#84- Le fils perdu

Il fut vite décidé que S. ne resterait pas à la maison. Ses parents ne seraient pas la risée du quartier et encore moins de la famille. Ah ! la sainte famille. Les oncles, tantes, cousins et cousines de S. étaient sans doute représentatifs de ce que la France compte de plus bigot. Une espèce en voie de disparition, certes, mais qui, en attendant, gênait presque l’Église par son extrémisme suranné et violent, et ses prises de position fondées sur des croyances évanouies. Il ne restait que quelques jusqu’au-boutistes qui allumaient des cierges et collectionnaient les crucifix pour conjurer un Mauvais œil que certains dépravés semblaient vouloir faire tomber sur eux.

S. faisait donc partie de ces mécréants au même titre qu’il faisait partie — encore pour quelques heures — de cette famille maudite. Il serait chassé, banni à jamais de cette maison qui l’avait vu naître et grandir, jouer et s’épanouir. Il n’avait pourtant manqué de rien ! s’exclamait son père, au comble, non pas de la déception ou de la colère, mais de la haine. « Qui a pu faire de toi une raclure pareille ? », hurlait-il a son fils. Sa mère, bien que silencieuse à présent n’en avait pourtant pas moins dit ou fait. Dans de grands gestes incontrôlés, elle avait jeté à la figure de son propre garçon des ignominies indignes.

S. ne serait donc pas le Sodomite qui les déshonorerait puisque S. ne serait plus. Quand il aura franchi le seuil de cette porte, manu militari, ce sera comme si il n’avait jamais existé. Et on en parlera plus. Il n’aura jamais été ce premier enfant qu’on attendait avec bonheur, cette petite tête blonde qui courrait partout, cet adolescent brillant en études, ce jeune homme beau comme « un Dieu » avec ses grands yeux bleus. Il était la fierté de ses parents et il les avaient foudroyés en leur expliquant que, malgré tous ses efforts, il ne pouvait aller contre sa nature. Ses parents lui avaient appris à ne pas mentir et, courageusement mais assez naturellement, il leur avait expliqué cet amour profond qu’il portait pour un autre garçon. Il pensait que l’amour, valeur universelle dans son esprit, de ses parents prendrait le dessus sur leur rejet de l’homosexualité, cette « perversion ignoble » comme ils disaient.

A suivre…

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