#140 – De l’ascétisme du corps

Ce long week-end automnal est l’occasion d’un séjour chez nos voisins Germaniques. Un retour aux sources, si je puis dire, puisque je reviens hanter les stations thermales de Forêt Noire. Et hier tout était réuni pour nous offrir une belle journée de bien être et d’harmonie. Soleil froid dans un ciel azur, forêt aux couleurs chatoyantes, faible affluence, cadre soignée, personnel charmant. Bref, un vrai moment de détente.

Fidèles à nos habitudes nous nous sommes rapidement installés dans la zone naturiste du complexe thermal. Dans cet partie de l’établissement, pas d’enfants qui braillent et courent partout, pas plus que d’adolescents boutonneux, dragueurs lourdauds de piscine municipale… En revanche, beaucoup de « troisième âge », une majorité de  couples d’âge mûr et des gens avec une certaine conception de l’entretien de leur corps. Quelques couples gay aussi — dont le notre — car je suppose que c’est très trendy de s’offrir une journée de bien être aux thermes.
Évidemment, dans cet ensemble il y a tous les profils : les bedonnants côtoient les maigres et les girondes, les anorexiques. C’est assez surprenant de constater que des corps constitués strictement de la même façon peuvent suivre, avec l’âge et le mode de vie, des développement très différents.

Par exemple, deux hommes discutent l’un avec l’autre au bord du grand bassin. Ils ont l’air d’être à peu de chose prés du même âge. Celui de gauche — qui ressemble à l’image que je me dais de Jules César — est très fin, voire maigre, mais aussi très musclé. Il se tient bien droit. Ses muscles légers et visiblement puissants, sont parfaitement dessinés sous sa peau subtilement mate, sans défauts ni irrégularités. Son visage me semble ferme et décidé. Ses pieds sont posés bien à plat sur le sol, ses jambes sont légèrement écartées et son sexe charnu aux contours précis émerge d’une douce pénombre poilue.
Celui de droite — qui ne ressemble pas à grand chose — a un ventre proéminent. Il se tient voûté tellement le poids de sa bedaine semble lourd à porter. Il a le regard constamment plongé vers le bas. Sa peau blanchâtre est couverte de points rouges disséminés sur tout son corps. Son pénis a quasiment disparu sous les plis de son ventre et ses jambes maigrichonnes accentuent encore la proéminence de son abdomen. Ses cheveux sont clairsemés et des poils blancs un peu fous s’émancipent sur son torse.
Les deux hommes n’ont en commun que leur âge et leurs cheveux blancs.

Alors je m’interroge. Quelle vie ont-ils mené pour devenir aussi dissemblables ? Qu’est-ce qui a poussé le premier à préserver son corps, à accroître sa robustesse, à prendre soin de son apparence ; et pourquoi le second a fait de son corps un amas de chairs flasques, couvert par une peau distendue et terne, et a laissé fondre ses muscles ? Comment ont-ils pu s’éloigner à ce point dans leur hygiène de vie, leur façon de se nourrir ou encore de concevoir l’intégrité de leur propre corps ?
Et tout aussitôt je me questionne : si je n’arrive pas bien à comprendre le pourquoi, je parviens assez facilement à discerner le comment. En effet, j’imagine bien le processus qui mène à une telle détérioration de cette formidable machine qu’est le corps dont nous nous servons toute notre vie, et le laisser-aller dont il faut faire preuve pour arriver à ce résultat. Parallèlement, cela met en lumière l’énergie qu’il faut déployer pour maintenir son enveloppe, et les organes qu’elle contient, en bonne forme. Quelle rigueur est nécessaire pour parvenir à un tel entretien d’un corps qui, il faut bien le dire, ce barre vite en sucette au fur et à mesure que les années se succèdent.

C’est ce qui me fait dire que la bonne santé et l’entretien de notre corps repose sur une volonté farouche et proche de l’ascétisme. Certe, c’est un état d’esprit mais avoir une vie « saine » pour maintenir un corps sain ne se fait pas sans efforts… physiques importants.

On tente parfois de nous faire croire que cette  réalité est « fun » et « facile » à mettre en oeuvre, mais il n’en est rien. Manger 5 fruits et légumes par jour et aller bosser en marchant plutôt qu’en prenant la voiture ne suffisent absolument pas ! J’espère que vous  n’aviez pas prévu d’y croire…

Et de fait, je dis qu’il faut effectivement souffrir pour lutter contre la vie qui vous entraine vers une inexorable décrépitude. Alors certe, nous finirons tous de la même façon et au même endroit, mais peut être voudront nous jouir plus longtemps d’un corps en pleine santé. Et si c’est ce que nous voulons alors il nous faudra faire de nos vies un sacerdoce.      

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