#42

Marguerite se trouvait bien fade à côté de Coquelicot. Forcée de cohabiter dans le même champ avec cette intruse, Marguerite avait sans cesse le sentiment d’être moins bien, moins belle, moins sensuelle, moins développée, moins légère… que sa voisine. Toujours moins, jamais plus. Et il faut dire que Coquelicot, plus arrogante que toutes les autres fleurs connues, ne manquait jamais une occasion de donner à croire qu’elle était « naturellement supérieure ».
Pourtant, le jour où la faucheuse (qui faisait aussi moissonneuse batteuse) vint les cueillir et les broyer, toutes deux furent réduites à rien en un seul et même mouvement de la lame. En lambeaux en quelques secondes, sans crier gare. Elles étaient mortes et que l’une fusse plus ceci ou cela que l’autre ne faisait plus aucune différence à présent.
Dans un dernier sursaut de son esprit, Marguerite pensa que si elle avait su que la mort nous ramenait tous à notre infime condition, elle ne se serait sans doute pas sentie inférieure. Bien au contraire. Mais il était maintenant trop tard…

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