#242 – Frustré… ou pas

Qu’adviendrait-il si je ne vivais plus de frustrations ?
L’idée m’est venue que je passais mon temps à me désoler, plus ou moins consciemment, de ce que la vie ne satisfaisait pas mes attentes. Une certaine façon de ne pas reconnaître le bonheur, même quand il est là. Imaginez qu’à peu près tout ce que j’entreprends, je le fais avec en tête un résultat (et je suppose que vous faites la même chose). Je me couche en pensant me reposer ; je mets le réveil en imaginant me lever frais et dispo ; j’attends le bus en l’espérant ponctuel, vide et rapide ; je rencontre d’autres personnes  en souhaitant un entretien plaisant ; je compte sur mes congénères pour sentir bon, sur la chaleur pour ne pas être trop étouffante, sur le déjeuner pour être délicieux, etc., etc. La liste est peut-être infinie.
Dit autrement, toute la journée je prépare le terrain aux déconvenues, déceptions, désillusions, et désenchantements en tout genre… Mon quotidien, comme celui de tout un chacun, riche ou pauvre, jeune ou vieux, ne semble être qu’une succession de désirs déçus. Ma vie semble donc pétrie de ce que j’appelle des frustrations ! Comment m’en débarrasser ? telle est la question.

La source du problème, vous le voyez bien, ce sont les souhaits que j’entretiens. Désirs conscients (ou pas) pour tout et rien. En permanence je souhaite, j’attends quelque chose. Par exemple, là, précisément, je désire finir cet article et qu’il me paraisse bon et attire de nombreux commentaires…
Si je peux avoir une certaine forme de maîtrise à travers les décisions que je prends (par exemple me coucher tôt pour me réveiller frais et dispo), je n’ai pas toujours la possibilité d’agir sur mon environnement (même si je peux toujours décider d’aller dormir dans un endroit très calme ou d’acheter un nouveau matelas, peut-être ?…).

Partant de ce constat, puisque je ne peux pas toujours agir sur le déroulé même des événements, je peux, en revanche, cesser d’avoir des attentes systématiques et voir la vie un peu différemment. C’est ce que j’ai cru comprendre de mes lectures dans lesquelles on parle parfois de « profiter du moment présent ». Et je crois qu’une des clés du bonheur (n’ayons pas peur des mots) réside dans cette capacité à ne pas « attendre », c’est à dire à ne pas se projeter dans un temps qu’on ne maîtrise pas, tout en prenant pour référence un temps qui n’existe plus, pour être solidement ancré dans le présent. Dans le moment que je vis et pas dans celui que j’espère ou que j’imagine vivre. Parce que sinon, ce n’est que de l’imagination qui se substitue d’une certaine façon à du concret — ou une certaine forme de réalité. Par exemple, je peux vivre intensément mon coucher — comme un grand plaisir — sans penser déjà à l’état dans lequel je vais me réveiller le lendemain, ni en me référant à des expériences de nuit ultra reposante qui appartiennent au passé. Vous avez d’ailleurs sans doute déjà fait l’expérience de ne pas trouver le sommeil le soir précédent un jour important. C’est curieusement toujours quand on a besoin de  bien dormir que la nuit ne se passent pas comme prévu.

En supprimant ces attentes (même si c’est assez difficile, je le conçois), quelque part farfelues, je supprime les frustrations qui y sont liées. Je ne suis plus déçu ou désenchanté. Au contraire, je suis lucide. Je ressens et je comprends les choses que je vis, au lieu de rêver les choses que je ne vivrai sans doute pas.
J’ai déjà commencé à essayer le plus possible de réagir de la sorte et très honnêtement… c’est difficile ! Mais c’est aussi très gratifiant et très intense. Gratifiant parce que j’ai le sentiment, lorsque je laisse venir les événements à moi sans chercher à les contraindre, de prendre du recul et de la hauteur. J’ai un peu l’impression de naviguer dans un registre de pensée « supérieure » comparativement à ma façon habituelle de réfléchir. Et puis c’est intense parce que ça me force à rester toujours dans le présent. Etre vraiment avec les gens, en phase avec mon environnement, conscient de ce que je fais, vis, dis.
C’est une façon de voir la vie qui pourrait déboucher sur d’autres étapes, qui sait ? L’avenir me le dira… peut-être.

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3 réflexions sur “#242 – Frustré… ou pas

Et si tu réagissais ?

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