#66 à 68 – le Diable par la Queue (intégral)

P. a toujours été attiré par le sexe, du moins depuis qu’il est en âge de comprendre de quoi il est question – et sans doute même un peu avant.

De l’adolescence et les premiers émois sous le pantalon à l’âge adulte et ses aventures multiples, P. n’a jamais vraiment su résister à ses pulsions sexuelles. Sans aller jusqu’à dire qu’elles ont conditionné sa vie, elles ont pour le moins eu une certaine influence sur ses choix. D’autant que la sexualité de P. n’est pas a priori des plus simples à gérer, puisqu’il est gay.

Toujours – ou en tout cas aussi loin qu’il peut se souvenir – il a su quelle était sa « vraie » orientation sexuelle.  Aussi n’a-t-il pas cherché longtemps à donner le change en couchant avec des femmes. C’était pas son trip, voilà tout. Cela ne signifie pas pour autant, qu’il ne partageait pas des valeurs (que ses parents lui avaient subtilement soufflées ?…) telles que la fidélité, la vie de couple, le foyer… mais pas les enfants, ça non plus ça n’était pas son trip.

P. s’est donc mis à la recherche de l’Homme de sa vie. Le compagnon idéal : une sorte de « Monsieur Parfait » alliant culture, savoir, humour, finesse à une gueule d’ange, un corps d’athlète, un cul d’enfer et des fantasmes sexuels débridés. Le tout à forte dose puisque P. ne voulait pas se contenter d’un ersatz de mec idéal.

En attendant de trouver son Prince Charmant, P. assouvissait tant bien que mal ses désirs charnels, passant de bras en bras, de lit en lit, au gré de ses rencontres fortuites avec de parfaits… inconnus mais, pour le coup, loin d’être des hommes… parfaits. De temps en temps une amourette venait ponctuer cette espèce de mélodrame dédié au sexe et à la recherche de l’Homme, le vrai, celui que les masse-médias avaient façonné pour P. Une image si parfaite de l’homme beau, riche et intelligent…

P. croyait réellement qu’il pourrait trouver puis séduire ce genre de garçons hautement stéréotypés. Et puis un jour il rencontra Y.
Evidemment, il ne reconnut pas dans ce dernier « l’Homme Parfait-Idéal » qu’il attendait. Il se doutait un peu que cette histoire, pas encore commencée, se finirait de la sorte. Mais, pour une fois, il trouvait dommage de ne pas aller plus loin, de ne pas faire connaissance et de ne pas prendre la peine de découvrir ce qu’Y. avait à lui offrir.

Aussi passa-t-il un peu de temps avec Y., à flâner, à prendre un verre de temps en temps, à aller dîner même ! Rien de sexuel ne se passait entre eux ce qui, curieusement, n’était pas pour déplaire à P. En quelque sorte, il appréciait les rapports simples de deux garçons qui se trouvent des points communs. Pas d’ambiguïté, pas de sexe, rien que de la complicité… jusqu’au soir (inévitable ?) où les corps se rapprochèrent. Timidement mais sans fausse pudeur. Avec beaucoup de respect, une pointe d’émotion, un peu d’appréhension et aussi une bonne dose de désir réciproque. La braise couvait depuis le début pratiquement. L’échange de mots agréables autour de mets succulents avait, semble-t-il, donner envie à P. et à Y.  d’allier le geste à la parole et de continuer à s’être agréable l’un l’autre mais sur un autre plan cette fois.

De cette première nuit avec Y., P. ne ressortit pas changé. Il avait toujours en tête des scènes d’amour torrides entre mecs « hors normes », scènes qu’il n’avait par ailleurs jamais vécu… Pourtant, subtilement, il sentait que quelque chose l’avait accroché. Une caresse, une douceur, une attention, une délicatesse ? Il ne parvenait pas à mettre de mot sur le bien être qu’il avait ressenti ce soir là, mais il en gardait finalement un souvenir assez marqué.
Bien qu’il trouva qu’Y. ne présentait pas les attraits de l’Homme Parfait-Idéal qu’il aurait aimé débusqué, P. ressentit tout de même le désir de le revoir régulièrement. Il appréciait leurs conversations sur tout et sur rien, leurs dîners simples « à la maison », leur jeu de séduction sans chichi. Une ambiance franche et très détendue qui menait à des soirées et à des nuits du même acabit.

