#138 – Les poils qui poussent

L’adolescence  : cette période affreuse qui traumatise chacun d’entre nous. C’est une véritable révolution, tant physique que mentale, qui s’opère lors de ce cours (en principe) laps de temps. C’est aussi le moment de la découverte de la sexualité, des premiers émois, des premières confrontations avec les autres — sur le plan amoureux notamment. C’est le temps de la découverte de soi et des autres, la période des « petites copines » et des rendez vous un peu foireux.

Pour moi l’adolescence n’a pas été plus simple que pour les autres. En plus de tout le reste, ou au milieu de tout le reste, il me fallait gérer une attirance pour les garçons quelque peu déroutante ! Même s’il me semblait savoir depuis un moment déjà que j’avais cette attirance pour les personnes du même sexe que moi, je n’en mesurais pas vraiment les conséquences ni les contours précis. Je savais qu’il y avait quelque chose de « différent » mais sans vraiment réussir à le transposer dans ma vie de tous les jours. C’était en moi mais « ça » n’interférait pas avec l’extérieur. « Ça » pouvait donc continuer à vivre en moi sans que « ça » me pose de problèmes.

Lorsque ma sexualité s’est réellement ébranlée,  les choses sont devenues tout autre. Déjà parce que mes camarades, aussi, passaient le cap de la puberté. Des poils leur poussaient sur le visage, leur voix muait et leur tempérament d’enfant disparaissait peu à peu pour laisser la place à des embryons d’hommes. Ils étaient tous plus excités les uns que les autres. Leurs blagues, leurs rebuffades, leurs jeux ou leurs défis, tournaient tous autour du sexe. Ils apprenaient à canaliser cette poussée d’hormones. Ils devenaient, de fait, plus attirants et moi …je me sentais de plus en plus attiré par eux, ce qui ne manquait pas de se voir — du moins je le suppose. Mes émois étaient sans doute de plus en plus difficiles à cacher et la notion de plaisir sexuel qui naissait en moi ne faisait qu’ajouter à mon trouble grandissant.

J’étais terriblement frustré de ne pas pouvoir moi aussi vivre d’expérience sexuelle — ou à défaut amoureuse –, même si je suis convaincu que très peu de mes camarades de l’époque avaient réellement franchi le pas (avec une fille). Beaucoup de paroles mais pas beaucoup d’actes. Toujours est il que plus je les écoutais raconter leurs aventures et/ou fantasmes, plus je redoutais le fait de devoir moi aussi passer à l’acte. D’autant que chacun d’entre eux s’était, à l’écouter, acoquiner à une fille de la classe ou de la classe voisine. Mon imagination me faisait donc entrevoir la possibilité de m’aventurer dans les bras d’un camarade de classe.

C’était pour moi, bien sûr, absolument impensable ! Et c’est pour ça, sans doute, qu’il m’a fallu faire mes premières expériences dans des bras inconnus.
J’imagine qu’avoir un « petit copain » au collège ou au lycée, sortir ensemble, aller voir un film, flirter et se présenter à nos parents respectifs, aurait sans doute donné à ma vie une toute autre direction. Pour autant je considère avec le recul que je ne m’en suis pas trop mal sorti. Bien que le contre coup de cette frustration d’adolescence se soit fait jour bien plus tard, aujourd’hui je peux m’estimer assez fier d’avoir pu m’assumer, me comprendre et m’accepter. Et finalement, la fin de l’adolescence est peut-être le moment où l’on parvient enfin à s’accepter ?
Autant dire, dans ce cas, qu’elle peut durer longtemps…

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