresse et parce que ça n’aurait servi à rien d’après lui, il avait laissé filer. Les confessions de Bastien me mettaient soudainement mal à l’aise.  Il me parlait de leurs rapports intimes qui s’espaçaient de plus en plus pour finalement devenir presque inexistants. Je les imaginais dans leur lit, côte à côte,  et je me demandais comment une femme et un homme si beaux pouvaient demeurer dans un lit sans faire l’amour.  Il me venait alors des envies de coucher avec Bastien,  me rêvant dans le lit à mon tour… J’avais en quelque sorte de la peine pour lui et je n’attendais plus qu’une chose, qu’il me propose de venir lui donner du plaisir dans son lit…
Ce fut chose faite quelques minutes plus tard.
__ Tu sais de quoi j’ai envie ?, me demanda t il.
__ D’un autre café,  répondis – je avec un peu d’humour,  ayant parfaitement deviné ses intentions.
Il jeta quelques pièces sur la table et me fit signe de le suivre.

A ma grande surprise, nous n’allâmes pas chez lui mais dans une chambre d’hôtel.  Et finalement, je préférais cela au fait de retourner dans cet appartement qui était devenu pour moi synonyme de mauvais souvenirs.
L’amour fut délicieux dans la lumière du soleil qui déclinait.  Son corps n’avait pas changé et, contrairement à la dernière fois, Bastien se montrait très tendre et doux.  Il avait compris ce que j’attendais de lui. C’était peut être vrai, finalement, qu’il s’était attaché à moi ? Moi en tout cas, j’allais désormais être incapable de me passer de lui. Alors je restais un long moment après l’étreinte,  collé à sa peau.

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