#111 – Restons légers

Etre léger, voilà tout ce à quoi Anthony aspirait. Se laisser aller, redevenir insouciant, au moins de temps en temps, s’évader…

Il y parvenait quelques fois, pendant de brefs instants, lorsqu’il faisait du sport ou lorsqu’il peignait. Ça lui « vidait la tête » comme on dit ! Mais ces états ne duraient pas. Il ne parvenait pas à se lâcher complètement. Ce n’est pas dans l’alcool qu’il aurait pu trouver ce qu’il cherchait car boire le rendait sombre. On disait de lui qu’il avait l’alcool mauvais. En réalité, il ne buvait que très rarement et son ivresse faisait remonter à la surface de sa conscience les aigreurs, les regrets et les déceptions. Bref, ça le déprimait.

Ce qu’Anthony espérait c’était parvenir un jour à ne plus se prendre autant au sérieux. Parce qu’il souffrait de porter cette carapace de raison, épaisse et ridicule, qui donnait à sa vie un poids supplémentaire dont elle n’avait pas besoin pour être riche.
Parfois il s’offrait une pause en ne faisant rien ou faisait des choses futiles. Ça lui faisait du bien, ça le faisait sourire et ça libérait une petite bulle d’air dans son cerveau. Mais ce n’était pas suffisant pour dérider le masque de gravité qu’il portait sur son visage. Une sorte de grimace permanente qui aurait voulu dire un truc du genre « je porte sur moi toute l’austérité de ma vie… »

Bien qu’à un poste relativement bien payé, Anthony n’avait que très peu de responsabilités et la pression qu’il ressentait au travail n’avait pour unique origine que sa propre exigence — qui outrepassait celle de son patron.  Anthony était un modèle de raideur, d’intransigeance et de froideur. D’ailleurs, il était relativement craint et assez peu apprécié en tant qu’individu. On lui reconnaissait une certaine rigueur mais aussi une forme de condescendance un peu dérangeante. Anthony ne comprenait pas pourquoi on ne faisait pas l’effort d’aller voir, au-delà des apparences, quel homme drôle et enjoué il pouvait parfois être… Il se mentait à lui même, prenant au fil des années conscience de sa rigidité.

Alors quoi ? Se foutre de tout ? Prendre tout à la légère, par dessus la jambe ? Il ne pouvait s’y résoudre et ce n’était sans doute pas la meilleure chose à faire.
Peut-être que la solution serait qu’il descende de son piédestal pour commencer. Qu’il cesse ensuite d’être pétri de certitudes. Autrement dit, qu’il doute un peu de lui et de ses croyances qu’il pense immuables.
Se remettre en question tous les jours pour se redonner la place qui est la sienne : un acteur agile dans un décor en perpétuel mouvement et une pièce pas encore écrite. C’est peut-être ça la conclusion :  pour rester léger, restons agiles…

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