#226 – Les étés

J’ai dans mes souvenirs des étés caniculaires.
J’ai douze ou treize ans et nous habitons une maison simple au milieu d’un lotissement, récent mais sans chichi, de la campagne picarde. Une sorte de réserve naturelle pour bonnes familles françaises.
Les copains sont tous partis en vacances, dans des lieux que je trouve exotiques : Grasse, Saint Raphaël, Biarritz… Dès leur départ je commence à compter les jours qui me séparent de leur retour. Pour autant quand ils rentreront il sera temps de penser à la rentrée des classes et donc, à la fin de l’été.

Dans ces après-midi amorphes, les distractions ne sont pas légion. Il n’y aurait donc pas beaucoup de choses à en dire. Pourtant je garde en mémoire une de ces brûlantes demi-journées.
Je me souviens de l’allée qui longe la maison. Là, le béton brut n’a pas encore été recouvert de carrelage par mon père, à la différence de la terrasse, lisse et fraîche. Quand je marche sur cette petite route faite pour nous-mêmes et large d’à peine un mètre, je sens la chaleur me griller la plante des pieds. Une sensation galvanisante parce qu’elle m’oblige à être sans cesse en mouvement pour ne pas ressentir la brûlure trop intensément. J’éprouve le picotement des petites aspérités émergeant du mélange solidifié gravier / ciment. Je revois les traces de taloche séchées dans le béton, tels des fossiles pris dans la roche. Parfois un petit caillou vient se glisser entre le sol et mon pied et ça fait un peu mal. Délicieusement mal ; je ne peux pas nier que je recherche ce contact épineux… A d’autres moments, des brins d’herbe rabougris, échappés de la dernière tonte se collent à ma peau, s’immisçant entre mes doigts de pied.
Le résultat de ces allers et venues sur ce sol brut : une voûte plantaire noire et poussiéreuse qu’il sera bien temps de laver ce soir avant le coucher (mais pas avant).

Puis, lassé de ce bout d’allée, je remonte dans ma chambre, encore un peu enfantine mais parsemée, de-ci de-là, de touches d’adolescence. A l’abri des persiennes closes je lis. J’entends au loin le bruit des engins agricoles, ou des tondeuses du voisinage, je ne sais pas bien faire la distinction. Un bruit de moteur en tout cas, diffus, léger, comme aplati par la chaleur. Lancinant, il me fait presque dormir, à moins que ce soit la lecture qui me fasse fondre dans le sommeil ?
Dans la pénombre je me délecte d’une histoire d’hommes préhistoriques contraints de se réfugier dans les arbres à la suite de pluies torrentielles qui ont totalement inondé la terre (sic)… Une histoire de la Bibliothèque Verte, celle des garçons, des aventuriers…

Je reste ainsi longtemps à bouquiner et surtout à rêvasser puis, quand vient l’heure du repas, je descends glisser mes pieds crado sous la table. Ensuite je vais arroser ma plantation : un petit cerisier, rejeton du grand et majestueux arbre (le seul d’ailleurs) imposant sa ramure au reste du jardin.
Enfin la chaleur s’échappe doucement vers la nuit. Une journée de plus vient de s’achever faite d’insouciance, de légèreté, d’un peu d’ennui mais aussi de petits plaisirs. Un été d’enfant dans un monde protégé.

Je ne peux plus ressentir ces émotions parce qu’elles n’avaient de sens qu’à l’instant où je les éprouvais. Le seul temps qui existe réellement est le présent, les autres ne sont que des illusions. Néanmoins, parfois, lorsque ces éclats de passé remontent à la surface, ils sont en tout point comparables à ces petits cailloux qui venaient se glisser entre le sol et mon pied nu. Ils font délicieusement mal…

#225 – La momie (Albert, la suite)

Je me rendais donc à la Préfecture de police de l’avenue, non sans une forte appréhension. Je me demandais avec anxiété si les policiers de ce matin avaient cru un traitre mot de ce que je leur avais raconté. Je me persuadais que non et qu’ils allaient m’attendre de pied ferme pour exiger de moi des explications quant à mes mensonges. Puis ils m’inculperaient pour fausse déclaration et non-assistance à personne en danger dans la mesure où j’avais failli à mon devoir de garde malade en ne protégeant pas Albert de cette agression aussi inexplicable que soudaine. J’imaginais aisément leur regard soupçonneux et la façon théâtrale qu’ils auraient de m’annoncer qu’ils avaient recoupé mes déclarations avec leur enquête et qu’ils avaient tout deviné. Mais deviné quoi au juste ? Que je draguais des inconnus le soir sur les bords de Seine ? Que j’aimais Bastien et que c’est pour cette raison que je l’avais appelé lui avant d’appeler les secours ? Que j’avais peut-être, sans le savoir, permis à un (ou une) criminel de faire un jeu des clés de notre appartement ?… En repensant à l’inscription bombée sur le mur du couloir, mon cœur se serra mais mon pincement fut de courte durée. Le flic à l’accueil m’appela et m’indiqua un bureau au fond d’un long corridor assez sombre.

