#223 – Transporté par le commun

L’autre jour, cette semaine, je finissais plus tôt que prévu ma journée. En déplacement à l’autre bout de Paris, je décidais de prendre le bus pour remonter tranquillement à la maison, vers le nord, donc. Je profitais de la douceur de la météo et j’appréciais de découvrir les rues de ces quartiers de Paris dans lesquelles je ne m’étais jamais trouvé jusqu’à présent. J’étais détendu, paisible. Dans le bus il n’y avait pratiquement que des personnes assez âgées (sans doute à cause de l’heure, celle à laquelle les gens essaient encore de travailler un peu, tout en pensant à la fin de la journée qui approche ; et celle également où les enfants se préparent à quitter l’école, les mamans et les nounous patientant doucement au soleil devant les portes). Bref, j’étais bien. Pas de pression, pas de montre, pas de contrainte. Simplement la joie de me laisser aller à contempler une ville douce et paisible, ses beaux quartiers, ses monuments, ses squares et ses passants, tous baignés dans la même douceur printanière.

Passé l’Opéra je changeais de bus. Coïncidence heureuse, ma correspondance était tout de suite là. Je continuais donc mon retour à la maison dans un climat de sérénité presque complète. Bien que je dus rester debout du fait de l’affluence qui avait augmentée, je n’étais pas gêné. Au début.

Je n’avais pas remarqué cet homme à la veste de velours à fine côtes qui s’était posté devant moi. Je fus rappelé à la réalité des bus bondés lorsque, par deux fois, l’inconnu en question, dont je ne voyais que le dos et la nuque, entra doucement en contact avec moi. Ce n’était pas volontaire, le bus bougeait beaucoup et il se tenait aux poignées en plastique au-dessus de sa tête. Il était donc instable et le haut de son dos venait s’appuyer sur moi par intermittence. Au début cela me parut assez désagréable mais rapidement, sans savoir vraiment pourquoi, j’eus l’impression (ou le sentiment) que ses mouvements de va et vient dans ma direction étaient conscients — de la à dire volontaires… Cela me troubla alors fortement.
Tout à coup je m’intéressais à ce monsieur aux épaules et au dos très larges, aux cheveux ras et au grosses mains. J’avais la sensation qu’une certaine forme d’attirance se mettait en place, un peu à la manière de deux aimants aux polarités magnétiques contraires.

Les montées et descentes des autres passagers se succédèrent tant et si bien que l’inconnu dut se placer à côté de moi. Pour la première fois je voyais sa figure. Le visage plutôt empâté, il n’avait rien d’un beau garçon. Aux environs de la cinquantaine mais les traits assez lisses du fait de ses rondeurs, il avait les yeux très noirs.
Nous étions de part et d’autre de la barre métallique destinée à nous assurer un point d’attache. Ma main tenait fermement le tube chromé, environ à la hauteur de ma poitrine. La sienne était agrippée au même cylindre mais un peu plus haut. C’est alors que je me mis à penser au contact de sa main contre la mienne.

Ce fut d’abord le bord de la manche de sa veste qui vint doucement, presque imperceptiblement, comme une brise légère. N’empêche que sa manche touchait bel et bien ma main, devenue moite, chaude et encore plus solidement rivée à l’axe en métal.
Quelques secondes plus tard je sentis sa main s’appuyer contre la mienne. Un contact foudroyant. Dès qu’il fut établi par ma conscience que la peau de cet homme était entrée en contact avec la mienne, mon sexe se mit à enfler avec une rapidité et une puissance que je n’aurais pas imaginé en ces circonstances !
Dès lors, j’avais deux options : enlever ma main, ce qui aurait été naturel, ou la laisser et envoyer ainsi un message plus qu’ambigu à cet étrange voisin. Mais en réalité je n’avais aucune autre possibilité que de la laisser. J’étais comme tétanisé, incapable de mouvements. Et mon sexe était plus tendu que jamais dans mes vêtements trop étroits. La décharge érotique avait été d’une telle violence que je ne pouvais plus m’en détacher.
Parfois sa main remontait, mais très vite elle redescendait et revenait me frôler. Ça ne ressemblait pas à une caresse. C’était plus imperceptible encore et, je pense, moins intentionnel. Je regardais les autres passagers comme pour leur demander si  eux aussi avaient remarqué cette énergie qui me traversait le corps. Mais tous étaient accaparés par autre chose : leur téléphone, le prochain arrêt ou le vide. Je risquais alors un coup d’œil à mon mystérieux contact. Surprise : il semblait totalement désintéressé par ma personne. Le regard ailleurs, il était au téléphone, visiblement dans un autre monde que le mien.

J’étais un peu soulagé par cet état de fait et en même temps assez perplexe. Était-il réellement possible qu’il ne perçoive pas le contact de sa main avec la mienne ?
J’en eu la confirmation à l’arrêt où il descendit du bus à toute vitesse, nettement indifférent à ma présence. Quasi instantanément je recouvrais mes esprits et mon bas ventre s’apaisait. Pour autant, cette expérience me troublait encore quelques instants. Je repensais à cet érotisme presque insoutenable, sans comprendre d’où il pouvait venir.

Les circonstances ? Mon état d’esprit détendu du moment ? Une attente secrète ? L’incongruité de la scène ? Qu’est-ce qui avait bien pu provoquer en moi cette réaction stupéfiante ? Peut-être un peu de tout cela, bien que je ne cherche pas ce genre de « rencontres » et que je ne m’attende pas à les vivre.
Une expérience réellement étonnante et déroutante, mais que je prends telle qu’elle est : une réaction de mon corps — surprenante s’il en est — interagissant avec d’autres corps qui, d’une certaine façon, « communiquent » les uns avec les autres. Car nos corps ont une vie qui leur est propre et sont capables de réagir sans que nous en ayons conscience.

Publicités

2 réactions sur “#223 – Transporté par le commun

Et si tu réagissais ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s