#257 – La permission de vivre

J’aurai beau avoir 43 ans dans quelques semaines, je me fais toujours l’impression d’être ce grand dadais, naïf et gauche. J’ai le sentiment de ne pas savoir comment aborder les choses les plus simples de la vie, de rêvasser à un futur acidulé et de manquer cruellement d’expérience — ou de savoir faire, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.
Comment vous expliquer ? C’est un peu comme si j’avais vécu dans un cocon pendant des décennies et que, maintenant, il me fallait tout apprendre et, en quelque sorte, rattraper le temps perdu.

Si j’avais su… Avec des si… me direz-vous. N’empêche que, plus jeune, si j’avais reconnu et assumé ce que mon « être profond » pressentait bon pour moi, ma vie serait sans doute différente à l’heure qu’il est. Par exemple, je ne me serais pas engager dans cette voie professionnelle qu’est le commerce. Je ne suis pas commerçant : je ne sais déjà pas aborder les gens, alors leur vendre quelque chose !
Et puis j’aurais assumé mon homosexualité bien plus tôt. Si j’avais eu le cran — ou les ressources suffisantes pour — d’être moi-même, plutôt que celui de m’inventer une vie qui plaise aux autres. Car toutes ces années je n’ai souhaiter qu’une chose : être accepté par les autres pour me sentir comme les autres. Pendant des années j’ai refusé mon individualité, j’ai nié ma personnalité, je suis devenu ce qu’on voulait que je devienne.

Et puis, il y a 10 ans, poussé à cela par la dépression qui me rongeait, j’ai pris (ou j’ai cru prendre) la décision de regarder la vie en face. J’ai pensé me remettre en question et accepter de me révéler. J’ai eu l’impression de prendre les choses en main. Mais je n’ai fait que reprendre pied car aujourd’hui, finalement, peu de choses ont changé.

Je travaille toujours dans ce domaine que je déteste définitivement, fait d’hypocrisie, et de futilité, centré sur lui-même et qui cherche désespérément des moyens de se renouveler. Et même si je ne me cache plus de mon homosexualité, le dialogue reste compliqué avec mes parents par exemple. Dans la rue, par exemple, je ne suis pas pleinement moi-même ; face aux autres je maintiens cette sorte de distance polie face à cette sexualité marginale. Je n’impose pas mes choix, je demande à ce que les autres les acceptent. J’attends d’eux la permission d’être moi… la permission de vivre ?

Alors qu’en est-il de mon futur acidulé ? De mes rêves de faire « autre chose », « ailleurs », « autrement » ? Plus le temps passe et plus je me dis que c’est le moment de passer à l’action ! D’enfin oser me lancer, de larguer les amarres de cette « ancienne » vie, d’être celui que j’ai toujours été, mais qui, pour l’instant encore, se cache derrière le masque de grand dadais qu’il s’est fabriqué.

La question maintenant n’est pas tellement de savoir comment m’y prendre, car aucun plan ne me sécurisera jamais. Non, la question essentielle est quand ? Quand faire enfin ce premier pas ?

#256

Imaginez l’effet que cela fait de se rendre compte que vous avez toujours été dans l’erreur. Que, depuis le début et jusqu’à maintenant, vous marchiez sur le mauvais chemin… Imaginez que vous étiez pressé de vous rendre à un endroit précis, assez loin de votre point de départ, que le décor autour de vous ne vous rappelait rien, mais qu’au contraire il vous surprenait assez. Que vous ne rencontriez pas les signes où les panneaux indicateurs que vous attendiez. Et imaginez qu’à un moment donné, tout à coup, sans réellement savoir pourquoi, votre conscience est percutée de plein fouet par une incroyable vérité : depuis le début vous avanciez dans la mauvaise direction et vous vous éloigniez de votre destination plutôt que de vous en approcher, comme vous le croyiez.