J’arrivais au niveau de la porte grande ouverte. La pièce n’était pas lumineuse, et bien qu’il soit près de 11 heures, les néons au plafond étaient d’un grand secours. Il y avait peu de meubles mais beaucoup de désordre. Un bureau, deux chaises, un porte manteau avec plusieurs vestes bleue-marine et un képi avec des bandes réfléchissantes. Une armoire en métal blanc cassé. Des étiquettes jaunâtres agrémentaient les tiroirs. Sur le premier casier il était noté « A – D», sur le deuxième « E – H » et ainsi de suite jusqu’au sixième qui arborait timidement la mention « U – Z ». Je me mis brièvement à penser au contenu de ces tiroirs. Des dépôts de plainte, des enquêtes, des pièces à conviction ou des affaires criminelles classées ? J’eu une décharge électrique légère dans tout le corps en pensant à tous ces noms entassés dans l’obscurité de ces classeurs. Je me sentis un point commun avec tous ces étrangers. Nous avions affaire à la police et ce n’était pas – en tout cas pour moi, anodin. Le gardien de la paix assis derrière le bureau se leva et me tendit la main.
Le premier contact n’était pas aussi désagréable que je l’avais redouté ; en tout cas il ne me passa pas les menottes tout de suite ! Je m’asseyais et tentais de faire montre de courage. Le sourire dudit fonctionnaire m’aida à me détendre un peu.

Ma déposition fut rapide. Je redis au policier ce que j’avais dit plus tôt dans la journée, à savoir que j’avais passé la nuit chez mon ami et qu’en rentrant au petit matin j’avais découvert l’appartement sens dessus dessous et Albert sans connaissance au pied de son lit.
Comme je m’y attendais, il me demanda le nom de cet ami chez qui j’avais soit disant dormi (ou, je le senti au son de sa voix, « fait autre chose »…). Lorsque je prononçai le nom de Régis avec un air faussement naturel, je crus voir comme un léger temps d’arrêt chez l’agent public. Mais il ne s’attarda pas et nota « Régis Marzotti » sur son document. Il me demanda ensuite si j’avais une idée de qui avait pu faire ça et de ce que voulait dire cette inscription,  « TU NE L’AURAS PAS ». A ces deux questions je répondis que non, non, je n’en avais aucune idée, ce qui était partiellement vrai. Enfin, il prit des nouvelles d’Albert et je fus bien contraint, cette fois-ci, de dire la vérité : je n’étais pas encore allé le voir à l’hôpital et je ne savais donc pas comment il allait. A nouveau le fonctionnaire marqua un temps d’arrêt et sembla me considérer avec un drôle d’air. Me trouvait-il irresponsable ? Me soupçonnait-il de quelque chose ?

Je quittais le poste assez mal à l’aise. Cette fausse déclaration que je venais de signer, cette culpabilité de ne pas m’être rendu au chevet d’Albert, subitement mise en lumière, et cette façon un peu rude que j’avais eu de demander à Régis de mentir pour moi au cas où on lui poserait des questions… tout cela contribuait à ma gêne de plus en plus grande face à cette histoire.
Lorsque j’avais appelé Régis, j’avais essayé de prendre un air serein mais il s’était vite rendu compte que la situation n’était ni simple ni claire. Je lui avais expliqué que j’étais sorti avec des amis et que je n’avais pas vu la nuit passer, occupés que nous étions à discuter et à prendre des verres mais, bien sûr, il ne m’avait pas cru. Si ç’avait été la vérité, pourquoi l’aurais-je cachée aux policiers ? Mais Régis eut la délicatesse – ou la lâcheté – de ne pas me questionner davantage. Il s’était juste permis une pic que j’avais sans doute bien mérité. Il m’avait dit «  Je pourrai dire aux flics que je t’ai baisé toute la nuit ?… » Il avait ri et je m’étais senti blessé. Je m’étais dit que c’était « bien fait pour moi » ou « le prix à payer »… une connerie dans ce genre.

Une fois ma déposition faite, je suis rentré à la maison. Je n’ai pas cherché à avoir des nouvelles d’Albert, de Régis ou de qui que ce soit d’autre. Je n’ai pas voulu ranger – ou du moins commencer à déblayer les débris un peu partout – et je me suis endormi sur le canapé du salon, après avoir pris soin de tirer le lourd rideau en tissu pour diminuer la quantité de lumière qui entrait dans la pièce.
Mon sommeil fut agité et court. Vers 13h30 je me réveillais, un peu perdu, me remémorant difficilement les évènements qui s’étaient succédés depuis le matin. Je me faisais un café et, avant de me décider à aller à l’hôpital, je prenais le temps d’appeler Bastien. Durant ma courte sieste il m’avait envoyé un SMS pour me demander des nouvelles d’Albert (lui, au moins, il y pensait…) et, dans la foulée, si j’avais besoin de quelque chose. Son message m’avait fait plaisir  tout autant qu’il m’avait troublé. J’étais confus. Oui j’avais besoin d’aide mais non, je ne voulais pas que d’une manière ou d’une autre il fut mêlé à cette histoire. Et pourtant je l’avais délibérément fait entrer dans ce cauchemar en l’appelant tôt ce matin. Je n’avais donc plus vraiment le choix…

