#153 – Bien au-delà du sexe (la suite)

Paul allait demander à Nathan de démissionner. Il l’aiderait à trouver un autre travail, avec ses relations ce ne serait pas compliqué. Mais il fallait que Nathan parte.
Depuis qu’ils avaient fait l’amour dans son bureau — un peu bestialement d’ailleurs –, Paul s’était fermé sur lui-même, n’arrivant pas à comprendre comment un tel bouleversement avait pu lui tomber dessus. Lui, l’homme rangé, père de deux jolies jeunes filles, heureux avec sa nouvelle femme et à qui tout souriait, comment, donc, avait-il pu tomber sous le charme d’un homme deux fois plus jeune que lui, l’embaucher au sein de sa propre société, et finir par coucher avec lui ? Lui qui n’était même pas homo ! Paul ne gérait plus et ne parvenait pas à poser les bases d’un raisonnement sensé. Il avait toujours été rationnel, ne serait-ce qu’à cause de son métier. Aussi avait-il pris sa décision. Nathan comprendrait.

Après qu’ils avaient atteint l’orgasme, Paul et Nathan étaient restés étendus l’un à côté de l’autre, sur le sofa dans ce bureau insipide. Mais très vite après le plaisir, l’angoisse était montée en Paul. Foutre sa vie en l’air pour quelque chose — une passade peut-être — dont il ne parvenait pas à mesurer l’ampleur, il n’en était soudainement plus question. Il pressa Nathan de se rhabiller et de rentrer chez lui, de le laisser seul. Son ton était devenu sévère et Nathan ne posa aucune question. Il se leva, s’habilla et partit sans dire un mot. Sa soudaine autorité, plutôt mal venue, confirma à Paul que le choix qu’il avait fait de se laisser aller à ses pulsions sexuelles n’était pas le bon. Mais paradoxalement cela le réconforta un bref instant. Il se dit que toute cette histoire n’était qu’une erreur et qu’elle serait vite réparée, effacée.
Seulement en rentrant chez lui, dans sa voiture, il ne fut tout à coup plus aussi certain de pouvoir tout gommer et de réussir à faire comme si rien ne s’était passé. D’abord parce qu’il ne pouvait pas nier le plaisir qu’il avait pris dans les bras de Nathan. Son sexe chaud, ses baisers doux, ses caresses habiles… tout avait été merveilleux et il lui semblait que déjà son corps réclamait à nouveau de telles attentions. Ensuite, comment allait-il encore pouvoir regarder sa femme dans les yeux, la toucher et l’aimer ? Comment allait-il pouvoir faire « comme avant » ? Paul était maussade et quand il arriva chez lui toute sa famille dormait déjà, ce qui le soulagea.

Nathan, de son côté, était rentré en métro. Il était satisfait de sa soirée. Paul lui avait plu dès le premier instant, bien qu’il ne fut pas dans sa « tranche d’âge habituelle ». Il avait aimé voir monter en pression cet hétéro un poil macho. Nathan avait compris dans quel état se trouvait Paul lorsque ce dernier avait fini par craquer et par lui avouer maladroitement qu’il le désirait de tout son corps. Nathan n’avait rien d’un tendre et sous ses airs angéliques et policés, il était (aussi) manipulateur. Il se disait pouvoir profiter de la situation inextricable dans laquelle venait de se fourvoyer Paul. Chantage amoureux, certes, mais aussi cupidité : il avait bien l’intention de tirer partie de cette servilité dans laquelle Paul se trouvait. Il n’avait ni l’intention d’aimer Paul, ni celle d’être son amant malheureux et encore moins celle de laisser tomber ce bon gros poisson !

