#150 – Le Rendez-vous

Le début de l’histoire est ici.

Moi qui fantasmais depuis que nous étions arrivés dans le restaurant, j’entrevoyais maintenant de façon violente — j’allais même dire obscène —  la possibilité que Bastien ne soit pas l’hétéro de base que j’avais imaginé. Evidemment, avec le recul je me disais que je l’avais toujours su, mais c’était facile à dire et, présentement, lorsque j’ai senti son pied remonter le long de mes jambes, j’ai éprouvé une confusion et un malaise intenses. Tout d’abord parce que sa femme dînait avec nous et que je trouvais qu’il avait particulièrement mal choisi son moment pour me faire savoir que je ne le laissais pas indifférent, et aussi parce que je considérais qu’il était terriblement inconvenant de se faire du pied sous la table. Je rêvais de fougue et de passion mais j’imaginais aussi une espèce de déclaration emprunte de romantisme et de tendresse, quelque chose d’un peu maladroit et de touchant. Enfin, le fait que Régis fut assis à ma droite, débordant d’attention pour moi, me dérangeait. Aussi je décidais de quitter la scène et je me levais d’un bond, prétextant un besoin subit d’aller aux toilettes. Je m’attendais plus ou moins à ce que Bastien m’y rejoigne mais il n’en fut rien. Je revins m asseoir quelques minutes plus tard et la soirée se poursuivit sans qu’il ne fut plus question d’aucun contact physique entre Bastien et moi. Je passais le reste de la nuit chez Régis.

Les jours passaient et je n’avais pas de nouvelles de Bastien si bien que je commençais à me demander de qui il s’était moqué, au fond, en agissant de la sorte. Régis était toujours aussi collant mais cette fois je lui donnais le change car j’étais en colère après Bastien. L’instant d’après je m’en voulais atrocement, estimant que je n’aurais pas du l’éconduire en me  levant précipitamment comme si javais été hostile à une relation intime avec lui. J’imaginais un complot pour me ridiculiser. Une sorte de haine contre les homos ou je ne sais quel délire….

Finalement Bastien m’appela une semaine après l’épisode du restaurant. Il ne se montra pas du tout désinvolte comme je le craignais et me proposa sans détour de nous retrouver chez lui avant qu’il parte à l’étranger pour un reportage photo. J’acceptais, comptant bien n’y réfléchir qu’après coup. Le rendez-vous était fixé à l’après midi même. J’étais terriblement nerveux bien sûr et surtout je ne savais pas quoi penser de son attitude ni de la mienne. J’avais le sentiment de n’être honnête ni avec moi même ni avec ce pauvre Régis.  Bastien vint m’accueillir en peignoir sur le pas de la porte. Je n’en menais pas large et lui ne se déparait pas de son sourire insondable. Il était magnifique, robuste et charmeur, sexy et convivial. Seule sa tenue me mettait mal à l’aise ; elle était trop explicite.
Très vite il ôta son vêtement en éponge et m’attira vers la chambre. Il attendait visiblement ce moment avec impatience et il me déshabilla avec nervosité. Ses gestes étaient brutaux et, bien que transporté de désir, je trouvais assez de lucidité pour regretter qu’il ne soit pas plus tendre. Comme l’autre jour au restaurant, j’étais heureux mais aussi déçu que Bastien n’agisse pas avec plus de douceur, qu’il ne se montre pas plus prévenant et je soupçonnais qu’il ne voie en moi que le moyen facile d’assouvir son attirance cachée pour les hommes. De fait, notre échange amoureux fut plutôt bestial et la fougue un peu trop violente du jeune homme me fit me recroqueviller sur moi-même. Il ne m’embrassa pratiquement pas, ne chercha pas à me faire plaisir, ne se posa même pas la question de ce que je ressentais. Il voulait juste satisfaire son envie de sexe, combler son manque ou peut-être réaliser son fantasme.
Je me sentais mal aimé ou, pire, pas aimé.

Bastien se retourna vers moi après avoir joui et s’être allongé sur le lit. Des gouttes de sueur perlaient sur son front blanc. Il me caressa le torse et ce fût le seul moment où je pu trouver une raison d’être à tout ça. Ma présence ici, ma joie de le revoir, mon désir pour lui, ma trahison envers Régis. Tout ça valait le coup soudainement, juste parce qu’il avait ce geste, cet égard envers moi. J’avais envie de lui parler de sa femme, de ses sentiments, de ses intentions, mais je me retenais de le faire, songeant que ce ne serait pas opportun et que je gâcherais tout en agissant de la sorte. Ne voulant pas plomber ce moment que j’avais tant espéré, je me contentais de le regarder en affichant un sourire malgré tout un peu crispé. Lui ne souriait pas non plus et ça lui donnait un air presque dramatique, très proche du romantisme dont j’avais rêvé. J’avais l’impression qu’il essayait de réfléchir profondément, de lire en moi ou de trouver la bonne façon de me dire les choses.
Tout doucement, tout en me caressant encore, il me dit : « Tu ne devrais pas trop traîner, ma femme ne va pas tarder. »
Sans répondre, je détournais mon regard et me levais.

