#170 – Invisibe

Je suis celui qu’on ne voit pas. J’indiffère.
Je ne sais pas à quoi cela tient. Les autres, en général, ne me considèrent pas. Ils ne me demandent jamais mon avis, ne m’invitent pas à prendre part à leurs conversations. Ils ne m’écoutent pas plus qu’ils ne me voient. Fait amusant, depuis que j’ai commencé à maigrir, je trouve que c’est encore pire ! Et comme je ne peux plus m’arrêter de mincir, j’ai presque peur de devenir invisible dans tous les sens du termes.

Quand, au milieu d’une assemblée, je parviens à trouver le courage de lancer une phrase, je suis d’abord très anxieux, puis très heureux et je fini invariablement par être déçu car personne ne se tourne vers moi pour m’écouter davantage ou pour rebondir sur mes propos. Ma phrase, tout vaillamment prononcée qu’elle soit, se perd dans la salle et il n’y a pas d’oreille disponible pour l’entendre ou de bouche pour l’enrichir. Elle s’évanouit et je retourne à mon silence.

Dans la rue on ne se retourne pas sur moi. J’essaie de capter des regards, d’observer avec insistance les gens que je croise  pour qu’à leur tour ils me voient, mais aucun d’entre eux ne pose ses yeux sur moi. Je suis réellement transparent, ou inexistant. Je ne me fais pas bousculer, ce qui signifie que je suis quand même physiquement là, mais chacun fait comme s’il ne me voyait pas. Ou plutôt on me voit sans me voir. J’ai parfois l’impression que je ne suis pas un vivant au milieu des vivants, mais un fantôme au milieu d’un mauvais rêve.

Je parle en général assez bas. Je ne fais pas de bruit. Je suis quelqu’un de discret. Je n’aime pas la grandiloquence, les cris et les éclats de voix. Lorsque je ris, c’est dans ma bouche — car je n’ai ni cape, ni moustache — et aucun son ne passe entre mes lèvres closes. Ca me donne parfois un air grotesque, comme si je me retenais de rire ou que je ne voulais pas montrer mes dents. Alors que je ne me retiens pas, je ris même de bon cœur !

Il y a un garçon qui travaille dans la même branche que moi. Il est très gentil, du moins c’est l’impression qu’il me fait, mais je ne le connais pas personnellement. Il est aussi très séduisant et très sûr de lui. Jamais je n’oserais l’aborder pour discuter ou lui offrir un thé. Je le croise souvent à la machine à café justement. Il est très entouré et sourit tout le temps. Je suis sous le charme !
L’autre jour j’ai dit « bonjour » à la cantonade, d’un air un peu plus décidé et joyeux que d’habitude. Il n’a pas dû m’entendre car il ne m’a pas répondu. Je ne suis pas certain non plus qu’il m’ait vu arriver car il ne m’a pas regardé. Je me demande ce qu’il faudrait que je fasse pour qu’il me remarque ?
En attendant, je le dévore des yeux. J’espère qu’il ne s’en ait pas rendu compte… Et je rêve de lui le soir, en rentrant chez moi. Ca me met du baume au cœur.

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