C’est tout à la fois saisissant, bouleversant et terrifiant. Mélange de doute, d’incompréhension et de colère, vous refusez d’abord de croire que l’évidence est là. Pourtant, à la lumière de cette révélation, votre passé devient soudain limpide mais dans le même temps votre avenir devient confus. Vous comprenez maintenant seulement pourquoi aucun signe positif ne venait à vous, pourquoi il vous fallait encore et encore faire des efforts sans jamais voir apparaître, même au loin, ce fameux but que vous visiez, cet Eldorado personnel que vous aviez prévu d’atteindre.

Je vis cela, mais je ne sais pas encore comment le gérer. C’est comme une bulle de vérité qui me tombe dessus et m’enveloppe sans que sache encore ce que je peux en faire. Comment agir dorénavant ? Quelle attitude adopter ? Continuer sur ce chemin en espérant qu’il réserve, qui sait, une ou deux bonnes surprises ? ou faire demi-tour et enfin prendre la bonne direction… mais sans garantie d’arriver à temps ?
Tout cela vous paraît sans doute bien métaphorique et pourtant je reçois depuis quelques jours des réponses on ne peut plus concrètes à mes questions. Je visualise assez bien le pourquoi du comment. Mais j’y reviendrai ; sans doute…

En attendant j’ai entamé depuis quelques semaines maintenant une VAE – Validation des Acquis de l’Expérience. Ceci dans le but d’obtenir un diplôme. Mais cette démarche n’est pas une finalité en soi. Ce n’est qu’une étape, mon véritable objectif étant de me reconvertir professionnellement. Et pour pouvoir me donner la chance d’une vraie reconversion, il me faut un diplôme suffisant pour rentrer dans l’école que je vise. Bref, encore une fois tout cela semble bien obscur… C’est juste que je n’ai pas envie de rentrer dans le détail maintenant. Lors d’un prochain billet, sans doute, je vous en dirai davantage.

#255 – Niveler par le bas

Tout se passe comme si le but du jeu était de ne plus faire qu’une seule et même masse à partir de toutes les individualités. Niveler le niveau — en tirant vers le bas — mais pas seulement. Effacer les spécificités, écraser les personnalités, créer une sorte de marécage.
De loin, on pourrait croire que le mélange des cultures est à l’oeuvre mais il me semble qu’on devrait aborder ce point sous l’angle de l’enrichissement  plutôt que celui du mélange lorsque l’on parle des cultures. S’ouvrir sur le monde plutôt que se concentrer à l’extrême sur un modèle ou une pensée unique. L’uniformisation de la pensée va bon train.

Un salmigondis d’âneries et de désinformation, voilà ce qu’on nous donne chaque jour à manger. On se couvre (se cache ?) à chaque instant de préjugés, de propagandes et d’idées toutes faites. Du jetable et du recyclable — comme nous !
Par exemple, ma collègue passe son temps à regarder les alertes de 20 Minutes et de Métro (filiale de TF1) sur son téléphone. Elle nage dans ce qu’elle pense être la vraie vérité. Elle laisse les émotions que cette simili-actualité crée entrer en elles — voire la submerger. Ce faisant, elle s’imprègne de cette atmosphère de crise, de violence, de haine, de jugements hâtifs et de raccourcis. Elle en fait sa vision du monde. Et le résultat est qu’elle passe son temps à vivre dans son quotidien des situations « qui la saoulent » ou des « catastrophes », et ponctue toutes ses phrases d’un « c’est pas gagné » ironiquement victorieux. Elle est devenue ce qu’elle lit à longueur de journée…

Et ces masse média sont partout. Ils déploient leurs ramifications dans le quotidien d’actifs déboussolés — et qu’il faut « guider ». Ils nous ballottent entre mauvaises nouvelles et nouvelles menaces. Ils nous font croire n’importe quoi, ils nous effraient et nous promettent une récompense (?) si on reste sage. Avec l’immédiateté des communications on s’imagine qu’on pilote la réalité mais on ne prend plus le temps de réfléchir ou de développer son propre point de vue. On ingurgite à toute vitesse et on s’étonne ensuite de se sentir si mal à l’aise.
On croit que le monde est ainsi, qu’il est pareil partout et que tout le monde sur la planète vit la même chose. Boulot (chiant) – métro (bondé) – dodo (perturbé) : ce serait le lot de chacun ici-bas. Et pourtant… il existe tant de diversités, de situations, d’endroits, de décors, de parcours…

