#154 – Une femme coincée dans un corps d’homme

En 1982 Maxime est né garçon. Cela ne l’a pas empêché d’avoir une enfance heureuse. Très aimé de ses parents c’était un enfant comblé. Rien ni personne ne venait troubler son innocence … À part peut être cet attrait pour les filles. Maxime aimait ce qu’elles étaient. Des êtres de lumière, des « fées » comme il disait. Il enviait leur espièglerie, leur coquetterie, leur légèreté et leur finesse. Il avait beaucoup de mal à comprendre les garçons et leur perpétuelle envie de se battre. Cette grossièreté et cette brutalité lui faisait peur. « Comment construire avec des personnes qui ne pensent qu’à détruire ? », se disait il en des termes plus enfantins. Il ne voyait pas en eux ce qui pouvait lui donnait l’envie de devenir grand… De devenir un homme. En revanche sa maman et les mamans des autres enfant en général étaient toutes, à ses yeux, l’incarnation de ce qu’il voulait devenir : une femme. Il les trouvait tellement plus réservées, amusantes, gracieuses. Elles le charmaient et le chouchoutaient. Elles l’avaient pris dans leurs jupons et il se délectait de pouvoir passer du temps avec ces esprits merveilleux.

Lorsque Maxime fut adolescent, ses traits, son corps et sa voix ne se durcirent pas autant qu’il l’avait craint. Il était resté l’enfant doux et un peu timide des années passées. Il n’avait pas attrapé cette affreuse dégaine de petit macho ou ces grosses paluches comme celles de son père. Il était toujours aussi délicat, fin et spirituel. Il comprenait de moins en moins par quelle injustice ses parents l’avaient fait homme et se prenait souvent à rêver qu’il était une femme. Il se plaisait à croire que sa féminité était naturelle et que, sans se forcer, il parvenait à donner le change, à faire croire que son apparence physique n’était qu’un leurre, que ses seins allaient bien finir par se voir, que ses cheveux longs étaient son plus beau ramage et que sa légèreté s’exprimait avec grâce et sensualité.

Malheureusement, les années passant, Maxime se rendait bien.compte que tout cela n’était qu’un mensonge. Aussi, pour aller de l’avant il décida un jour de commencer à se transformer, à se grimer pour ressembler à la réalité de son être, pour paraître femme envers et contre tous.
Au début il n’osa se montrer que la nuit, dans des endroits où il était certain qu’on ne pourrait pas l’observer de trop près. Il n’allait pas dans les bars ni dans les restaurants. Encore moins dans les discothèques. Il fuyait les lieux publics et préférait les parcs, semi déserts à ces heures ci. Ainsi il pouvait s’exercer à être femme sans avoir à subir le regard des autres. Une femme pas tout à fait parfaite, avec des chaussettes dans le soutien gorge et un pénis, mais une femme quand même dans son esprit. Une dame élégante, douce et fragile… mais déterminée aussi ! Car il en fallait du courage pour oser se revendiquer autre que ce que la Nature vous avait fait. La Nature, pensait souvent Maxime, était mal faite. D’un côté elle vous donnait l’esprit d’une femme et d’un autre, le corps d’un homme. Les deux n’était, selon lui, pas compatible. Il se sentait tellement étranger à ce corps pataud qu’il ne parvenait pas à arranger.

Plus tard, lorsqu’il fut plus sur de lui et de sa technique, Maxime se risqua à fréquenter des lieux publics sous son déguisement de femme, puisqu’on ne pouvait parler que de déguisement. Il sentait les regards glisser sur lui comme des crachats. L’ombre de ses poils masquée sous le fard, formait sur son délicat visage comme une erreur, un trait de crayon mal gommé. Son allure, quoique élégante ne réussissait pas à transformer sa démarche un peu rude. Ses épaules trop carrées, ses mollets trop forts, ses bras mal dégrossis et surtout ses mains, ces fichues mains qui l’embarrassaient tant. Pour le reste, ses beaux cheveux lisses, sa fausse poitrine, ses grands yeux aux longs cils, tout ça concourait à faire illusion. Il affrontait avec un certain dédain le regard de la caissière ou de la boulangère, ces femmes qui ne savaient pas la chance qu’elles avaient ni à quel point il aurait voulu, lui aussi, être comme elles. Le plus dur était le jugement des hommes, mi incrédules, mi rigolards. Ils se retournaient sur lui, le traitaient parfois de travelo, parfois de pédé, parfois des deux. Beaucoup donnaient l’impression d’être dégoûtés par cet être que leur cerveau ne parvenait pas à identifier comme étant mâle ou femelle.
C’était bien un problème pour Maxime. Non pas que ces hommes le raillent mais qu’il ne puisse pas s’en faire aimer. Car au fond de lui même, bien que ne souhaitant pas leur ressembler, il aspirait à en être l’amante. Son attirance pour les hommes était si forte qu’il se résigna une fois à se payer les services d’un escort. L’expérience fut très amère pour lui. Cet homme lui manqua de respect et fut si brutal que Maxime crut même défaillir.

Maxime se documenta, il chercha comment faire pour obtenir un traitement hormonal susceptible de redonner un sens à sa vie. A ce stade, il était prêt à tout, y compris à prendre des hormones achetés sous le manteau, avec tous les risques que ça comporte. Heureusement, son médecin traitant lui conseilla un confrère psychiatre qui le reconnut transsexuel et lui ouvrit ainsi la voie à un traitement. La vie de Maxime commença à bouger. Une première grande étape fut de changer d’état civil. Pour tous, Maxime devint Marine. Ses parents, qui avaient depuis longtemps décidé d’accompagné leur enfant dans sa conviction, eurent cependant du mal à voir son corps changer. Marine, quant à elle, n’était pas complètement satisfaite des résultats. Ces seins ne se développaient pas beaucoup et des poils de sa barbe continuaient à être visibles. Elle envisagea alors sérieusement les opérations dont on lui avait parlés, la plus importante étant bien sûr la vaginoplastie. Mais pour ça elle allait devoir se montrer persévérante, encore et toujours… Économiser et trouver le bon chirurgien. Certes, le chemin serait encore long, mais à l’échelle d’une vie, ce n’était rien. Et puis l’ordre des choses avait été rétabli et Marine pouvait enfin se sentir elle-même. Et ça, ça n’avait pas de prix.

Publicités

Et si tu réagissais ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s