#134 – C’est beau un homme

Il y a quelque chose de beau chez un homme qui travaille.
Ce matin, en attendant un bus, dans le vent froid et dans la rue, je regardais les bouchers s’activer par dessus leurs plans de travail, au milieu des morceaux de viandes (et des clients aussi, oui ! ). Il y avait notamment un tout jeune artisan boucher au premier plan. Je dis artisan mais je pourrais dire « artiste boucher ». De là où je me trouvais, je pouvais discrètement observer ses gestes experts.  De stature assez grande mais néanmoins un peu plus petit que moi, pour ce que j’ai pu en apprécier, je dirais qu’il mesurait environ 1,75 mètre. Plutôt bien balancé, même si ses vêtements de travail, sa veste et son tablier superposés, formaient une couche importante de tissu autour de son corps.  Il avait relevé les manches de sa veste. Ses cheveux bruns étaient coupés très courts. Mais là encore, difficile d’en être tout à fait certain puisqu’il portait une toque. Mais sa nuque et ses tempes étaient parfaitement dégagées, presque rasées.  Il semblait, de ce que j’en voyais en tout cas, avoir un visage très doux.

Il était en train de découper un (très) gros morceau de viande. Il le retournait et le lacérait avec son grand couteau. Sa poigne était ferme et précise mais il manipulait la viande avec beaucoup de précaution. Il la tranchait avec netteté, et ne revenait pas deux fois sur le même geste. De temps en temps, il relevait la tête pour regarder les clients qui se pressaient devant les étales. Mais très vite il baissait de nouveau les yeux et repartait à l’assaut de son gros morceaux. Sa main droite, sans gant, allait et venait autour de la barbaque dans des mouvements qu’on aurait presque pu prendre pour des caresses. S’il n’y avait pas eu le couteau pour pointer, trancher et fendre les muscles, j’aurais pu être jaloux de ne pas être un carré de bidoche !
Mon boucher était si concentré sur ce qu’il faisait, que ça lui donnait un air inspiré qui dégageait une force et une sérénité étonnantes. En principe, bien que de belle allure, un si jeune homme aurait dû passer à mes yeux pour un blanc-bec mais, ce matin là, il m’impressionnait de par sa dextérité et sa maîtrise. Il devenait « celui qui sait faire » et j’étais suspendu à ses mains, à ses coups de poignet, à ses bras qui bougeaient et surtout à son visage éminemment concentré.

Une fois mon bus arrivé, je quittais la scène avec regrets et je me demandais aussitôt si, lorsque je suis à mon tour concentré — à lire un dossier sur mon ordinateur au bureau par exemple —  je dégage la même puissance érotique que ce jeune boucher ? La question reste ouverte mais j’ai bien peur de ne jamais avoir la réponse…

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