Simplement, la partie du monde à laquelle nous appartenons n’existe que parce que nous lui sommes dévoués corps et âme. Elle nous maintient dans son système parce que sans nous elle n’existe plus. Elle agite devant nous un miroir aux alouettes. Des éclats brillants de gens qui réussissent, qu’elle a soigneusement sélectionné pour nous éblouir et nous faire croire que « oui, c’est possible ». Possible de quoi ? D’avoir et d’être… oui, mais quoi ? D’avoir des biens inutiles, de développer des attitudes superficielles ou de vivre des vies vides de sens ?

Rien ne sert de se battre contre ce système. Cela reviendrait à nous battre contre nous-mêmes. Mais sortir de tout ça est possible. Détourner les yeux et l’esprit. Regarder ailleurs, dans d’autres directions est à la portée de chacun. Il ne tient qu’à nous de faire le premier pas.

#254 – Et 2015 chassa 2014

Eh bien, pensais-je, finalement la vie a changé. Pas le monde, lui restera celui qu’il a toujours été, mais la vie, ma vie, a bien été bouleversée. Le décor n’a pas vraiment bougé, mais qui se soucie de cela ? C’est plus en profondeur, à l’intérieur de moi, de mes convictions que, par contre, tout a volé en éclats. Éclair de génie ou prise de conscience lente et sur le point d’aboutir ? Difficile de le dire. Il me semble pourtant que mon âme est changée. Pour toujours mais pourrait il en être autrement ? De désillusions en psychodrames, l’année passée s’est achevée sur un puissant remaniement. La plupart des gens et des situations que je prenais pour immuables ont comme fondu sous mes yeux. Une certitude après l’autre s’effondrait. Mais que sont réellement ces certitudes sinon des croyances confortables ?

L’année nouvelle débute de la même façon et les événements récents qui secouent notre communauté, me confirment dans ma pensée que nos peurs ne devraient jamais régir nos vies. Quel que soit le nom qu’on donne à la peur (doute, rejet, méfiance…), elle n’en reste pas moins une prison pour beaucoup d’entre nous. Et plus on accorde de poids aux gens, aux situations ou aux événements et plus ils sont générateurs de peur. Pourtant, souvent, il ne s’agit pas d’une peur réelle mais d’une projection de notre esprit vers un futur craint, en adéquation avec un passé douloureux. Donc un sentiment totalement infondé puisqu’il n’existe pas dans le présent. Avoir peur nous contraint à mal agir, voire ne pas agir du tout. Et c’est précisément cette inaction qui, me semble-t-il, nous fait glisser vers une forme de danger bien plus redoutable que celui supposément lié à l’action.

Aussi, s’il me fallait sacrifier aux bonnes intentions pour la nouvelle année,  je dirais que j’aspire à ne plus voir trop d’importance dans les situations de la vie et, de fait, à ne plus avoir peur de l’inconnu. Et je vous souhaite la même chose, pour une année remplie d’actions et de découvertes, seuls moteurs de l’existence.

#253 – Depuis le temps

Je n’ai pas écrit ici depuis plusieurs semaines déjà. Ce ne sont pas les occasions ni les sujets, ni même le temps qui m’ont manqué. Au contraire. Paradoxalement, je crois que plus il se passe de choses dans ma vie et moins je ressens le besoin d’écrire.Mais,soudainement, le temps de rédiger un petit quelque chose, je m’octroie une pause, comme pour consolider toute l’avancée des dernières semaines, poser un jalon ou sauvegarder un fichier, vite avant qu’il ne s’efface. A moins que la coupe ne soit trop pleine et qu’il me faille la vider un peu ici avant de la remplir à nouveau ?

