Mon bien le plus précieux

011-adam-and-eve-theredlistAprès être allé courir 10 kilomètres, à la fraîche, dans les rues encore calmes de Paris ; après m’être découragé face à ce ventre qui est le mien et dont la silhouette peine à s’aplanir ; après être allé visiter la nouvelle salle de sport pas très loin de la maison ; après avoir passé une bonne partie de l’après midi au hammam, à suer toute l’eau de mon corps, je me retrouvais finalement allongé sur la table de massage, enveloppé par une musique douce, vaguement new-age et un peu surannée, et la lumière chevrotante d’une bougie minuscule. Je me laissais glisser de digression en digression, réfléchissant tant bien que mal à mes réunions à venir, aux courses à faire, aux choses en retard, bref, à la vie de tous les jours, quand je finissais par tomber sur une évidence : mon corps est le seul bien qui m’appartienne réellement.

Je vous avais prévenu, c’est une évidence. N’empêche que. Ça tombe tellement sous le sens que, comme toute évidence, je n’y prête aucune attention. Outre le fait que tous les autres objets que je détiens puissent m’être enlevés sur un revers de fortune, mon corps est le seul bien sur lequel, en principe tout du moins, personne ne peut se prévaloir d’avoir un quelconque droit (bien que le commerce du corps existe).
Allongé sur ma table de massage donc, palpé, roulé, étiré, effleuré par les mains habiles du masseur, je m’enfonçais peu à peu dans ma pensée. Je prenais conscience doucement de la réalité de mon corps, seul preuve tangible de mon existence et contenant de mon moi spirituel. Je sentais ma peau — plus ou moins souple, plus ou moins relâchée –, de ma chair — plus ou moins ferme –, des mes nerfs — plus ou moins réceptifs –, de mes muscles — plus ou moins entraînés –, de mes organes et de mes os. Un simple tas de matière organique ? C’est vrai, mais un tas modelé de façon très précise sur un modèle universel et pourtant unique. Et puisque je n’étais plus à une évidence prés je me rappelais tout à coup qu’aucun être humain ne possède le même corps que moi.

Partant de ce point de départ, je me signifiais en pensée la préciosité de ce corps, d’une part du fait de sa singularité et, d’autre part, à cause de sa complexité. Je me disais que quitte à ne posséder qu’un seul objet, il valait mieux que ce fut celui-ci. Et du coup, je m’interpellais sur ma façon de prendre soin de mon seul bien matériel. Il va de soi que si dans ma vie toute entière je devais protéger une seule chose, envers et contre tout, c’était bien de mon corps dont il s’agissait. Rien ne méritait plus mon attention…
Et pourtant. Que faisais-je de mon bien le plus précieux ? Y prêtais-je, ne serait-ce qu’un peu, attention ? L’entretenais-je comme il le faut ? La réponse, tout aussi évidente que la question, était « non (bien sûr) ». Mauvais traitements à corps en danger : ça sonnait plutôt bien !

Mauvaise alimentation : de la bouillie industrielle, bourrée de produits chimiques, de conservateurs et de composants 100% artificiels… Du poulet reconstitué au plat surgelé aux ingrédients douteux, la liste serait longue si l’on décidait de recenser toutes ces merdes que l’on ingurgite en pensant qu’elles sont bonnes pour la santé.
Mauvaise attitude : pas d’activité physique — ou de façon irrégulière, voire inconsidérée –, voiture à outrance, posture déformante, avachissement, rythmes de sommeil déréglés… Lorsque je me faisais massé, j’avais la sensation que le travail du masseur consistait à aplanir une feuille (mon corps) toute froissée. Et qu’à chaque fois qu’il relâchait son effort, ladite feuille reprenait ses mauvais plis, irrémédiablement, quel que soit le soin apporté à la rendre de nouveau belle et lisse.
Mauvaise activité : brûlé au soleil chaque été, brûlé de l’intérieur lorsque je fumais encore, brûlé de partout par les tatouages, les régimes, les toxines, la pollution, les pseudo médicaments, l’alcool… Comment peut on se maltraiter autant ? Quel diktat nous y oblige ?
Mauvais coup : coup de grisou, coup au moral, coup de massue… Comment garder la forme quand tout autour de moi m’assomme ? Les nouvelles sont mauvaises partout, tout le temps et ça me gâte de l’intérieur. Alors certes, l’équilibre est sans doute ailleurs, mais toujours est-il que s’épanouir dans la morosité c’est toujours plus compliqué.

Voilà où j’en étais de mes réflexions quand le massage a pris fin. Je m’apprêtais à retourner à ma vie de tous les jours mais, imperceptiblement, je crois, quelque chose de nouveau était né en moi. Une sorte de petite graine de conscience. Peut-être un détachement étonnant qui se serait fait jour ? Ou tout simplement une cassure, un ras le bol face à une hygiène de vie que je perçois comme néfaste voire contraire.
Le premier pas était fait. Il allait maintenant me falloir trouver les moyens et surtout la force de caractère suffisante pour changer mes habitudes (et celles de celui qui désormais m’accompagne ? )

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9 réflexions sur “Mon bien le plus précieux

  1. C’est le petit plus du massage : prendre conscience de son corps et comprendre qu’il est toujours temps de changer quelques mauvaises habitudes…
    C’est pour ça que j’ai fait ma dernière formation en massage bien-être !!!
    D’ailleurs dans 18 jours, j’ai un RDV massage qui m’attend !!!

  2. Eh oui , on est responsable de son corps. Manger n’importe quoi ou n’importe comment, en excès ou pas , à un moment donné , on en paye le prix. Dur retour à la réalité. Depuis 1 an et demi que je suis en banlieue parisienne, j’ai délaissé le sport. Je reprend et ben c’est pas gagné. En fait , il faut toujours être sur le qui vive, mais rien n’est jamais perdu, alors vivement demain et bon courage (mais à vous deux se sera plus facile 🙂

Et si tu réagissais ?

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