__ C’est Etienne… Je te dérange ?
__ Non, non, pas du tout ! Comment vas-tu ?
Le ton de sa voix était incroyablement doux et le son était parfaitement net. Aucun parasite dans le téléphone. On aurait dit qu’il chuchotait des mots doux dans mon oreille.
__ Je vais bien, merci. Un peu secoué mais ça va aller…
__ Bien. Et comment va ton vieux Monsieur ?
J’eus soudain l’impression d’être un gigolo entretenu par un vieil homme riche…
__ En fait, je ne sais pas trop. Je suis allé déposer plainte ce matin et je me suis endormi… Je m’apprêtais justement à partir pour l’hôpital, là…
J’avais un peu honte de moi mais je savais que la question arriverait donc je m’étais plus ou moins préparé. J’avais pris un ton naturel.
__ OK, ok. Je sentis dans la voix de Bastien comme une interrogation. Il reprit :
Tu veux que je passe te voir ce soir ? Ou tu préfères qu’on se voie ailleurs ?
__ Non, je ne préfère pas… J’étais décontenancé. Il ne me serait jamais venu à l’esprit de refuser de passer du temps avec lui. Aussi je m’empressais de lui dire : Demain si tu peux ?
__ Très bien, on se rappelle plus tard alors ?
__ Oui, on fait ça.
Je voulais lui dire que je l’embrassais mais il raccrocha avant que j’en aie le temps. M’en voulait-il ? J’essayais de ne pas en tenir compte.
Je mettais un certain temps à me lever du canapé.

Albert avait été transporté à l’hôpital Bichat sur les conseils des ambulanciers. Il me fallut donc courir Porte de Saint Ouen en empruntant un bus bondé et crasseux. L’hôpital était immense et j’eus un peu de mal à me diriger jusqu’à sa chambre. Il était conscient lorsque je suis entré. Ce qui me frappa tout de suite fut le regard noir qu’il m’adressa. Le regard des mauvais jours et des engueulades assurées. Et je m’attendais à ce que ça me tombe immédiatement dessus. Il me fit d’abord mine d’approcher plus près, comme s’il avait demandé un câlin mais lorsque je fus à sa hauteur, il s’empara fermement de mon poignet gauche avec sa main droite. Il serra fort pour m’obliger à me courber. Son regard changea alors du tout au tout et je pus y lire la terreur.
__ Je vous l’avais dit ! Cette folle est revenue ! Elle est revenue et elle ne me loupera pas la prochaine fois ! Il criait mais la puissance de sa voix était très diminuée.  Vous l’avez vu comme moi, reprit-il, elle est prête à tout.
Je restais plié en deux au-dessus de son visage. Il me faisait un peu peur avec ses yeux cernés de noir et l’écume blanche qui ourlait ses lèvres translucides. Il ressemblait à une momie revenue de l’au-delà, très maigre mais pas faible ; il avait de la force dans le bras. Ce genre de force que vous donne l’effroi.
__ Mais de qui s’agit-il à la fin ?, demandais-je comme pour exorciser la frayeur que provoquait en moi son apparence et ses propos.
Il me regarda fixement puis tourna la tête et lâcha mon bras. Il semblait subitement abattu.
__ C’est ma fille, dit-il posément. Elle s’appelle Laure. Il se tourna de nouveau vers moi : elle s’est jurée de me voler tout ce que je possède. Elle pense que tout lui appartient, mais je ne lui dois rien, vous entendez, rien !
Il s’était remis à s’agiter et j’avais fait un pas en arrière pour éviter qu’il ne m’attrape encore. J’essayais de faire la part des choses entre ses élucubrations et la probable vérité.
__ Qui est cette fille, Albert ? Vous ne m’en avez jamais parlée. Qui est-elle ?
__ C’est Laure ! Je vous l’ai déjà dit. Elle vient me pourrir la vie régulièrement. C’est une bonne à rien, une sorcière et elle n’en veut qu’à mon argent !
__ Ok. Et où peut-on la trouver ?
Il me dévisagea, cette fois l’air passablement agacé.
__ Je n’en sais rien et si vous croyez que ça m’importe !
__ Très bien, comment vous sentez-vous ?, je veux dire, physiquement ?

Je tentais de reprendre une conversation « normale » en laissant une nouvelle fois de côté les révélations du vieil homme. Mais dans ma tête tout se mélangeait. Si réellement Albert avait une fille, quel âge pouvait-elle avoir ? J’étais tout de même un peu au courant de ses affaires puisque je traitais pas mal de ses dossiers administratifs. Aucune trace de cette Laure sur aucun des papiers officiels qui étaient passés entre mes mains. Et pourquoi avait-elle agressé son propre père ? Que pouvais-je bien faire ? Aller tout raconter à la police ?
Je songeais à cela lorsque mon Vieux Monsieur me somma de ne rien dire à la police. Il me demanda aussi dans quel état était l’appartement et, notamment, si des objets lui avait été dérobés. Je m’empressais de lui dire que rien n’avait été touché mais je crois qu’il put lire dans mon regard que c’était tout le contraire. Je taisais aussi l’inscription sur le mur en me demandant comment j’allais faire pour en effacer toute trace avant son retour… dans 3 jours si tout allait comme prévu !
Mais comment pouvais-je être aussi con ?