Plus que jamais ma vie change et j’en suis heureux. Je ne sais pas encore très bien vers quoi je me dirige (bien que de plus en plus l’image se précise, …et elle est vertigineuse), mais je sens que je suis sur la bonne voie. Je ressens les événements et les choses différemment. Je perçois de nouvelles nuances, de nouvelles pensées, de nouveaux schémas et cela me remplit d’un immense espoir. Je me sens capable de dépasser ma condition et mes limites, de modifier mon interprétation de la vie et de faire des choses aux quelles je n’aurais même pas osé rêver il y a encore peu.

En réalité, je découvre que ma façon d’appréhender le monde est souvent erronée et le simple fait de le comprendre m’ouvre de nouvelles perspectives. Par exemple, je me suis soudainement rendu compte que le monde qui m’entoure est en réalité mon monde. Il n’appartient qu’à moi et est contenu tout entier à l’intérieur de moi. Je fais le monde qui m’entoure. Et rien dans l’Univers n’échappe à cette loi. Je perçois l’extérieur à ma façon ; je ne vois que ce qui m’intéresse, je ne capte que certains signaux, je ne vibre que sur certaines fréquences, … bref, je façonne mon environnement à 100%. Et savoir cela est libérateur. De fait, je deviens l’unique créateur de mon décor, et les personnages qui partagent la scène avec moi sont ceux que je choisis. Je ne peux pas changer leur rôle mais je peux choisir de les faire entrer en scène ou pas. Je ne choisis pas leur attitude, mais je choisis de jouer avec eux ou pas. Je ne choisis pas leur état mais je choisis l’interaction qu’ils ont avec moi.

Dans le même ordre d’idée, j’ai compris que laisser certaines personnes de mon environnement me mettre en colère, me décevoir ou m’intimider, équivalait à leur laisser les commandes de moi-même. D’une manière générale, laisser les autres avoir une emprise (forte et durable) sur mes sentiments, c’est les laisser diriger ma vie. Et je ne peux pas accepter plus longtemps que d’autres que moi me dictent comment me sentir, agir ou ce que je dois décider. Les seules influences que je peux accueillir sont celles qui viennent de moi. Mon besoin de justice, d’aimer, de créer, d’apprendre, par exemple, sont les seuls guides que je dois suivre. L’extérieur (la mode, la flatterie, la superficialité, la publicité, l’autorité…) n’a pas à me dicter mes choix.

En résumé, je suis le seul acteur de ma vie et je suis donc celui qu’il faut blâmer ou féliciter pour les choix que je fais. La seule chose qui compte est que ces choix viennent bien de moi et ne me soient dictés par personne d’autre, directement ou pas.
J’ai entrepris de changer de métier. De me reconvertir, loin de ma fonction actuelle, celle que j’exerce depuis 22 ans !  A plus de quarante ans, c’est un pari un peu risqué mais terriblement excitant. Et je ne me suis jamais senti aussi déterminé et profondément en accord avec moi-même. Je sais que je ne peux pas me tromper, même si tout ne sera pas rose…. Les démarches sont entamées et bientôt, si tout va bien, je retourne sur les bancs de l’école. J’achèverai peut-être alors ce que j’ai commencé il y a bien longtemps ?

#250 – Seul face à soi même

Hier matin, alors que je prenais mon petit déjeuner à l’hôtel, assis (pour ne pas dire tapi) dans un coin de la salle austère au buffet avare et à la télé grand écran, j’observais les quelques personnes qui avaient bravé l’heure matinale pour venir remplir leur ventre de nourriture avant une longue et — possible — dure journée de labeur.

