#224 – Vous avez un message

« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… » Ainsi pourrait commencer ce billet — d’ailleurs c’est ainsi qu’il commence ! — en forme de petit pincement. Pas réellement de la nostalgie parce que la marche du progrès ne s’arrêtera pas à cause de nos souvenirs (et c’est tant mieux ainsi), mais plutôt une petite amertume qui s’est logée pile ici, comme ça, hier soir.

Deux amies sont devenues mamans ces dernières semaines. L’une fin mars et l’autre hier. C’est l’aboutissement de nombreux mois de désir, d’amour mais aussi d’anxiété et d’attente. On imagine assez bien le bonheur de ce dénouement et le chamboulement que provoque tout à coup l’arrivée du bébé dans la famille. On se figure la maman épuisée par des heures de travail (qui jure ses Grands Dieux qu’elle n’en refera plus) et le papa complètement béat — mais aussi un peu perdu de devoir rester seul à la maison. On visualise les grands-parents et beaux grands-parents qui déboulent à la maternité dès les premières heures qui suivent l’accouchement. Il faut dire que les futures mamies étaient dans les starting-blocks.

Je me souviens du temps où le papa était tout à son émotion et passait coup de fil sur coup de fil pour prévenir sa famille et ses amis. Ça ne durait pas bien longtemps mais il nous faisait partager son émotion à travers sa voix et ça nous donnait comme l’impression de faire en quelque sorte partie de cet heureux événement. Et puis on en profitait pour prendre des nouvelles de la maman.
C’était une autre époque…

Aujourd’hui on te prévient par SMS.  Eh oui, le petit boitier qui émet des ondes s’est immiscé partout, jusque dans ces moments de bonheur là. Les instants de partage sont devenus des onomatopées sur un clavier. On ne prend plus la peine de téléphoner à chacun car on peut textoter à tous. Les émotions deviennent des smiley, c’est vite fait. Quel gain de temps fabuleux, mais aussi quel manque de partage. Quel est le temps que l’on cherche à gagner ainsi et que devient le plaisir de raconter (et donc de revivre) ? Comment se nourrir de la joie de l’autre quand il apprend la nouvelle ? par un autre SMS en retour ?

Ce terrible mode de communication nous renverrait donc à notre solitude ?
Je ne serai pas aussi radical, car finalement ce qui change c’est davantage la forme que le fond. En effet, il est plus que probable que l’expéditeur du SMS lapidaire ait touché plus de personnes qu’il ne l’aurait fait s’il avait dû les appeler une par une. Et puis l’essentiel est effectivement qu’il est pensé à ses amis. Quelque part, c’est déjà ça !
Malheureusement c’est un mode de communication tellement rapide et « désaccaparant » qu’il devient celui qu’on privilégie pour tout : les anniversaires, la bonne année, les bonnes nouvelles comme les mauvaises. Ça donne l’impression que l’on se débarrasse de la corvée d’appeler, d’annoncer ou de souhaiter. La seule lueur d’espoir c’est qu’on continue quand même à penser à l’autre… mais jusqu’à quand ?

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