Paul était déjà là le lendemain lorsque Nathan arriva, bien plus tard qu’à l’accoutumée. Il s’empressa d’aller dans le bureau du Boss pour le saluer. Paul avait l’air tendu et feignait d’être totalement absorbé par un dossier. Il était penché sur les feuilles de papier mais surveillait du coin de l’œil le garçon qui approchait de son bureau. Son rythme cardiaque accéléra, bien que Paul se fut préparé du mieux qu’il put à cet instant qu’il redoutait. Il avait répété cent fois la façon dont il allait dire à Nathan qu’il fallait qu’il quitte la boîte, qu’il le quitte lui… Et s’il le prenait mal, s’il pleurait, s’il se fâchait, …s’il disait tout à sa femme ? Paul chancelait à cette simple idée. Il se leva d’un bond pour prendre les devants et retrouver un peu de contenance. Le jeune homme souriait faiblement et, les mains dans les poches, regardait son patron. Il vit dans les yeux de ce dernier une panique profonde.
__ Bonjour Paul, j’ai à te parler, dit-il.
Paul, surpris que Nathan adopte un ton aussi grave et sérieux ne sut que répondre. Il ne lui dit même pas bonjour et se figea, mi-anxieux, mi-désemparé. Nathan reprit :
__ Je sais ce que tu vas dire, mais je crois que toi et moi c’était une erreur.
Nathan se retourna pour s’assurer que la porte était bien fermée. Il continua :
__ Tu tiens sans doute davantage à ta famille qu’à une petite amourette de passage. Même si pour moi c’était super, je crois qu’il vaut mieux que ça en reste là. Ce sera notre secret et nous n’en parlerons plus. Qu’en penses-tu ?
Nathan continuait de regarder Paul, l’air un peu triste, le visage légèrement baissé et les yeux un peu révulsés. Il faisait une espèce de moue enfantine qui le rendait encore plus juvénile que d’ordinaire. Son visage pâle irradiait une clarté étonnante. Paul ne savait que répondre. Il sentait son sang refluer de son cœur. Il se calmait, la peur faisait place à l’incompréhension. Il était complètement déboussolé. Que ce gamin puisse prendre autant de recul le laissait muet. Il se sentait dans le même temps soulagé par la sage décision de Nathan. Il partageait son point de vue… même s’il avait terriblement envie de goûter de nouveau aux plaisirs charnels qu’il avait découverts avec lui la veille.
__ OK, OK, répondit simplement Paul. Il se rassit et proposa dans un soupir de soulagement qu’il voulait faire passer pour une déception et qu’il appuya fortement : Tu veux t’asseoir pour qu’on bavarde un peu ?
Il fit un geste de la main en désignant une des chaises en face de lui. Nathan déclina son offre :
__ C’est gentil mais il est tard et j’ai des tonnes de boulot, Chef !
Sur ce Nathan lui décocha un sourire dont il avait le secret et tourna les talons. Il ouvrit la porte et, se retournant Paul qui le suivait du regard — pour ne pas dire qui le dévorait –, il lui dit :
__ Merci…
Puis il sortit et referma la porte derrière lui.

Paul était sens dessus dessous. Il ne s’attendait pas à un tel renversement de situation. Lui qui pensait devoir affronter les pires problèmes en cédant aux sirènes de sa pulsion sexuelle aussi soudaine qu’improbable, se retrouvait finalement bien soulagé de n’avoir rien d’autre à gérer qu’une rupture quasi bilatérale. Que demander de plus ; il avait eu le plaisir, la découverte et maintenant il obtenait la tranquillité ! Même pas la peine de forcer ce gentil garçon à démissionner.
Toujours assis dans son fauteuil il se rengorgea, se félicitant à demi-mot de s’en tirer aussi bien. N’empêche que ce mec le rendait fou de désir… Paul s’imagina que ça finirait bien par passer.

Nathan, de retour à son bureau, ne put s’empêcher d’émettre un petit ricanement. Il venait de finir de refermer ses filets autour du gros poisson…

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5 réactions sur “#153 – Bien au-delà du sexe (la suite)

  1. Waouh… aussi froid et calculateur dès le début…. Nathan se révèlerait il être un réel salaud?
    (heureusement il y a une petite porte de sortie : « même si Paul lui avait plu »!)

      • Exprimons clairement la chose :
        Il y a une part de salaud en chacun d’entre nous!

        (Plus ou moins importante certes! Reste à savoir où tu placeras le curseur pour chacun des protagonistes de ton histoire. Je pense d’ailleurs que ma part de salaud peut, parfois, être dominante)

Et si tu réagissais ?

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