#155 – Parle moi !

C’est surprenant comme nous sommes tous différents dans notre relation aux autres. Certains sont particulièrement à l’aise quel que soit leur interlocuteur tandis que d’autres sont totalement tétanisés devant telle ou telle personne. D’autres enfin sont, soit définitivement fâchés avec le genre humain, soit s’imaginent que leur supériorité naturelle les autorise à ne nouer aucun dialogue avec l’autre en général et l’inconnu en particulier…

Quelle que soit la catégorie dans la quelle je me range, il n’en reste pas moins que je nourris un intérêt certain pour ces moulins à paroles qui savent avec brio bavarder à propos de tout et de rien, avec n’importe qui, n’importe quand. Ils ont une capacité — que je n’ai certes pas — à se mêler à tous, s’intéresser à tout, faire feu de tout bois. Aucun échange ne les met en défaut et chaque sujet est pain béni.
Comment font ils pour éviter l’embarras d’une conversation dont ils n’entendent rien au sujet ou bien la gêne d une rencontre forcée durant laquelle, visiblement, les deux parties n’ont rien en commun et donc rien à partager ? Comment parviennent-ils à donner le change sans jamais se sentir à court d’arguments ? D’où leur viennent toutes ces anecdotes, ces déjà vécues, ces situations et ces aventures qu’on leur envierait presque ? Car le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils n’ont pas fondamentalement une vie plus riche, plus aventureuse ou plus palpitante.

Peut-être puisent-ils tout simplement la matière nécessaire à leur propos dans l’écoute de l’autre. Il est probable qu’ils parviennent — est-ce instinctif  ? — à déceler chez l’autre ce qu’il veut entendre et à construire une histoire autour du sujet ainsi porté par leur interlocuteur. Ils ne seraient en quelque sorte qu’une espèce d’ampli qui ne ferait « que » mettre en relief ce que l’autre a déjà dit, sous une autre forme. Si par exemple je dis « je souffre sévèrement de mes varices » — admettons que j’en ai pour l’occasion –, alors notre bavard pourra reprendre la conversation par un « mon oncle s’était justement fait opérer des varices il y a quelques années. Il avait morflé… » (peu importe que ce soit vrai d’ailleurs car là n’est pas la question) et voir si je complète, reprends, infirme ou confirme. Il y a fort à parier que, comme j’ai lancé le sujet, je nourrisse seul la conversation, par exemple en donnant  des précisions sur la durée et l’intensité de mes douleurs.
A ceux qui penseraient que poser la question directement « Et ça vous fait mal ?… » serait plus malin, je répondrai que ce n’est pas si certain ;  car poser une question revient à prendre les commandes de la conversation de façon trop visible. En revanche, en rajouter, illustrer, c’est se rendre intéressant aux yeux de l’autre, sans lui donner l’impression qu’il est dépossédé de son sujet.
En réalité, donc, les jacteurs ne font que remettre un euro dans la machine. Le vrai discours appartient à l’autre. Ils ne font que s’intéresser, pas faire semblant de s’intéresser, mais s’intéresser vraiment à l’autre. Et ça, c’est plutôt une qualité, je trouve.

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