#224 – Vous avez un message

"Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…" Ainsi pourrait commencer ce billet — d’ailleurs c’est ainsi qu’il commence ! — en forme de petit pincement. Pas réellement de la nostalgie parce que la marche du progrès ne s’arrêtera pas à cause de nos souvenirs (et c’est tant mieux ainsi), mais plutôt une petite amertume qui s’est logée pile ici, comme ça, hier soir.

Deux amies sont devenues mamans ces dernières semaines. L’une fin mars et l’autre hier. C’est l’aboutissement de nombreux mois de désir, d’amour mais aussi d’anxiété et d’attente. On imagine assez bien le bonheur de ce dénouement et le chamboulement que provoque tout à coup l’arrivée du bébé dans la famille. On se figure la maman épuisée par des heures de travail (qui jure ses Grands Dieux qu’elle n’en refera plus) et le papa complètement béat — mais aussi un peu perdu de devoir rester seul à la maison. On visualise les grands-parents et beaux grands-parents qui déboulent à la maternité dès les premières heures qui suivent l’accouchement. Il faut dire que les futures mamies étaient dans les starting-blocks.

Je me souviens du temps où le papa était tout à son émotion et passait coup de fil sur coup de fil pour prévenir sa famille et ses amis. Ça ne durait pas bien longtemps mais il nous faisait partager son émotion à travers sa voix et ça nous donnait comme l’impression de faire en quelque sorte partie de cet heureux événement. Et puis on en profitait pour prendre des nouvelles de la maman.
C’était une autre époque…

Aujourd’hui on te prévient par SMS.  Eh oui, le petit boitier qui émet des ondes s’est immiscé partout, jusque dans ces moments de bonheur là. Les instants de partage sont devenus des onomatopées sur un clavier. On ne prend plus la peine de téléphoner à chacun car on peut textoter à tous. Les émotions deviennent des smiley, c’est vite fait. Quel gain de temps fabuleux, mais aussi quel manque de partage. Quel est le temps que l’on cherche à gagner ainsi et que devient le plaisir de raconter (et donc de revivre) ? Comment se nourrir de la joie de l’autre quand il apprend la nouvelle ? par un autre SMS en retour ?

Ce terrible mode de communication nous renverrait donc à notre solitude ?
Je ne serai pas aussi radical, car finalement ce qui change c’est davantage la forme que le fond. En effet, il est plus que probable que l’expéditeur du SMS lapidaire ait touché plus de personnes qu’il ne l’aurait fait s’il avait dû les appeler une par une. Et puis l’essentiel est effectivement qu’il est pensé à ses amis. Quelque part, c’est déjà ça !
Malheureusement c’est un mode de communication tellement rapide et "désaccaparant" qu’il devient celui qu’on privilégie pour tout : les anniversaires, la bonne année, les bonnes nouvelles comme les mauvaises. Ça donne l’impression que l’on se débarrasse de la corvée d’appeler, d’annoncer ou de souhaiter. La seule lueur d’espoir c’est qu’on continue quand même à penser à l’autre… mais jusqu’à quand ?

#223 – Transporté par le commun

L’autre jour, cette semaine, je finissais plus tôt que prévu ma journée. En déplacement à l’autre bout de Paris, je décidais de prendre le bus pour remonter tranquillement à la maison, vers le nord, donc. Je profitais de la douceur de la météo et j’appréciais de découvrir les rues de ces quartiers de Paris dans lesquelles je ne m’étais jamais trouvé jusqu’à présent. J’étais détendu, paisible. Dans le bus il n’y avait pratiquement que des personnes assez âgées (sans doute à cause de l’heure, celle à laquelle les gens essaient encore de travailler un peu, tout en pensant à la fin de la journée qui approche ; et celle également où les enfants se préparent à quitter l’école, les mamans et les nounous patientant doucement au soleil devant les portes). Bref, j’étais bien. Pas de pression, pas de montre, pas de contrainte. Simplement la joie de me laisser aller à contempler une ville douce et paisible, ses beaux quartiers, ses monuments, ses squares et ses passants, tous baignés dans la même douceur printanière.

Passé l’Opéra je changeais de bus. Coïncidence heureuse, ma correspondance était tout de suite là. Je continuais donc mon retour à la maison dans un climat de sérénité presque complète. Bien que je dus rester debout du fait de l’affluence qui avait augmentée, je n’étais pas gêné. Au début.

Je n’avais pas remarqué cet homme à la veste de velours à fine côtes qui s’était posté devant moi. Je fus rappelé à la réalité des bus bondés lorsque, par deux fois, l’inconnu en question, dont je ne voyais que le dos et la nuque, entra doucement en contact avec moi. Ce n’était pas volontaire, le bus bougeait beaucoup et il se tenait aux poignées en plastique au-dessus de sa tête. Il était donc instable et le haut de son dos venait s’appuyer sur moi par intermittence. Au début cela me parut assez désagréable mais rapidement, sans savoir vraiment pourquoi, j’eus l’impression (ou le sentiment) que ses mouvements de va et vient dans ma direction étaient conscients — de la à dire volontaires… Cela me troubla alors fortement.
Tout à coup je m’intéressais à ce monsieur aux épaules et au dos très larges, aux cheveux ras et au grosses mains. J’avais la sensation qu’une certaine forme d’attirance se mettait en place, un peu à la manière de deux aimants aux polarités magnétiques contraires.

