#96 – 42 kilomètres

W se jeta hors d’haleine sur la ligne d’arrivée. Il était parmi les derniers à achever la course. Son cœur battait dans ses tempes et dans ses mollets, autant que dans sa cage thoracique. La sueur inondait son corps tout entier, trempant son maillot, son short, ses chaussettes et même son slip. Il essayait de reprendre son souffle mais l’effort était trop grand. La tentation de s’effondrer sur le bitume était si forte qu’il faillit bien y céder. Mais il savait que s’il s’allongeait il ne pourrait pas se relever, toutes ses forces étant parties dans la bataille.

Il avait tenu bon durant les 42 kilomètres un peu passés du marathon, mais dès le début il avait su qu’il finirait parmi les derniers. D’abord parce que son entraînement, bien qu’intense et régulier, n’était pas suffisant et aussi parce que dans ce genre de compétition il faut s’attendre à rencontrer les meilleurs de la spécialité. « Bah, l’important est de participer » s’était dit W pour se consoler à moitié, et par avance, de la déconvenue annoncée.

La terre vacillait maintenant sous ses pieds et la sueur qui dévalait son front et coulait dans ses yeux lui piquait violemment les rétines. Dans le même temps il ressentait une vive envie de vomir. Pas comme quand on a mal au cœur, plutôt comme quand le corps tout entier tente de s’extraire de lui même. Finalement il se cramponna à une barrière de sécurité, prenant soin de ne pas fermer les yeux pour ne pas tomber. Il tenta, pour occuper son esprit, de retracer mentalement le parcours, mais il n’y parvint pas, le poids de son corps écrasant la légèreté d’une telle pensée. Seules quelques bribes de souvenir lui revenaient mais il était pour le moment incapable des les remettre dans l’ordre chronologique.

Il avait remarqué qu’il n’y avait déjà plus grand monde à l’arrivée pour accueillir les participants. Les vainqueurs avaient depuis belle lurette quitter les lieux et tout le matériel commençait à être rangé. Bien que ce ne fut pas très net, il voyait des gens qui s’affairaient à démonter des stands et à détacher des banderoles de-ci de-là.
Alors qu’il continuait à s’accrocher à sa barrière, radeau dans la tempête, il vit une forme s’approcher par la gauche. Il ne détourna pas la tête mais fut soulagé de penser qu’enfin un secouriste ou un médecin venait prendre de ses nouvelles, et se rendre compte par lui-même que cet homme avait tout donné et qu’il était maintenant au bord de l’évanouissement. Il entendit un tout petit « hello » suivi d’un discret « ça va ? ».  Il pencha légèrement et doucement la tête vers la voix. C’était un homme qui se tenait là, debout, à côté de lui, maintenant tout proche, et qui lui souriait gentiment, en se balançant d’avant en arrière et en gardant les deux mains enfoncées dans les poches de son pantalon. W ne le reconnu pas immédiatement. Finissant par faire la mise au point, il resitua B., le voisin du dessous, à qui il avait parlé de sa participation à la course.
__ Je suis venu accueillir le grand champion…, lui dit malicieusement B., un large sourire accroché au visage.

Bien qu’encore dans les vapes, W esquissa un sourire. Il sentait que ses forces allaient revenir. Son cœur recommençait à battre vite mais ce n’était plus à cause de l’effort…

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