Une dame, corpulente, aux cheveux foncés, aux sourcils épais et aux mains potelées, faisait passer ses yeux du journal local à son téléphone rehaussé d’une housse avec lenteur. Une lenteur dans ses gestes que je m’expliquais en constatant soudain sa fascination pour les images que diffusait le téléviseur. C’était à peine si de temps à autre elle semblait se souvenir qu’elle était assise ici pour une raison précise : prendre son petit-déjeuner. Et lorsque, subitement, elle revenait à elle, elle enfournait une viennoiserie puis, sans doute satisfaite même si elle ne le montrait pas, imperceptiblement, elle repartait s’enfoncer dans la télévision, dans le journal et dans son téléphone.

Une autre femme, apparemment plus jeune, attablée un peu plus loin, trempait son pain dans sa tasse de café, tout en penchant la tête… vers la télé. Le résultat de ces contorsions était assez étonnant. Le tronc vrillé, elle était assise sur le bord de sa chaise. Le café coulait en longue dégoulinades sur le pain et vers ses doigts. Sa bouche était tordue, donnant l’impression d’être autonome et cherchant désespérément à avaler le morceau de pain promis quelques instants plus tôt.

Je regardais ces deux femmes, planqué derrière un mur. J’avais voulu empêcher la télé de me mettre sous hypnose. J’avais également refusé de sortir mon smartphone de ma poche, pari difficile. C’est en enveloppant du regard toute la scène, moi compris, que je me suis fais la réflexion que se retrouver face à soi-même est un exercice bien mal aisé.
Je m’aperçois que nous sommes, pour la plupart, constamment en train de chercher le moyen d’éviter ce qui semble être une confrontation avec notre « moi ». Comme si nous voulions à tout prix éviter des miroirs intérieurs qui nous renverraient une image de nous qui nous déplaît. Rivés sur nos téléphones, perdus entre nos écouteurs, plongés dans nos magazines ou lobotomisés par les images clignotantes de nos télés, nous sommes coupés de nous. Quasiment incapables de dire là, maintenant, tout de suite, quel sentiment nous habite, nous ne vivons pas avec notre propre personne, mais avec des communautés, des intermédiaires, des chimères, ou à travers la vie des autres… tellement plus confortable. Nous jugeons, nous estimons, nous critiquons… les Autres, le Reste, le Monde qui nous entoure, mais nous, notre « moi », notre propre maison, nous les délaissons et ils restent inconnus de nous et inexplorés. C’est comme s’ils n’existaient pas !

Mais après tout, quel est le problème ? Quelles sont les conséquence de cet « oubli de nous », si conséquences il doit y avoir ?
D’après moi, ne pas se connaître c’est faire définitivement ce qui ne nous convient pas, aller dans la mauvaise direction et laisser « les autres » décider pour nous de notre propre vie. En d’autre termes, s’ouvrir à l’extérieur sans connaître l’intérieur, c’est tout simplement se laisser manipuler. Comment discerner ce qui est bon pour nous de ce qui ne l’est pas si nous ne prenons pas le temps d’affronter notre vraie personnalité. Mais quand je dis « affronter » j’emploie un mauvais terme. L’idée d’affrontement vient de ce que notre « moi » est très différent, pour ne pas dire en opposition avec toutes ces idées et ces images dont nous nous berçons à longueur de journée via les stimuli extérieurs. Or ce qui importe vraiment n’est pas le monde superficiel et arrangé par d’autres auquel nous nous accrochons, mais bel et bien notre personnalité profonde car elle seule est capable de nous guider vers ce qu’il y a de meilleur pour nous — entendez par là ce qui correspond à nos valeurs.
Une fois que l’on se respecte, le monde extérieur nous paraît bien différent et faire preuve de discernement est plus facile. Eviter les pièges, les mauvais conseils, les arnaques, les fausses informations… se forger sa propre opinion et être enfin libre de penser par soi-même, autant de choses que nous sommes incapables de faire si nous ne savons pas qui nous sommes.

