#247 – Faire « comme si »

Je ressens à peine les années, fines couches qui s’accumulent, et j’ai le sentiment de n’avoir pas changé, d’être toujours le même, ce « moi » que j’aurais toujours été. J’ai l’impression que ma vie « profonde » est en tout point la même depuis toujours ; peut-être parce que je ne prends pas le recul qu’il faudrait ? Pourtant je reconnais que mon existence s’est bel et bien transformée, et pas seulement dans ce qu’elle a de plus superficiel, pas uniquement en apparences.
Sur une période finalement assez courte, j’ai arrêté de fumer, j’ai fait de la course à pied une de mes habitudes de vie, j’ai trouvé un meilleur travail et concrétisé mon souhait de vivre à Paris, je me suis mis en couple et, plus récemment, j’ai appris à nager… (dans l’ordre chronologique, pas d’importance).

Ce ne sont que de « petites choses » au regard de ce que certains accomplissent, et pourtant, à mon échelle, ce sont de vrais bouleversements. Ils ont changé ma vie en profondeur.
Et puisque je parlais de prendre du recul, je me suis demandé cette semaine, à la faveur d’une insomnie (plutôt rare, sauf aux moments charnières de ma vie), quel était le dénominateur commun à chacune des actions que j’avais entreprise ? Et finalement, j’ai trouvé plusieurs similitudes dont je n’avais jusqu’alors pas eu conscience. Ce dont je me rends compte c’est surtout que :
1) j’ai dépassé mes peurs. Peur de manquer, d’échouer, de l’inconnu, que ça prenne du temps, des efforts… Cela ne signifie pas qu’elles n’étaient pas là, mais j’ai su aller au-delà. Et le plus étonnant, c’est que cela s’est fait
2) sans que j’éprouve la sensation de devoir me forcer. Comme si c’était naturel ou simple, sans ressentir les efforts nécessaires comme une privation ou comme quelque chose d’inatteignable. Je ne me suis pas représenté les choses de la sorte et, au contraire, je crois même qu’à chaque fois j’y ai pris beaucoup de plaisir. En réalité, je pense tout simplement (même si cette idée est assez compliquée à appréhender) que
3) j’ai trouvé la partie de moi qui était réceptive à mon projet ! Comme s’il existait en moi un côté « pour » et un côté « contre ». Une partie de mon inconscient qui approuve et l’autre qui désapprouve, mettant toute son énergie à me convaincre qu’il ne vaut pas la peine d’essayer, que c’est voué à l’échec, qu’à quoi bon commencer maintenant, ça pourra bien attendre demain, etc.

Cela va bien au-delà du « je veux / je ne veux pas ». Indépendamment du fait de pouvoir, vouloir n’est pas suffisant pour mener à bien un projet ou atteindre un objectif. Ce n’est pas, d’après moi, la bonne méthode, car il me semble que la volonté nous renvoie toujours à un combat contre soi-même. Vouloir revient toujours à émettre le souhait de, désirer, espérer… bref, c’est tout sauf agir. Avoir ou pas la volonté de faire quelque chose ne peut pas être le seul moteur. Sinon, il suffirait de vouloir pour pouvoir, or ce n’est pas aussi simple.

Il existe une force supérieure à la volonté, c’est la conviction. Lorsque j’ai arrêté de fumer, par exemple, je l’ai fait en une seule fois, sans aide, sans manque, sans peur. Pourquoi, alors que j’avais mainte fois essayé de renoncer à la cigarette (en réduisant ma consommation, en me patchant,etc.), pourquoi étais-je parvenu d’un coup à dire « stop » et, surtout, pourquoi cela avait-il été si facile ? La réponse : j’étais convaincu ! Non pas que j’allais y arriver mais que j’avais déjà franchi le pas. Pour ainsi dire, j’étais convaincu que j’avais déjà réussi !
Je sais que c’est surprenant, mais c’est exactement de cette façon que ça s’est passé. Comparez ces deux affirmations : « je veux arrêter de fumer » et « je suis non fumeur ». Elles ne disent pas du tout la même chose et pourtant elles visent le même objectif : ne plus toucher à la cigarette. Je peux vous assurer que dire « je suis non fumeur » a radicalement changé ma façon d’atteindre mon but. L’idée sous-jacente est de « faire comme si » l’objectif était atteint. Dès lors, il n’est plus nécessaire de tergiverser, de se poser des questions à l’infini et de trouver des excuses pour ne plus agir. Lorsque je suis convaincu que je ne fume plus, je parle à cette fameuse partie de moi qui approuve mon état. Et celle qui approuvait mon (ex) état de fumeur passe de fait au second plan. Tous les arguments qui me maintenaient sous l’emprise de la nicotine (ça me calme, ça m’aide, c’est bon…) partent en fumée au profit de ceux qui me faisaient dire « je veux arrêter » (ça pue, c’est cher, c’est nocif…).
Finalement, on pourrait dire que j’inverse le raisonnement en me positionnant après le point de basculement, après le fameux pas à franchir. Et pour cause, une fois qu’on est engagé, on a plus envie de faire marche arrière.

En résumé ne pas être convaincu  c’est forcément aller à l’échec car c’est laisser la place au doute. Et si le moindre doute persiste, c’est à lui que l’on se raccroche pour ne pas agir. Que l’on appelle ça un doute ou une peur, ça n’en reste pas moins une bonne excuse derrière laquelle se retrancher quand l’envie devient trop forte mais pas suffisante. Or l’envie de... n’est jamais assez forte pour franchir le cap.
Etre convaincu c’est (le) pouvoir. Se mettre dans la peau de celui qui… et non dans celle inconfortable de celui qui aimerait… pour agir en conséquence et balayer tous les doutes, tous les arguments contraires et toutes les peurs. Bien sûr les appréhensions restent mais elles stimulent plus qu’elles ne paralysent. Lorsque l’on commence un nouveau travail, par exemple, on a peur que ça se passe mal, de ne pas être à la hauteur… résultat : on déplace des montagnes pour que ça n’arrive pas. De toute façon, on a plus le choix, on est déjà engagé ! La nuance est de taille et elle est bien réelle. Le jour où je me suis installé avec mon compagnon (deux ans et demi que ça dure), cela s’est fait très vite. Je n’ai pas versé dans la tergiversation, me demandant si garder mon appartement et mes meubles ne serait pas plus judicieux, au cas où… Au lieu de cela, j’ai tiré un trait sur mon célibat et tout ce qui allait avec. Je me suis mis « en situation » sans chercher à savoir ce qui allait se passer. Je n’avais aucune idée de ce que pourrait donner notre vie commune — alors que ni lui ni moi n’avions déjà vécu en couple –, et je ne voulais pas le savoir : ce n’était tout simplement pas le propos. J’étais convaincu que je vivais d’ores et déjà avec lui et j’agissais en conséquence.

C’est la première fois que je parviens à mettre des mots sur ce que j’ai pu vivre à chaque fois que j’ai remporté des victoires, atteint des objectifs, réussi à me dépasser. Et c’est pour moi comme une révélation, à un moment où je m’interroge fortement sur ce que je deviens, je que je veux ou ce que je suis. Toutes les portes semblent ouvertes…

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