Les montées et descentes des autres passagers se succédèrent tant et si bien que l’inconnu dut se placer à côté de moi. Pour la première fois je voyais sa figure. Le visage plutôt empâté, il n’avait rien d’un beau garçon. Aux environs de la cinquantaine mais les traits assez lisses du fait de ses rondeurs, il avait les yeux très noirs.
Nous étions de part et d’autre de la barre métallique destinée à nous assurer un point d’attache. Ma main tenait fermement le tube chromé, environ à la hauteur de ma poitrine. La sienne était agrippée au même cylindre mais un peu plus haut. C’est alors que je me mis à penser au contact de sa main contre la mienne.

Ce fut d’abord le bord de la manche de sa veste qui vint doucement, presque imperceptiblement, comme une brise légère. N’empêche que sa manche touchait bel et bien ma main, devenue moite, chaude et encore plus solidement rivée à l’axe en métal.
Quelques secondes plus tard je sentis sa main s’appuyer contre la mienne. Un contact foudroyant. Dès qu’il fut établi par ma conscience que la peau de cet homme était entrée en contact avec la mienne, mon sexe se mit à enfler avec une rapidité et une puissance que je n’aurais pas imaginé en ces circonstances !
Dès lors, j’avais deux options : enlever ma main, ce qui aurait été naturel, ou la laisser et envoyer ainsi un message plus qu’ambigu à cet étrange voisin. Mais en réalité je n’avais aucune autre possibilité que de la laisser. J’étais comme tétanisé, incapable de mouvements. Et mon sexe était plus tendu que jamais dans mes vêtements trop étroits. La décharge érotique avait été d’une telle violence que je ne pouvais plus m’en détacher.
Parfois sa main remontait, mais très vite elle redescendait et revenait me frôler. Ça ne ressemblait pas à une caresse. C’était plus imperceptible encore et, je pense, moins intentionnel. Je regardais les autres passagers comme pour leur demander si  eux aussi avaient remarqué cette énergie qui me traversait le corps. Mais tous étaient accaparés par autre chose : leur téléphone, le prochain arrêt ou le vide. Je risquais alors un coup d’œil à mon mystérieux contact. Surprise : il semblait totalement désintéressé par ma personne. Le regard ailleurs, il était au téléphone, visiblement dans un autre monde que le mien.

J’étais un peu soulagé par cet état de fait et en même temps assez perplexe. Était-il réellement possible qu’il ne perçoive pas le contact de sa main avec la mienne ?
J’en eu la confirmation à l’arrêt où il descendit du bus à toute vitesse, nettement indifférent à ma présence. Quasi instantanément je recouvrais mes esprits et mon bas ventre s’apaisait. Pour autant, cette expérience me troublait encore quelques instants. Je repensais à cet érotisme presque insoutenable, sans comprendre d’où il pouvait venir.

Les circonstances ? Mon état d’esprit détendu du moment ? Une attente secrète ? L’incongruité de la scène ? Qu’est-ce qui avait bien pu provoquer en moi cette réaction stupéfiante ? Peut-être un peu de tout cela, bien que je ne cherche pas ce genre de "rencontres" et que je ne m’attende pas à les vivre.
Une expérience réellement étonnante et déroutante, mais que je prends telle qu’elle est : une réaction de mon corps – surprenante s’il en est — interagissant avec d’autres corps qui, d’une certaine façon, "communiquent" les uns avec les autres. Car nos corps ont une vie qui leur est propre et sont capables de réagir sans que nous en ayons conscience.

#222 – 20 ans, et après ?

Ma collègue a découvert aujourd’hui que 20 ans de bons et loyaux services pour une société n’ont aucune valeur. Elle s’est rendue compte qu’attendre autre chose qu’un salaire (insuffisant bien sûr) n’était pas viable. Malgré toute l’énergie qu’elle a fourni, tout le dévouement qu’elle y a mis et tous les talents qu’elle s’est efforcée de mettre au service de l’Entreprise, elle se retrouve sur le carreau.
Elle n’est pas licenciée, c’est bien pire : elle est mise au placard. Comme ça, pour rien et pour tout. Dans ce genre de circonstances, toutes les raisons — surtout les plus futiles — sont bonnes.
Comment dire ? Je crois qu’elle s’attendait à mieux, à un peu de reconnaissance et de savoir vivre de la part d’une boîte qu’elle a adorée, le mot n’est pas trop fort.
Heureusement pour elle, après la déception, elle semble prête à rebondir, même si "ça fait quand même quelque chose" comme elle me l’a dit.