Il ne faut pas avoir peur de se découvrir car il n’y a que des bénéfices à en tirer. Passées les déceptions et les remises en question (quant à ce qu’on croyait être, ce qu’on prenait pour vrai), il est possible d’avancer et, surtout, d’avancer dans la direction que l’on s’est choisie, pas dans celle que « les autres » voudraient nous voir suivre.
C’est peut-être une idée naïve que je vous soumets et pourtant je suis convaincu que c’est une idée fondamentale. Nous ne devrions pas être des purs produits marketing tels que nous le sommes devenus. Nous sommes des êtres doués de conscience, capables de réfléchir, de s’interroger et de faire des choix qui conditionnent notre vie. Interrogez vous : faites vous ce que vous avez décidé de faire ou faites vous ce qu’on vous demande de faire ? La question vaut son pesant de cacahuètes ! Et la réponse doit déterminer vos prochaines actions…

#247 – Faire « comme si »

Je ressens à peine les années, fines couches qui s’accumulent, et j’ai le sentiment de n’avoir pas changé, d’être toujours le même, ce « moi » que j’aurais toujours été. J’ai l’impression que ma vie « profonde » est en tout point la même depuis toujours ; peut-être parce que je ne prends pas le recul qu’il faudrait ? Pourtant je reconnais que mon existence s’est bel et bien transformée, et pas seulement dans ce qu’elle a de plus superficiel, pas uniquement en apparences.
Sur une période finalement assez courte, j’ai arrêté de fumer, j’ai fait de la course à pied une de mes habitudes de vie, j’ai trouvé un meilleur travail et concrétisé mon souhait de vivre à Paris, je me suis mis en couple et, plus récemment, j’ai appris à nager… (dans l’ordre chronologique, pas d’importance).

Ce ne sont que de « petites choses » au regard de ce que certains accomplissent, et pourtant, à mon échelle, ce sont de vrais bouleversements. Ils ont changé ma vie en profondeur.
Et puisque je parlais de prendre du recul, je me suis demandé cette semaine, à la faveur d’une insomnie (plutôt rare, sauf aux moments charnières de ma vie), quel était le dénominateur commun à chacune des actions que j’avais entreprise ? Et finalement, j’ai trouvé plusieurs similitudes dont je n’avais jusqu’alors pas eu conscience. Ce dont je me rends compte c’est surtout que :
1) j’ai dépassé mes peurs. Peur de manquer, d’échouer, de l’inconnu, que ça prenne du temps, des efforts… Cela ne signifie pas qu’elles n’étaient pas là, mais j’ai su aller au-delà. Et le plus étonnant, c’est que cela s’est fait
2) sans que j’éprouve la sensation de devoir me forcer. Comme si c’était naturel ou simple, sans ressentir les efforts nécessaires comme une privation ou comme quelque chose d’inatteignable. Je ne me suis pas représenté les choses de la sorte et, au contraire, je crois même qu’à chaque fois j’y ai pris beaucoup de plaisir. En réalité, je pense tout simplement (même si cette idée est assez compliquée à appréhender) que
3) j’ai trouvé la partie de moi qui était réceptive à mon projet ! Comme s’il existait en moi un côté « pour » et un côté « contre ». Une partie de mon inconscient qui approuve et l’autre qui désapprouve, mettant toute son énergie à me convaincre qu’il ne vaut pas la peine d’essayer, que c’est voué à l’échec, qu’à quoi bon commencer maintenant, ça pourra bien attendre demain, etc.

Cela va bien au-delà du « je veux / je ne veux pas ». Indépendamment du fait de pouvoir, vouloir n’est pas suffisant pour mener à bien un projet ou atteindre un objectif. Ce n’est pas, d’après moi, la bonne méthode, car il me semble que la volonté nous renvoie toujours à un combat contre soi-même. Vouloir revient toujours à émettre le souhait de, désirer, espérer… bref, c’est tout sauf agir. Avoir ou pas la volonté de faire quelque chose ne peut pas être le seul moteur. Sinon, il suffirait de vouloir pour pouvoir, or ce n’est pas aussi simple.

