#101 – To be or not to be ?

Il n’avait pas encore été fait la preuve que T. eut un penchant pour les garçons.  Pourtant la rumeur insistait et elle enflait pratiquement de jour en jour. C’était devenu un sujet de conversation qui brûlait toutes les lèvres. Celles des jeunes filles comme celles des jeunes hommes. Les unes parce qu’elles adoraient T., sa gueule d’ange et son petit cul sexy. Les autres parce qu’ils adoraient aussi T., son look de mec, sa franchise et son humour. T. était la mascotte du lycée. Il était terriblement populaire. On s’arrachait le droit d’appartenir à son cercle d’amis et chaque personne qui passait un peu de temps avec lui en ressortait sous le charme.

T. était vraiment beau, c’est vrai. Il avait aussi une finesse d’esprit qui rendait les conversations avec lui plus subtiles, peut-être plus profondes et en tout cas bien différentes de celles menées par les autres lycéens. Les professeurs aussi étaient fous de T. Il était si exemplaire, si doué en toute matière. Il était fin, élégant ; l’élève modèle pour ainsi dire.
Du coup, cette rumeur insistante avait un effet étrange sur le petit monde de ce lycée de province. D’un côté beaucoup pensaient que T. n’était finalement pas le garçon parfait dont tout les autres vantaient les qualités. Certains, à l’opposé, estimaient que cette rumeur calomnieuse n’avait pas de fondement si ce n’était la jalousie d’une minorité d’individus malveillants. D’autres enfin — essentiellement des garçons — étaient intrigués à l’idée que ce désirable jeune homme puisse avoir une sexualité si …inattendue, voire hors du commun pour quelques uns.  Bref, personne ne restait indifférent.
Le premier intéressé, T. lui-même, ne semblait pas vraiment se préoccuper de ce qu’on disait sur lui. Il se savait jalousé et désiré en même temps. Il était conscient d’avoir une certaine influence sur son entourage. Il était si intimidant que personne n’avait osé lui demander si, oui ou non, il était gay. On se contentait de l’observer pour essayer de déceler dans son comportement un geste, un regard, une intonation qui aurait pu nous éclairer. On cherchait la preuve que… mais rien ne semblait confirmer cette rumeur partie il y a quelques semaines.

Tout avait commencé quand, lors d’une fête un peu arrosée, quelqu’un — qui, on ne sait plus trop — avait surpris T. en train d’embrasser un autre mec. On ne savait plus non plus ni où ni quand cela c’était réellement produit, mais on savait que le garçon — le veinard ? — en question était un étudiant, ami du frère d’un des organisateurs de cette fameuse soirée.  On n’avait pas su le nommer mais il était bien réel cet universitaire qui se faisait embrasser par des lycéens lors des soirées ! De là, fantasmes, révélations et déformations s’en étaient donné à cœur joie dans le bahut.  Il avait ensuite était dit que T. n’avait jamais connu d’autres bras que ceux des femmes et, dans le même temps, qu’il ne rêvait que de s’amouracher d’un homme. Il paraîtrait même qu’il fréquentait des endroits réservés aux hommes qui aiment d’autres hommes…

Toute l’école était en émoi mais toujours rien à se mettre sous la dent. T. n’en devenait que plus attractif. Chacun voulait savoir et chacun pensait détenir LA vérité. Il était le centre de toutes les conversations. Les filles le courtisaient de plus en plus et les garçons l’enviaient presque d’être si différent d’eux. Il avait un « truc en plus » qu’ils n’avaient visiblement pas. Phénomène nouveaux, certains garçons le courtisaient aussi ; de manière plus ou moins discrète d’ailleurs.

T. semblait se rire de tout ce cinéma. Il s’amusait de voir toute cette énergie dépensée pour connaître sa vie intime, lui qui mettait un point d’honneur à ne jamais colporter de ragots sur quiconque.  Il semblait aussi surfer sur ce buzz qu’on créait autour de lui. Il asseyait sa popularité et il trouvait fort appréciable qu’à travers son personnage on perçoive de façon positive l’homosexualité. Finalement c’était presque branché d’être gay !  Quand on sait à quel point certains adolescents souffrent d’être homo, il y avait là de quoi s’étonner.
Du coup, fort de ce constat, T. brouillait volontairement les pistes : on ne lui connaissait aucune « copine » en ce moment, pas plus qu’on ne pouvait lui attribuer un « copain ». Il ne parlait pas de sexualité, ne faisait aucune allusion à un ou une camarade et il n’évoquait jamais la rumeur qui le concernait. Ce faisant, il l’entretenait et espérait même qu’elle s’amplifiât encore.
Peut-être, qui sait, qu’il aurait bientôt l’occasion de donner à tous son point de vue sur l’intolérance et  la différence ?

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