#64 – Burn Out

F. ne travaille qu’à la perfection. Il ne sait pas faire autrement, ou du moins, il ne conçoit pas de pouvoir bosser différemment.

Le plus étrange dans cette histoire — qui se finit bien — c’est que personne ne lui a jamais demandé d’être aussi « parfait » qu’il l’est. On ne lui a jamais imposé de prendre en charge plus de dossiers qu’il n’avait à en prendre. Oh, on a bien essayé, comme ça pour voir… Et le fait est que ça a marché. Et F. s’est si bien acquitté de cette charge de travail supplémentaire que, « tout naturellement », on s’est tourné à nouveau vers lui quand il a fallu dispatcher les dossiers non traités par d’autres.

Dans la même veine, si on s’en souvient, on n’a jamais exigé de lui un tel niveau de qualité dans le rendu de ses dossiers. Evidemment, comme tout un chacun, on s’est félicité de voir que F. fournissait un travail bien plus qualitatif qu’espéré. Mais comme ce n’était pas une demande « de base » on n’a pas vraiment songé à s’en émouvoir ou à l’en féliciter !

De fil en aiguille, cette situation un peu exceptionnelle est devenue la norme. La norme, oui, mais uniquement en ce qui concernait F. car pour les autres rien n’avait changé. De toute façon F. trouvait ça assez normal, lui aussi. Passer plus de temps sur ses dossiers et ne rien laisser au hasard — alors que les autres travaillaient de façon bien plus légère lui semblait-il –, tout cela donc, lui paraissait être la moindre des choses. « __ C’est avant tout pour moi que je le fais, car je ne supporte pas le travail bâclé », ainsi parlait-il de la pression qui s’accumulait sur ses épaules.

La pression — autrement dit, la force ou la tension — qui l’écrasait peu à peu semblait être une sorte de moteur pour F. Plus il avait la pression et plus il se sentait bien… en apparence. Car de galvanisé à accablé il n’y avait qu’un pas. Un subtil point d’équilibre qui un jour a basculé : comme une cassure, un ras de marée, un ras le bol. Les nerfs qui lâchent, le corps qui se détend subitement, ne pouvant plus en supporter davantage, comme un gaz soudainement libéré d’une bouteille qui explose. Et la fameuse pression qui emporte tout sur son passage.

Ce jour là, F. s’en souvient encore, il a décidé de lâcher prise, de se ménager, de lever le pied. Foncer oui, mais pas pour aller droit dans le mur. Etre exigeant oui, mais dans la limite de ses capacités. Etre perfectionniste oui, mais accepter l’idée qu’on est pas parfait. Se sentir utile, oui, mais ne jamais croire qu’on est indispensable (et encore moins irremplaçable). Se mettre la pression oui, mais ne pas accepter que ce soit les autres qui vous la mettent. Et puis surtout, prendre le temps de goûter tout ce que la vie a de meilleur parce qu’on en a qu’une et ça F. l’a bien compris.

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