***

Hier, alors que j’animais une formation, un des participants est venu me confier les difficultés qu’il éprouvait dans son travail. Absent pendant plusieurs mois (voire plusieurs années) pour des problèmes de santé, il n’est clairement plus le bienvenu maintenant qu’il peut reprendre du service.
Il a été remplacé à son poste et depuis son retour, il doit partager sa fonction avec un autre. Un autre en pleine santé, jeune, dynamique, beau parleur… Un autre qui s’est installé, ne compte pas rendre son tablier et a vite fait de prendre l’ascendant. Le contraste est réellement saisissant entre ces deux hommes aux trajectoires opposées mais qui, par la force des choses, se croisent maintenant, sur ce poste précisément.
Son témoignage, a fait naître en moi une certaine tristesse. Je lisais sa souffrance dans sa gestuelle. Puis j’ai ressenti une grande colère. Je me suis demandé comment on pouvait traiter les gens aussi mal ? Qu’il ait été absent pendant une longue période est un fait. Il a sans doute manqué à l’Entreprise, bien que la preuve a été faite qu’il n’était pas irremplaçable. Mais est-ce que cela justifie qu’on le mette ainsi au ban du métier ? Qu’on l’humilie purement et simplement en le faisant pourrir dans le rôle de "celui-qui-n’a-plus-de-place".
J’ai eu le sentiment que son travail représentait énormément pour lui, que c’était en quelque sorte sa seule identité –car il s’est montré extrêmement discret, presque timide. Du coup je m’interroge : que lui reste-t-il ?

***

Je suis sans doute un peu naïf et j’amplifie peut-être les sentiments des autres. Je les passent au filtre de mes propres doutes et de mes craintes et j’en fais des mélodrames qui me confortent dans l’idée que l’Entreprise est "méchante" et que, nous, pauvres employés interchangeables, sommes des "victimes".
Sans doute y a-t-il un peu de cela…
Mais il y a aussi une vision plus positive, ou tout au moins, une forme de leçon de vie à tirer de ces deux exemples : pour ne pas se retrouver dans la position de la victime et souffrir pour des choses qui n’en valent pas tant la peine ; pour ne pas tomber de sa chaise un beau matin, en culpabilisant de n’avoir rien vu venir ; pour ne pas se retrouver dans une impasse sans possibilité de retour ; pour toutes ces raisons, il nous faut prendre en main nos vies et cesser de donner ce pouvoir que nous possédons tous de décider de nos sorts à d’autres. Car eux seuls connaissent leurs véritables intentions.

#221 – Tu ne l’auras pas (Albert, la suite)

Pour reprendre depuis le début, sélectionner les parties depuis le menu"Albert" ci-dessus.
__________________________________________________________

"TU NE L’AURAS PAS" était tagué sur le mur du couloir. Un mur ordinaire qui recevait soudainement une souillure terrible sur sa peau. A la peinture rouge, quelqu’un avait pris la peine de m’adresser un message d’une violence inouïe. Je ne parvenais dorénavant plus à détacher mes yeux de cette inscription. J’avais senti mes testicules se rétracter au moment même où j’avais aperçu ce graffiti. Tout mon corps s’était contracté sur lui même comme pour se protéger de l’agression dont il était victime. C’était le deuxième coup de massue, après la découverte d’Albert à demi-conscient, affalé le long de son lit, que je recevais ce matin. Le pauvre vieux avait dû avoir la frayeur de sa vie. Peut-être même qu’il avait failli y rester ? J’entendais au loin les premiers tintements d’une sirène. Les ambulanciers seraient là d’une minute à l’autre et, curieusement, je me disais que je n’allais pas pouvoir les accueillir dans un tel désordre. Je ramassais quelques bibelots, en vain. L’appartement était saccagé. Je ne pouvais désormais plus m’empêcher d’observer le tracé des lettres couleur sang peintes sur le mur. Je m’attardais sur les dégoulinures maintenant sèches et je remarquais l’écriture montante de l’auteur. Quand j’étais enfant, on disait de ceux qui penchaient leur texte vers le haut qu’ils étaient optimistes… Mais cela ne m’était d’aucun réconfort et je sombrais dans le pessimisme le plus noir. J’avais l’impression que tout s’enchaînait, s’amalgamait pour former un tourbillon de problèmes m’aspirant inexorablement vers le fond. Je culpabilisais de n’avoir pas été là cette nuit et je maudissais les canailles croisés sur les quais qui m’avaient une fois encore donné un plaisir dérisoire.

Lorsque les ambulanciers se présentèrent devant la porte, j’eus un mouvement de recul, comme si j’avais voulu ne pas être là. Ils n’avaient eu aucun mal à trouvé l’appartement et je ne me souvenais même pas d’avoir donné les codes d’accès à l’immeuble lorsque j’avais appelé la police quelques instants plus tôt. Ils me demandèrent si j’allais bien et leur question acheva de me faire redescendre dans l’urgence du moment : Albert !
Je les accompagnais dans la chambre où le vieillard était toujours allongé, dans la même position que quand je l’avais quitté. Il semblait souffrir et son visage émacié m’interpella vivement lorsque les deux jeunes hommes le placèrent sur leur brancard. Je fus surpris de constater que des jeunes pouvaient être aussi prévenants et délicats. Le m’enfoutisme n’était finalement peut-être pas le lot de toute une génération ? Un des deux garçons parlait à Albert. Il s’était approché de sa tête et lui tenait la main pour essayer de percevoir une réaction. Le second s’affairait à recouvrir son corps avec une couverture et à l’enserrer dans des sangles noires. J’eus l’impression que c’était la fin mais Albert entrouvrit les yeux fugacement et je me sentis un peu rassuré.
Ils soulevèrent la civière et s’engagèrent tant bien que mal dans le couloir, essayant de ne pas trébucher sur une feuille ou un cadre parmi tous ceux qui jonchaient le sol. Je les suivais et en détachant mon regard de la scène pour le projeter vers la porte, j’aperçus deux masses sombres en train d’examiner l’inscription, mon inscription, sur le mur. Deux policiers en uniforme penchaient la tête comme on le fait dans un musée, quand on veut mieux voir les détails d’un tableau dont on ne comprend pas toute la symbolique.

