#171 – Coming out

On me demande parfois si j’ai fait mon coming-out. Et la réponse est non. La vérité c’est qu’il s’est fait pour moi, sans vraiment que j’ai eu besoin de faire ni efforts ni contorsions intellectuelles visant  à faire comprendre que…

Mon entourage a relativement vite fait le lien entre mes manières un peu précieuses, mon célibat apparent — ou du moins mon absence de conquêtes féminines –, mon côté posé et mon éventuelle homosexualité. Du coup, les sous entendus ou les questions carrément franches se sont vite multipliées. Et très vite je n’ai plus eu besoin de préciser mes orientations. D’ailleurs plus le temps passe et plus il semblerait qu’on devine mon goût pour les garçons…. D’autant que je suis dorénavant en couple et que je n’éprouve plus la moindre envie de me cacher ou, pire, une quelconque volonté de nier ce que je suis.

Avec ma famille ça a été un peu différent. Mes sœurs l’ont su de ma bouche. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai ressenti le désir de le leur dire, à elles spécialement. Y a-t-il un lien particulier entre un frère et ses sœurs, c’est probable. A moins que je n’ai choisi inconsciemment de passer par elles pour toucher mes parents, ces deux montagnes qui me surplombaient et auxquelles je ne pouvais absolument pas avouer une quelconque « déviance ». Ils m’avaient inculquer leurs règles, leurs fondamentaux et je ne pouvais pas, je ne pensais pas pouvoir, les contredire. Leur éducation avait conditionné pour longtemps ma vie d’homme adulte, aussi il m’était impossible d’aller à l’encontre de leurs idées (idéaux) car ce faisant, j’avais l’impression d’aller à l’encontre de moi-même. Pourtant je savais que mon être tout entier prenait le chemin de l’opposition, que je le veuille ou non.
Pour en revenir au coming-out, donc, mes sœurs ont été mises très tôt au courant, bien avant les amis, les collègues et tout le tintouin. Elles ont accueilli la nouvelle avec un désintérêt qui m’a vraiment dérouté. Le côté dramatique, le choc de la révélation, les conséquences collatérales, toutes ces choses qu’on imagine, n’ont pas eu lieu. Leur réaction a été « Ok, et après ? ». Autant dire, que je n’ai pas su quoi répondre.
Elles ont œuvré à leur façon pour que mes parents finissent par voir la réalité en face. Car jusqu’alors ils n’acceptaient pas ce qui était pourtant évident. Ce que les autres voyaient chez moi comme dans un livre ouvert, eux refusaient purement et simplement de le croire. Ils fermaient les yeux en se disant « si je ne le vois pas, ça n’arrivera pas… » Pourtant c’est bien arrivé. On échappe pas à son destin.
Ils ont mis du temps à le comprendre et ils ont fini par faire contre mauvaise fortune, bon cœur. Ils ont fini par se rendre compte que leur enfant n’avait pas changé et qu’être homo ne faisait pas de moi un monstre. J’étais toujours le même garçon sage et poli. Malgré tout, ils refusent toujours de voir mon ami. Mais je sais que ce n’est qu’une question de temps. Leur indulgence prend peu à peu le dessus et ils ont moins peur de « tout ça » à mon contact. La situation actuelle devient peu à peu la norme… On peut être gay et tout à fait ordinaire. On peut aimer les hommes et aimer tout court. On peut être homo mais rester l’enfant de ses parents.
Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, la difficulté, me semble-t-il, est de parvenir à se détacher de la pensée de ses éducateurs (les parents). Ils vous apprennent ce dont vous avez besoin pour grandir et en cela vous leur êtes infiniment reconnaissant. Mais par là même, ils vous instillent aussi leurs propres valeurs, leurs propres jugements et même leurs peurs. C’est la règle. Lorsqu’enfin vient le jour où vous êtes en âge de faire vos expériences, vos choix, vos jugements. Et ce jour là il faut vous préparer à ne pas être en accord avec son que vous preniez peut-être pour la vérité absolue !
Dit autrement, le coming-out on commence par le faire… à soi-même ! Apprendre à se mettre en opposition avec ce qui nous a construit n’est pas une partie de plaisir mais c’est seulement quand on parvient à être en paix avec soi-même qu’on peut le devenir avec les autres et le coming-out n’a pas d’autre but que de retrouver la paix.

Publicités

2 réactions sur “#171 – Coming out

    • Merci. D’ailleurs je profite de ton commentaire pour inviter d’autres personnes à témoigner elles aussi si elles le souhaitent. Mon blog leur est ouvert !

Et si tu réagissais ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s