#243 – Persistance de l’esprit

Il y a des choses dont on sent tout à coup qu’elles nous sont insupportables. La musique d’ambiance du supermarché, l’autre jour, que j’ai ressentie si fortement dans mes oreilles alors que je m’apprêtais à payer mes achats à une caissière particulièrement désagréable, m’est d’autant plus parue intolérable qu’elle ne faisait que rajouter de l’inconfort. Julien Clerc braillait au-dessus de ma tête une rengaine lancinante et les clients suivants me pressaient de remballer mes courses et de déguerpir. Lorsque la réalité de la situation m’a sauté à la gorge (et au cerveau), j’ai eu tout à coup l’envie impérieuse de tout laisser en plan. Comme si, subitement, je n’avais plus pu supporter cet amalgame de bruit, d’impolitesse, de contrainte et de fatigue. Une situation banale qui soudain bascule dans l’insupportable et vous fait vous demander avec une conscience cruelle « mais qu’est-ce que je fais là ? ».

Les bus bondés, emplis de gens qui puent et vous marchent dessus. Ils se serrent les uns contre les autres et vous pressent contre les parois. La chaleur est tout à coup intolérable, les odeurs vous assaillent, et les gestes lents de ceux qui bloquent les portes, retardant du même coup le départ de ce satané bus, achèvent tout à coup de vous mettre à bout. Et vous vous dites « mais qu’est-ce que je fais là ? ».

Vos interlocuteurs qui se plaignent sur tous les tons. Ils ne parlent que d’eux, de leurs malheurs et de l’impact des actes des autres sur leur personne. Ils raillent le reste de l’humanité, s’apitoient sur leur sort, critiques et ne proposent aucune solution. Ça vous fait monter le cœur au bord des lèvres. Ils sont obséquieux, fielleux, fats,… ils vous saoulent, vous noient sous leurs paroles nauséabondes et vous finissez par décrocher, par entrer en hypnose, ne les entendant plus et vous posant alors la question : « mais qu’est-ce que je fais là ? »

Les réunions du lundi, maussades ; le chef, lunatique ; les bouchons, monstrueux ; la pluie d’août, inépuisable ; les impôts, toujours payer pour tout ; la bouffe de la cantine, innommable ; les gens, irrespectueux ; mon humeur qui noircit … STOP ! envie de crier « assez, foutez-moi la paix ». Envie de se dire qu’au lieu d’être ici j’ai la possibilité là, maintenant, d’être ailleurs. De tout laisser en plan, de plaquer les grincheux, les emmerdeurs, la grisaille, le gâchis. Déguerpir, comme à la caisse du supermarché, et aller voir ailleurs si je peux mieux faire.

Je ? Oui, car les choses n’arrivent pas à cause des autres mais parce que nous voulons bien qu’elles arrivent. Aussi je sais que je ne pourrai pas les changer. Julien Clerc chantera toujours, les bus et leurs usagers pueront toujours, certains continueront de dégoiser et d’autres de se vanter, les réunions seront toujours les réunions et la pluie continuera de tomber, même en août. En revanche, moi, je ne serai plus obligé de les supporter. Si je veux du changement, c’est à moi de changer, pas aux autres, pas à l’environnement. A moi de trouver celui qui me convient.

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4 réflexions sur “#243 – Persistance de l’esprit

    • C’est exactement ça ! Tu as raison, même si c’est parfois un peu plus « profond » comme par exemple changer de travail ou de domicile… Nous sommes seuls maîtres de nos actes. Encore faut-il bien en mesurer les conséquences !

  1. Eh bien , tu t’es pas reposé pendant tes vacances ? 🙂
    Toi seul peut décidé en effet, mais t’ a aussi une moitié !
    Y’ a des heures d’insomnies en préparation , ce qui va pas arranger ton état actuel d’exaspération !!!!!!!
    Bon courage …..

    • Je suis toujours plus ou moins exaspéré… même quand je suis zen ! En fait, ce n’est pas de l’exaspération, c’est plutôt l’impression de perdre son temps….

Et si tu réagissais ?

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