J’étais pétrifié. Qu’allaient-ils me demander ? Qu’allais-je bien pouvoir leur répondre ? L’un des deux fit arrêter le convoi des ambulanciers pour observer le malheureux Albert qui avait de nouveau sombré dans l’inconscience. Le policier posa une ou deux questions au jeune homme dont je ne voyais que le dos. Je ne compris pas ce qu’ils se dirent. Je n’étais pas pressé de me retrouver face aux représentants de la Justice, mais le brancard quitta finalement l’appartement et les policiers s’approchèrent de moi. Ils n’étaient ni souriants ni grimaçants. Leur visage respectif n’exprimait rien. Le plus bavard, celui qui avaient posé des questions à l’ambulancier vint rapidement à ma rencontre. L’autre, était davantage absorbé par les objets cassés, les meubles déplacés, les papiers sur le sol… C’est lui que j’observais, occultant son collègue pressé d’en découdre avec mes réponses.
__ Bonjour Monsieur. Vous êtes ?
Je tournais mon visage vers lui.
__ Etienne Delain. Je suis le garde malade de Monsieur Delcourt.
__ Vous vivez ici ?
__ Oui.
__ Et que s’est-il passé ?
Je sentais que je ne tiendrais pas le coup. Alors je décidais de tout dire à ce policier, que j’étais allé me faire sauter par des inconnus dans les fourrés, que j’aimais un homme qui ne m’aimait pas parce qu’il était marié, que j’avais un "officiel" qui m’insupportais, qu’Albert était un affreux patron acariâtre et que quoi qu’ait voulu dire cette phrase sur le mur je n’étais coupable de rien…, mais au lieu de cela je répondis :
__ Je ne sais pas, je viens de rentrer. Je n’ai pas dormi ici.
L’agent me regarda en hochant légèrement la tête.
__ Puis-je vous demander où vous avez passé la nuit ?
__ …chez mon ami…
Contre toute attente il ne me demanda ni qui était cet ami ni où il habitait. D’ailleurs il ne semblait pas soupçonner que mon ami fut un homme et pas une femme. Cela me perturba fortement car je m’attendais réellement à ce qu’il me pose des questions relatives à Régis, que je n’avais pas vu depuis des jours, questions qui m’auraient plongé dans l’embarras, m’obligeant à mentir encore davantage.
__ Avez-vous une idée de ce que ça peut vouloir dire ça ? me demanda-t-il en pointant la phrase sur le mur avec son menton, les mains croisées dans le dos.
__ Pas du tout ! Je me rendis compte que j’avais parlé très fort comme si j’avais voulu crier au complot, à la machination.
__ Avez-vous remarqué des allers et venues suspects ces derniers jours ? Des gens dans l’immeuble que vous n’aviez jamais vu ?
__ Non…
Evidemment je passais sous silence cette visite qu’Albert avait reçue de cette soit disant fille venue le harceler. A ce souvenir ma gorge se serra car je me rappelai qu’Albert m’avait plus ou moins accusé d’avoir donné les clés de l’appartement. Et si j’avais effectivement provoqué tout ce qui était en train de se passer ?
Le policier qui inspectait les lieux nous avait maintenant rejoint. Plus petit que son collègue il semblait nous regarder par en-dessous. Il prit la parole :
__ Savez-vous si des objets ont disparu monsieur ?
__ Eh bien, …non… je ne crois pas. Enfin, je ne sais pas ! Je n’ai pas encore regardé.
Les deux fonctionnaires regardèrent à nouveau le couloir dans son ensemble avant que le plus grand reprenne la parole :
__ Où avez-vous retrouver Monsieur Delcourt ?
__ Par ici.
Je pivotais d’un quart de tour et leur indiquais la chambre d’Albert avec la main. Ils passèrent à côté de moi pour s’y rendre. C’est là que je remarquais le déhanché particulier du grand policier. Je n’avais pas encore pris le temps de le regarder vraiment, intimidé et paniqué que j’étais. Mais maintenant que je sentais mon self-contrôle revenir, je me surprenais à observer plus en détail cet homme séduisant.
Ils entrèrent dans la chambre. Je les suivais. Là encore le désordre était innommable. Je m’empressais de contourner le lit pour aller ouvrir le volet. La lumière du jour, parisienne, grise et blafarde, se déversa dans la pièce. Une vague odeur de moisi parfumait les lieux. Les draps soyeux tombés sur le côté du lit défait renforçaient l’impression qu’on venait d’assister à un drame. C’était le calme après la tempête, l’heure du bilan.