A suivre…

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9 réflexions sur “#150 – Le Rendez-vous

  1. Oui, c’est assez logique de croiser ces histoires, et donc ces personnages. moi, ca me plairait beaucoup. A quand la rencontre de tout ce beau monde? je suis en haleine! c’est addictif (je me répète!)

    • Je n’ai pas prévu de faire se rencontrer les personnages de toutes les histoires …encore que, ça pourrait être assez drôle, d’autant plus qu’ils naviguent globalement tous dans la même sphère.

  2. Albert n’ayant pas d’autre importance que d’héberger Etienne et de lui fournir un salaire… ils peuvent, tous les 4 ou 5, se retrouver à ses… funérailles!
    Etienne héritant bien sur!

    • Si Etienne hérite ça change toute la donne, sauf pour Régis qui n’a pas besoin de cet argent. Finalement ce serait lui le plus ‘pure » dans cette histoire ?

      • Hey… c’est toi l’auteur!!
        C’est pas parce qu’Etiene hérite qu’il n’est pas pur! je vois pas le rapport.
        Concernant Régis… aucun avis… assez terne dans ton histoire, pas mis en avant…. il laisse les lecteurs indifférents

      • Non, en effet, ce n’est pas une raison, mais en fait je comparais Régis à Bastien. L’un en pince pour l’autre qui en pince lui même pour un autre… Bref, je vois qu’en tout cas Régis n’apporte rien, comme Albert d’ailleurs… pourtant…

  3. Dis donc.. le thème du mec marié est, a priori, récurrent!
    Mais pour le moment, lecture faite, entre Paul et Bastien il n’y a pas photo.

    Bastien se prend pour un étalon et a juste besoin de se vider les couilles. Le premier cul venu fera l’affaire se dit il. Et ses fantasmes homosexuels aidant il a jeté son dévolu sur Etienne…
    Qui, lui, a besoin de faire l’amour pour jouir. Baiser n’est pas son trip. Il idéalise la relation sexuelle.

    Bastien ferait bien de rencontrer Nathan… qui s’est fait sauter par Paul juste pour son avancement, son salaire, être bien vu, et se servir de tout ça comme d’un tremplin professionnel.

    Et si Etienne rencontrait Paul je pense que cela pourrait coller… malgré un écart d’âge que je n’ai pas calculé.

    Pour peu qu’Albert soit le père ou le voisin d Paul je verrais bien une idylle naître…. au cours d’une partie à 5 tant qu’à faire!
    Bref :Bastien, Nathan, Paul, Etienne et Régis dans une même pièce…

    • En effet, un thème qui revient, mais que je veux essayer de traiter différemment.
      Je n’avais jamais pensé à l’idée d’imbriquer (sans mauvais jeu de mots) les personnages des deux histoires mais finalement ton raisonnement se tient.
      En fait, peut être que j’aborde toujours le même thème de la même façon et peut être même que le vrai thème c’est « en amour il y en aurait peut être toujours un qui serait plus amoureux que l’autre / ou moins volage ? »…
      Enfin, ça fait bcp de peut être tout ça…

      • Je pense que c’est faisable de mêler habilement les 2 histoires… l’occasion justement de faire revenir à la surface Paul et Nathan puisque tu te demandais s’il y aurait une suite!
        D’autant que je reste curieux de savoir ce que tu vas leur faire vivre et si cela m’interpellera autant que ce que j’ai lu

        C’est déjà claire dans ce que tu as raconté :
        Bastien ne mettra pas son couple en péril. Non pas parce qu’il aime sa femme… mais tout simplement par intérêt « social » (vie pro, relations…)
        Alors que je maintiens que Pau sera au final courageux mais malheureux. Pour tenter d’emporter le morceau (Nathan) il remettra sur le tapis sa vie entière. Sans succès… le morceau il l’aura dans son lit (et, encore une fois, il a de la chance) mais pas en relation « couple ».
        Un plus amoureux que l’autre? Un plus volage? Je ne me prononce pas aussi catégoriquement.
        Mais certainement, très souvent, un amour différent. Des attentes différentes d’une histoire commune..

Et si tu réagissais ?

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