#145 – La nuit des temps

En prenant le train ce soir, par la fenêtre je voyais décroître le jour et le soleil finir sa course quotidienne derrière l’horizon. C’était un spectacle magnifique. Pourtant…

Pourtant il y avait comme une légère amertume dans ce paysage de fin de journée. Une sorte de frisson qui m’aurait parcouru insidieusement, quelque chose de tragique et de romanesque à la fois. Je me suis alors demandé ce que pouvaient ressentir nos ancêtres quand ils voyaient le soleil disparaître derrière l’horizon et la nuit prendre le pas sur le jour, les ténèbres sur la clarté ?
Outre le fait que nous soyons depuis toujours biologiquement réglés sur cette alternance des jours et des nuits, je pense qu’ils – nos ancêtres –  devaient éprouver une angoisse très profonde en voyant disparaître leur Bienfaiteur, celui qui, de par sa chaleur, permet à tout être de vivre. Je n’ai aucune peine à croire qu’ils prêtaient au soleil des pouvoirs divins et magiques. J’imagine aisément qu’ils le vénéraient et qu’une de leurs peurs les plus viscérales était qu’il ne réapparaisse pas. Ils devaient sans doute le prier, ne sachant pas ce que c’était ni quel était le secret de sa puissance. Sachant qu’en plus ils ne savaient pas ce qui se trouvait derrière la ligne d’horizon, l’inquiétude devait les tenailler.  Car quel étrange spectacle tout de même que cette boule luisante qui file à toute allure pour disparaître derrière le paysage, emportant avec elle la chaleur, certes, mais aussi la lumière, elle aussi si indispensable et si rassurante. Comment ne pas être impressionné, moi, si petit homme ?

De ces lointaines croyances, je pense que nous avons hérité une sorte de trouble inconscient qui fait que la nuit, quoi qu’on en dise, est une source de tension pour tous les êtres.
Sommes-nous  émus devant le spectacle du couchant parce que nous redoutons sans le savoir que le soleil ne revienne pas le lendemain ? La nuit éternelle nous angoisse-t-elle parce qu’elle nous renvoie à notre propre mort ?
La fin du jour, la disparition du soleil, etc… nous sommes totalement impuissants face à ce phénomène ! Et il y a sûrement en nous quelque chose qui voudrait pouvoir « capturer » le jour. Parce que la nuit nous devenons vulnérables, diminués.

Evidemment, à notre époque, la nuit n’est plus gérée de la même manière. L’activité continue, la lumière artificielle nous éclaire et le chauffage nous permet de nous maintenir en bonne condition.
Pourtant…

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