Finalement P. se sentait si bien avec Y. qu’il n’avait plus envie de le lâcher. Il passait son temps libre avec lui. Tout son temps libre… si bien qu’on aurait pu alors dire qu’ils vivaient en couple. Quelques temps après ils décidèrent d’officialiser leur rencontre en s’installant ensemble. C’est à partir de là que P. commença à avoir des doutes.

Alors que P. trouvait progressivement un certain équilibre – nouveau pour lui – dans sa vie avec Y., ce dernier semblait quant à lui assez indifférent à tout ce chamboulement. L’installation avec P., le déménagement, la gestion du quotidien, tout cela ne le perturbait finalement pas trop. P. y vit une grande force émotionnelle, même s’il ne put s’empêcher de croire qu’Y. intériorisait un peu trop ses émotions.

La vie s’écoulait donc ainsi, sans heurts, sans contraintes qu’on ne discuta pas, sans soubresauts. Une chose pourtant venait de temps en temps titiller P. : Y. ne répondait pas toujours ou alors très mollement aux élans de tendresse de P. Et à bien y réfléchir, P. n’entendait jamais Y. lui dire de mots doux. Alors que lui-même était quasiment tout le temps à dire à Y. combien il tenait à lui, Y., lui, ne s’exprimait jamais sur ce point. Pourtant P. savait qu’Y. tenait à lui. Il le sentait, c’était évident. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Y. de son côté se sentait las, comme insatisfait. Non qu’il ne fût pas heureux d’avoir rencontré P., de l’avoir découvert, de le sentir désormais attaché à lui et, dans une certaine mesure, de vivre chaque jour à ses côtés, mais plutôt qu’il n’apprécia pas le quotidien un peu trop banal de sa vie.
P. ou quelqu’un d’autre, cela serait sans doute revenu au même, pensait Y. Il aurait éprouvé le même besoin « d’évasion », la même envie d’aller voir ailleurs, comme ça, innocemment, comme on fait un détour sur un chemin tout tracé, sans que ça porte à conséquence.

Y. se mit à avoir des aventures. Il avait beau éprouver à chaque fois le même remord, la même déception de lui-même et cela avait beau ne rien changer à sa vie, il ne pouvait pas s’en empêcher. Il était comme obnubilé par ce désir de connaître l’extase dans d’autres bras, pensant à tort que cela l’épanouirait… Mais ça ne faisait qu’ajouter le poids de la culpabilité à la palette d’émotions (confuses) qu’Y. ressentait face à P.

P. ne comprenait pas ce qui pouvait rendre Y. si absent par moment. Il le sentait amoureux mais, comment dire ?, de loin. Pas franchement, mais plutôt timidement, comme une personne anxieuse qui hésiterait à franchir le pas. P. ne se serait jamais douté qu’Y. entretenait des liaisons en dehors de leur couple, si Y. ne le lui avait pas dit.
Car un jour, ne pouvant plus faire face à cette double vie, rongé de l’intérieur par une culpabilité insoutenable – et pensant se faire pardonner sa faute en jouant la carte de la sincérité –, Y. annonça tout de go à P. qu’il le trompait. Dans un premier temps, P. n’entendit pas ou refusa de comprendre ce qu’Y. venait de lui dire. Puis, mesurant petit à petit l’impact d’une telle révélation, il s’enferma dans un silence glacial. Blessé au plus profond de lui-même, P. resta ainsi muré dans sa solitude pendant des semaines. Bien que soulagé d’un poids, Y. ne savait pas comment agir, aussi il ne disait rien, ne faisait rien ; il attendait.
Lorsqu’enfin P. sortit de sa réserve, se ne fut pas pour blâmer Y. mais pour lui proposer de repartir de zéro, de faire table rase, de tenter de regagner la confiance perdue. Indélébile, la trace laissée par cette trahison allait sans doute meurtrir P. pendant longtemps. La confiance ne reviendrait peut-être jamais.
Mais P. ne  peut pas se résoudre à gommer ses sentiments profonds pour Y. Certes le coup été dur et il ne l’avait pas envisagé un seul instant mais, passé le choc, il a décidé d’aller au-delà de ses simples sentiments « contextuels » pour suivre ceux, plus enracinés et donc plus durables, qu’il a nourris depuis sa rencontre avec Y. Cette rencontre qui a vraiment changé sa vie et surtout sa façon de voir la vie…

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