Le plus petit des deux hommes m’interpella :
__ Il était dans son lit quand vous êtes arrivé ?
Je me précipitais maladroitement jusqu’à lui pour lui montrer.
__ Non, il était par terre ; allongé sur le côté, ici. Il était à demi-conscient.
__ Et vous avez appelé les secours tout de suite ?, s’enquit le grand.
Comment pouvait-il savoir que j’avais appelé ce damné Bastien avant de porter assistance à Albert ? Suis-je bête, il n’en savait rien. Je mentais donc de nouveau avec aplomb :
__ Oui, tout de suite.
Ah comme j’aurais aimé que Bastien se tienne à mes côtés à ce moment précis. Il leur aurait montré, lui, aux policiers, de quel bois on se chauffe ! Et il m’aurait soutenu, il m’aurait défendu, il aurait menti à ma place et se serait occupé de tout. Je n’aurais eu qu’à l’admirer et à l’aimer. Mais plutôt que cela, il dormait dans les bras de sa bien aimée et n’avait cure de mes problèmes ô combien terribles ! Je le détestais pour ça.

__ Bien, nous allons faire un procès verbal Monsieur Delain, m’expliqua le plus grand.
Le mieux est que vous passiez avenue Gourgaud, à la Préfecture de Police. Venez dans la matinée et on prendra votre déposition.
__ On va aussi prendre des photos de l’inscription sur le mur… on ne sait jamais, s’empressa d’ajouter le petit.

Ils prirent quelques clichés, trois je crois, de ce tag hideux et le séduisant agent nota quelques mots dans un minuscule carnet de notes Niceday, gris et moche. J’imaginais son écriture petite et serrée, incommodé qu’il était par la prise de notes sur un support mou. Arriverait-il seulement à se relire ? Il m’extirpa soudain de ma rêverie :
__ Passez dans la matinée, monsieur.
Son ton était ferme et poli. Je bafouillais un "oui, oui" et je les regardais partir. D’un geste de la main il prirent congé et tout devint subitement calme.
Le bazar s’étendait partout autour de moi et les lettres rouges clignotaient dans mon champ de vision. Qui avait écrit ça ? Pourquoi ? Que me voulait-on ? Je me sentais désemparé et comme pris au piège. Une machination, quelque chose de fourbe en tout cas, se refermait sur moi mais je n’arrivais pas à savoir ni quoi ni pourquoi. J’étais épuisé mais je n’allais pas pouvoir me reposer. Ce passage obligé au commissariat me pesait mais je me disais sans trop y croire que ce serait la fin de mes ennuis. Il fallait aussi que j’aille à l’hôpital voir Albert et que je range l’appartement avant son retour à la maison. D’ailleurs je ne savais même pas si j’avais le droit d’effacer le graffiti ? Tout cela me pesait. Comme je regrettais d’être sorti cette nuit.

J’en étais là de mes pensées quand il me vint à l’esprit que je devais mettre Régis dans la confidence pour le cas où on m’interrogerait sur cet ami mystérieux chez qui j’étais sensé avoir passé la nuit. Comment allais-je lui expliquer mon besoin d’alibi ?

#220 – J’aurais aimé

Cela fait dix fois que je recommence cet article.

Ce n’est pas que je ne sais pas quoi écrire mais c’est juste que je ne sais pas comment l’écrire. Je voudrais parler de l’envie qui m’anime de changer (presque) tout dans ma vie. Vous raconter comment je persuade petit à petit mon Homme que c’est possible, qu’une autre voie existe et qu’il ne tient qu’à nous de décider de l’emprunter (mais que c’est difficile et long car il est très cartésien). Évoquer avec vous ce sentiment de perdre mon temps un peu plus chaque jour, à ne pas agir, à rester planter là attendant que quelque chose arrive… Quelque chose mais quoi ? Il ne se passera rien tant que je ne saurai pas précisément ce que je veux !
J’aimerais vous expliquer toutes les choses passionnantes que je lis en ce moment, que je découvre et qui me surprennent. Comme par exemple les capacités incroyables que nous possédons tous dans notre cerveau. Des perspectives étonnantes et des présentations stimulantes.
Je souhaiterais vous dire à quel point je me sens, ces derniers jours, la force de déplacer des montagnes et comme, dans le même temps, je m’aperçois que je deviens plus mûr, plus réfléchis et donc, plus fort…
Vous dire que je distingue de mieux en mieux et avec une acuité presque cruelle les gens tels qu’ils sont réellement : fourbes, rusés, gentils, méchants, ambitieux, limités, passionnants,… alors qu’ils paraissent tout le contraire !
Ah oui, sans oublier de vous parler de ma décision d’enfin apprendre à nager. J’ai rendez-vous avec le maître nageur (^__^) vendredi…

Bref, j’aurais aimé vous décrire ce qui se passe dans ma tête en ce moment mais je n’y suis pas arrivé.
Une prochaine fois, peut-être ?…