#91- Sans détour

M. n’avait pas honte de son corps, quand bien même fusse t il un peu rond. A 57 ans il se sentait encore tout à fait désirable et il désirait lui aussi beaucoup d’hommes. Pas forcement jeunes d’ailleurs. Il lui arrivait de trouver fort séduisants des hommes plus âgés que lui, voire beaucoup plus âgés !

Bien qu’il eut un point de vue très ouvert sur la sexualité, il n’était pas attiré par les femmes ni n’exprimait une quelconque bisexualité. Les femmes ne lui manquaient pas comme il disait et il n’éprouvait pas le besoin de « tester, pour voir comment ça fait ». « Ça ne me plait pas, voila tout ! » et il partait d’un grand rire. M. ne s’embarrassait jamais de périphrases ou de subtilités pour expliquer son point de vue ou faire partager ses opinions. Il disait tout de go ce qu’il pensait et, contents ou pas, chacun pouvait se positionner ou prendre partie en toute connaissance de cause. Il lui arrivait parfois de choquer certaines personnes un peu prudes qui n’admettaient pas qu’on puisse parler aussi ouvertement de son corps, de sa sexualité ou, pire encore, de son homosexualité. Ces gens là ne supportaient pas l’idée qu’on puisse être homo et vivre au grand jour !

Lorsqu’un garçon lui plaisait, M le lui faisait savoir sans détour. Évidemment cela apportait parfois quelques déconvenues. Mais le plus embarrassé des deux n’était certainement pas M. Pour lui il était absolument naturel d’exprimer ce que l’on ressentait pour un autre, que cela fusse une attirance sexuelle ou autre chose. Aussi, même s’il s’employait à amener son propos avec élégance, il ne tournait pas des heures autour du pot, espérant par de grossières allusions se faire comprendre. Il gagnait ainsi beaucoup de temps et, pour tout dire, il s’amusait même assez de la gêne toute feinte de certaines de ses proies. Il y allait cash et ça payait ! Souvent il suscitait l’intérêt et, même s’il n’arrivait pas à ses fins, il contribuait par son naturel et sa décontraction à s’attirer de la sympathie. Bien sûr, parfois, certains étaient si inconfortablement pris au dépourvu qu’ils devenaient assez agressifs. mais ça ne le gênait guère. Il s’était tellement battu contre lui même et son propre rejet qu’il n’avait désormais cure du rejet des autres.

Écrivain jovial et charmant, autant que cultivé et raffiné, M. n’entretenait que des relations distendues avec les hommes. Aurait-il pu en être autrement ? Il papillonnait de bras en bras et même si certains lits le retenaient plus longtemps que d’autres, ça ne durait jamais bien longtemps. Il ressentait le besoin de changer de partenaire, comme s’il avait voulu goûter au corps de  tous les hommes de la Terre. Évidemment sa vie entière n’y aurait pas suffit et la frustration s’emparait de lui lorsqu’il y pensait. M. grillait la vie par les deux bouts. Au propre comme au figuré…

M. est mort en 1982, à 78 ans, de cause  naturelle.
Il aurait bien aimé mourir accompagné par le réconfort d’un compagnon. Mais dans ces années là, on ne faisait pas sa vie avec une personne du même sexe que soi.

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