#102 – Le Caméléon

Alain avait sans doute moins de charme que Bernard. Encore que ce point fut discutable.
Il n’en restait pas moins qu’Alain multipliait les conquêtes tandis que Bernard restait désespérément seul à court, moyen et long terme.

De fait, la rivalité entre les deux hommes était inexistante puisque Bernard ne pouvait tout simplement pas se mesurer à Alain. Bernard nourrissait plutôt une sorte de haine envers Alain, une jalousie fondée sur l’injustice caractérisée dont il se pensait la victime. Vraiment Bernard ne voyait pas ce que ce prétentieux d’Alain avait de plus que lui. Il n’était pas plus beau ni plus intelligent. De l’avis de Bernard,  Alain ne cassait pas la baraque…

Bernard s’estimait plutôt enclin à accepter les remarques, et il s’imaginait être capable de remise en question, qui plus est profonde. Pourtant, dans les faits, il ne supportait pas qu’on puisse lui reprocher un comportement ou une attitude, persuadé qu’il agissait toujours au mieux. Ainsi il ne réalisait pas que la jalousie guidait ses rapports avec Alain. Il ne se disait pas qu’il aurait sans doute plus à gagner à prendre exemple sur Alain plutôt qu’à systématiquement critiquer toutes ses actions. Parce que Bernard était persuadé qu’il faisait mieux qu’Alain, qu’il était moins lourd, voire moins vulgaire. Que son humour à lui était plus fin, plus subtil. Il ne se rendait simplement pas compte qu’il n’avait pas d’humour et que ses prises de paroles étaient si timorées que personne ne l’écoutait…

A dire vrai, l’un comme l’autre était insignifiant mais un le savait et pas l’autre. Aussi, au lieu de se prendre au sérieux et de comploter contre ses rivaux, Alain ne jalousait personne et faisait en sorte de s’adapter à son environnement. Il adoptait la posture de l’autre aussi facilement que s’il changeait de veste. Avec l’introverti il parlait tout bas. Devant le drôle il était encore plus drôle. Devant le désinvolte, il jouait la nonchalance. Avec l’indifférent, le charmeur, le rêveur ou le sérieux, toujours il était capable de prendre le même ton et les mêmes attitudes, à l’instar d’un caméléon qui change de couleur pour prendre celle de la surface sur laquelle il se trouve.  Et ça marchait ! Le secret d’Alain c’était d’observer ses interlocuteurs plutôt que de les snober et de se vouloir obligatoirement différent. Il se ralliait à la cause des uns, puis à la cause des autres sans aucune difficulté. Il était si souple et si flexible que chacun trouvait dans « son » Alain un allié précieux, et parfois même un peu plus…

Quant à Bernard, il ne comprenait pas qu’autant de volatilité puisse être toléré par les autres. Il restait donc figé dans son attitude emprunte de rigidité, de solennité un peu ridicule et d’indifférence feinte, et il se rongeait les sangs de ne pas parvenir à sortir de cette ambiance intérieure morose qui le chagrinait profondément.  Il n’était pas prêt à se remettre en question. Il aurait pourtant suffi de peu pour que tout change…

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