#250 – Seul face à soi même

Hier matin, alors que je prenais mon petit déjeuner à l’hôtel, assis (pour ne pas dire tapi) dans un coin de la salle austère au buffet avare et à la télé grand écran, j’observais les quelques personnes qui avaient bravé l’heure matinale pour venir remplir leur ventre de nourriture avant une longue et — possible — dure journée de labeur.

Une dame, corpulente, aux cheveux foncés, aux sourcils épais et aux mains potelées, faisait passer ses yeux du journal local à son téléphone rehaussé d’une housse avec lenteur. Une lenteur dans ses gestes que je m’expliquais en constatant soudain sa fascination pour les images que diffusait le téléviseur. C’était à peine si de temps à autre elle semblait se souvenir qu’elle était assise ici pour une raison précise : prendre son petit-déjeuner. Et lorsque, subitement, elle revenait à elle, elle enfournait une viennoiserie puis, sans doute satisfaite même si elle ne le montrait pas, imperceptiblement, elle repartait s’enfoncer dans la télévision, dans le journal et dans son téléphone.

Une autre femme, apparemment plus jeune, attablée un peu plus loin, trempait son pain dans sa tasse de café, tout en penchant la tête… vers la télé. Le résultat de ces contorsions était assez étonnant. Le tronc vrillé, elle était assise sur le bord de sa chaise. Le café coulait en longue dégoulinades sur le pain et vers ses doigts. Sa bouche était tordue, donnant l’impression d’être autonome et cherchant désespérément à avaler le morceau de pain promis quelques instants plus tôt.

Je regardais ces deux femmes, planqué derrière un mur. J’avais voulu empêcher la télé de me mettre sous hypnose. J’avais également refusé de sortir mon smartphone de ma poche, pari difficile. C’est en enveloppant du regard toute la scène, moi compris, que je me suis fais la réflexion que se retrouver face à soi-même est un exercice bien mal aisé.
Je m’aperçois que nous sommes, pour la plupart, constamment en train de chercher le moyen d’éviter ce qui semble être une confrontation avec notre « moi ». Comme si nous voulions à tout prix éviter des miroirs intérieurs qui nous renverraient une image de nous qui nous déplaît. Rivés sur nos téléphones, perdus entre nos écouteurs, plongés dans nos magazines ou lobotomisés par les images clignotantes de nos télés, nous sommes coupés de nous. Quasiment incapables de dire là, maintenant, tout de suite, quel sentiment nous habite, nous ne vivons pas avec notre propre personne, mais avec des communautés, des intermédiaires, des chimères, ou à travers la vie des autres… tellement plus confortable. Nous jugeons, nous estimons, nous critiquons… les Autres, le Reste, le Monde qui nous entoure, mais nous, notre « moi », notre propre maison, nous les délaissons et ils restent inconnus de nous et inexplorés. C’est comme s’ils n’existaient pas !

Mais après tout, quel est le problème ? Quelles sont les conséquence de cet « oubli de nous », si conséquences il doit y avoir ?
D’après moi, ne pas se connaître c’est faire définitivement ce qui ne nous convient pas, aller dans la mauvaise direction et laisser « les autres » décider pour nous de notre propre vie. En d’autre termes, s’ouvrir à l’extérieur sans connaître l’intérieur, c’est tout simplement se laisser manipuler. Comment discerner ce qui est bon pour nous de ce qui ne l’est pas si nous ne prenons pas le temps d’affronter notre vraie personnalité. Mais quand je dis « affronter » j’emploie un mauvais terme. L’idée d’affrontement vient de ce que notre « moi » est très différent, pour ne pas dire en opposition avec toutes ces idées et ces images dont nous nous berçons à longueur de journée via les stimuli extérieurs. Or ce qui importe vraiment n’est pas le monde superficiel et arrangé par d’autres auquel nous nous accrochons, mais bel et bien notre personnalité profonde car elle seule est capable de nous guider vers ce qu’il y a de meilleur pour nous — entendez par là ce qui correspond à nos valeurs.
Une fois que l’on se respecte, le monde extérieur nous paraît bien différent et faire preuve de discernement est plus facile. Eviter les pièges, les mauvais conseils, les arnaques, les fausses informations… se forger sa propre opinion et être enfin libre de penser par soi-même, autant de choses que nous sommes incapables de faire si nous ne savons pas qui nous sommes.

Il ne faut pas avoir peur de se découvrir car il n’y a que des bénéfices à en tirer. Passées les déceptions et les remises en question (quant à ce qu’on croyait être, ce qu’on prenait pour vrai), il est possible d’avancer et, surtout, d’avancer dans la direction que l’on s’est choisie, pas dans celle que « les autres » voudraient nous voir suivre.
C’est peut-être une idée naïve que je vous soumets et pourtant je suis convaincu que c’est une idée fondamentale. Nous ne devrions pas être des purs produits marketing tels que nous le sommes devenus. Nous sommes des êtres doués de conscience, capables de réfléchir, de s’interroger et de faire des choix qui conditionnent notre vie. Interrogez vous : faites vous ce que vous avez décidé de faire ou faites vous ce qu’on vous demande de faire ? La question vaut son pesant de cacahuètes ! Et la réponse doit déterminer vos prochaines actions…

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