Il existe une force supérieure à la volonté, c’est la conviction. Lorsque j’ai arrêté de fumer, par exemple, je l’ai fait en une seule fois, sans aide, sans manque, sans peur. Pourquoi, alors que j’avais mainte fois essayé de renoncer à la cigarette (en réduisant ma consommation, en me patchant,etc.), pourquoi étais-je parvenu d’un coup à dire « stop » et, surtout, pourquoi cela avait-il été si facile ? La réponse : j’étais convaincu ! Non pas que j’allais y arriver mais que j’avais déjà franchi le pas. Pour ainsi dire, j’étais convaincu que j’avais déjà réussi !
Je sais que c’est surprenant, mais c’est exactement de cette façon que ça s’est passé. Comparez ces deux affirmations : « je veux arrêter de fumer » et « je suis non fumeur ». Elles ne disent pas du tout la même chose et pourtant elles visent le même objectif : ne plus toucher à la cigarette. Je peux vous assurer que dire « je suis non fumeur » a radicalement changé ma façon d’atteindre mon but. L’idée sous-jacente est de « faire comme si » l’objectif était atteint. Dès lors, il n’est plus nécessaire de tergiverser, de se poser des questions à l’infini et de trouver des excuses pour ne plus agir. Lorsque je suis convaincu que je ne fume plus, je parle à cette fameuse partie de moi qui approuve mon état. Et celle qui approuvait mon (ex) état de fumeur passe de fait au second plan. Tous les arguments qui me maintenaient sous l’emprise de la nicotine (ça me calme, ça m’aide, c’est bon…) partent en fumée au profit de ceux qui me faisaient dire « je veux arrêter » (ça pue, c’est cher, c’est nocif…).
Finalement, on pourrait dire que j’inverse le raisonnement en me positionnant après le point de basculement, après le fameux pas à franchir. Et pour cause, une fois qu’on est engagé, on a plus envie de faire marche arrière.

En résumé ne pas être convaincu  c’est forcément aller à l’échec car c’est laisser la place au doute. Et si le moindre doute persiste, c’est à lui que l’on se raccroche pour ne pas agir. Que l’on appelle ça un doute ou une peur, ça n’en reste pas moins une bonne excuse derrière laquelle se retrancher quand l’envie devient trop forte mais pas suffisante. Or l’envie de... n’est jamais assez forte pour franchir le cap.
Etre convaincu c’est (le) pouvoir. Se mettre dans la peau de celui qui… et non dans celle inconfortable de celui qui aimerait… pour agir en conséquence et balayer tous les doutes, tous les arguments contraires et toutes les peurs. Bien sûr les appréhensions restent mais elles stimulent plus qu’elles ne paralysent. Lorsque l’on commence un nouveau travail, par exemple, on a peur que ça se passe mal, de ne pas être à la hauteur… résultat : on déplace des montagnes pour que ça n’arrive pas. De toute façon, on a plus le choix, on est déjà engagé ! La nuance est de taille et elle est bien réelle. Le jour où je me suis installé avec mon compagnon (deux ans et demi que ça dure), cela s’est fait très vite. Je n’ai pas versé dans la tergiversation, me demandant si garder mon appartement et mes meubles ne serait pas plus judicieux, au cas où… Au lieu de cela, j’ai tiré un trait sur mon célibat et tout ce qui allait avec. Je me suis mis « en situation » sans chercher à savoir ce qui allait se passer. Je n’avais aucune idée de ce que pourrait donner notre vie commune — alors que ni lui ni moi n’avions déjà vécu en couple –, et je ne voulais pas le savoir : ce n’était tout simplement pas le propos. J’étais convaincu que je vivais d’ores et déjà avec lui et j’agissais en conséquence.

C’est la première fois que je parviens à mettre des mots sur ce que j’ai pu vivre à chaque fois que j’ai remporté des victoires, atteint des objectifs, réussi à me dépasser. Et c’est pour moi comme une révélation, à un moment où je m’interroge fortement sur ce que je deviens, je que je veux ou ce que je suis. Toutes les portes semblent ouvertes…