#212 – Réveillez-vous

Les cols blancs n’ont jamais mieux porté leur nom que ce matin. Parqués dans ce hall d’embarquement d’Orly, ils sont d’une uniformité affligeante. Costume bleu, chemise blanche et cravate sombre, ils se ressemblent tous. Même leurs visages fatigués semblent interchangeables. Légèrement bedonnants et les traits tirés, ils souffrent de l’heure trop matinale, de la nuit passée qui a été trop courte et de la journée à venir qui s’annonce trop longue. Les femmes ne sont pas en reste. Même pantalon de circonstance et petit foulard au tombé faussement naturel. On dirait quelles se rendent toutes au même enterrement. Elles portent cependant un regard plus acéré ; sans doute sont elles maintenues sous pression par leur volonté de survivre dans cet univers presque exclusivement masculin.

Les ordinateurs portables sont sur les genoux, les smartphones sur les oreilles et les tablettes dépassent des sacs. Le tout crépite dans une vaste course, perdue d’avance, à la productivité. Ne jamais s’arrêter de travailler pour ne pas se rendre compte de la vacuité de la vie ? Ils sont prêts à s’entasser dans des avions charters pour cadres endimanchés,  tous dans le même bateaux si l’on peut dire, sacrifiant dans un bel ensemble au Dieu Capitalisme sans même savoir ce qu’ils font au juste ni à quoi ils servent. Ils ne savent même pas qui ils servent. Ils s’accrochent presque désespérément à un job en tous points similaire à celui de leur voisin de salon d’attente et,  par conséquent, sans valeur. Seul le nom de la boîte change.

Le conformisme a encore de beaux jours devant lui mais, malgré tout, je me demande ce qui pousse tous ces hommes et toutes ses femmes à vivre ainsi ? Toute à l’heure une hôtesse blasée « membre de l’alliance Sky Team » leur offrira un café lyophilisé et un croissant décongelé. Et plus tard encore ils se « régaleront » d’une soirée étape dans un hôtel bon marché avec pour seul échappatoire à leur solitude le travail jusque tard dans la nuit, assis sur leur lit.
Croire qu’il faut en passer par là pour réussir (quoi au juste ?), pour exister (sous quelle forme ?), pour se sentir utile (à qui ?), pour gagner sa vie (qu’elle vie ?),… est un leurre.  Une illusion savamment entretenue et qui repose sur l’idée que si tout le monde le fait, alors c’est que ça doit être ce qu’il faut faire. Tout le monde ne peut pas avoir tort…?

C’est vrai, c’est rassurant de se sentir appartenir à une sorte de communauté. Des gens qui vivent comme soi, qui ont les mêmes codes et qui partagent les mêmes valeurs. Et pourtant si nous prenions le temps de nous interroger (vraiment) sur nos valeurs, nous constaterions que nous n’avons pas les mêmes,  que nous n’aspirons pas aux mêmes idéaux et que nous n’avons pas la même conception du travail que nous accomplissons.
S’interroger de la sorte est le point qui nous fait défaut et, par conséquent, comment pouvons nous savoir ce à côté de quoi nous passons, mais qui pourtant est essentiel pour nous ?

Finalement ce matin, parmi tous ces gens qui me ressemblent, je me sens appartenir à un groupe « d’aveugles lobotomisés », ou de béni-oui-oui sans libre arbitre… J’ai envie de leur crier « réveillez-vous », mais je crois que c’est d’abord à moi même que je devrais le dire !

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