Fenêtre sur rue

J’habite au sixième étage d’un immeuble qui n’a pas d’ascenseur, c’est ainsi. C’est bon pour la forme physique paraît-il. Du haut de mes fenêtres je domine la rue et les pâtés de maisons voisins. Il n’y a pas vraiment de style architectural dans mon quartier. Il  y a des immeubles de tout style. Des grands, des très grands et des petits. Il y a même des maisons — certes, pas beaucoup, mais quelques une quand même, qu’il faut deviner cachées dans les ruelles.

Je ne suis pas vraiment du genre à regarder ce qui se passe chez les autres. Pour tout dire, je n’y pense pas et je crois même que cela m’ennuie. Ce n’est pas très vivant, pas très intéressant. Il ne se passe pas grand chose. On pourrait s’imaginer qu’il y a toujours une scène extraordinaire à observer, comme par exemple un meurtre, un coït, un fantasme, un truc qui sort vraiment de l’ordinaire… Eh bien non, ce n’est pas le cas. Ce n’est pas la télé ! Enfin, pas dans ce quartier en tout cas.

En face, juste sous mes fenêtres, vit une famille. Appelons la la famille A. Chez les A. c’est Madame qui s’active. Monsieur vit pour ainsi dire dans son fauteuil de relaxation — assez moche, en cuir, qui tourne sur lui même et avec un repose mollets ajustable. Sa particularité c’est qu’il est en slip pratiquement à chaque fois qu’il est assis dans son fauteuil. Il enlève son pantalon et s’installe, face à la télé, prés de son velux (leur appartement est sous les toits) et donc, sous ma fenêtre. A part ça, il ne se passe pas grand chose. De Madame A. je ne connais que les jambes. Je ne crois pas avoir déjà vu son visage. Je connais aussi les enfants (ou au moins celui qui ne marche pas encore) et la baby-sitter qui attend le retour des parents du travail — ou du restaurant ? — le soir. Je suis toujours surpris quand je regarde par la fenêtre dans leur direction. Hormis en pleine nuit, il y a toujours quelqu’un d’éveillé dans leur appartement. Du moins, il y a toujours de la lumière. Quelle que soient les heures auxquelles je me couche et me lève, ils sont toujours couchés après moi ou levés avant.

Dans le bâtiment d’à côté il y a un jeune homme qui vit seul. Je crois qu’il est un peu exhibitionniste. Il faut dire qu’il a un corps remarquable, fin, musclé et visiblement bronzé. A l’inverse, son visage ne semble pas très beau (enfin, de ce que j’en ai vu de là où il m’est arrivé de l’observer). Il est le plus souvent torse nu, affalé sur son canapé. Parfois il est même entièrement nu, et le moins que l’on puisse dire c’est que tout le monde profite de la vue..  L’autre fois, il est entré dans sa cuisine et a enlevé ses vêtements un par un pour les mettre dans la machine à laver, à côté de l’évier. Evidemment il était face à la fenêtre, comme en vitrine pour ainsi dire. C’est à ce moment qu’il a relevé la tête et qu’il m’a vu. Depuis je n’ose plus trop regarder dans la direction de son appartement, même si je pense qu’il prend plaisir à savoir que d’autres peuvent l’observer. De temps en temps il y a une fille qui passe chez lui. Je me garderais bien de dire s’il s’agit de la même à chaque fois.

Plus à droite, côté chambre, je donne sur un grand appartement avec une cuisine tout en longueur et deux chambres (au moins). Ce sont des étudiants qui l’occupent. En fait, j’imagine que ce sont des étudiants et qu’ils sont colocataires. Mais je fais peut être fausse route ? Ce sont peut être des frères et sœurs, qui travaillent, et se sont regroupés dans l’appartement de feux leurs parents ?  En attendant c’est souvent un bazar sans nom dans les pièces. Enfin, surtout dans la cuisine et dans la chambre du bout. Table non débarrassée, évier encombré, boîtes de céréales qui traînent, chaussettes, slips, pantalons, etc à même le sol… Un vrai chantier ! Ca me rappelle moi il y a quelques temps.
Il leur arrive de rester au lit presque tout le dimanche et de surgir en caleçon dans la cuisine sur le coup de 17h. Une vie de patachon ; ou d’insouciance.

De mes fenêtres je vois aussi ce couple d’hommes qui arrose ses géraniums avec un petit arrosoir jaune au printemps ou cette Black avec les cheveux en boule qui pend tout le temps du linge à la rembarde de son balcon, ou bien encore ce qui ressemble à un vieux monsieur qui ouvre grand la fenêtre pour profiter du soleil qui donne sur la table de son séjour quand il prend son petit déjeuner.
Je les observe distraitement et non discrètement. Je n’y fais pas forcément attention, je les vois, c’est tout. Et ils me voient sans doute aussi, mais ça, c’est une autre histoire…

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8 réflexions sur “Fenêtre sur rue

  1. Une belle chronique sur tes voisins de vue. Les autres m’ont coupé l’herbe sous les pieds mais je pose quand même la question : et eux, qu’auraient-ils à raconter en regardant tes fenêtres ? Ca pourrait être un exercice « autofictionnel » intéressant 😉

    • Sans doute auraient ils des tas de choses à raconter : tu penses bien, deux hommes qui vivent ensemble c’est un beau sujet de blog 😉

  2. Bien, on apprend certaines choses, tu entretiens ta forme physique, t’a été ou tu es moins bordélique (étonnant…), en tous les cas t’es observateur . Ah oui, ils n’ont pas de rideaux et toi non plus apparement !

  3. Je voulais laisser un commentaire mais maintenant que j’y suis, je ne sais que dire sinon que tout cela est fort bien écrit et que j’aurais bien aimé que tu nous racontes davantage ce qui se passe de l’autre côté de ta fenêtre.

    • C’était un peu le but : donner à imaginer ce qui se passait de mon côté en racontant ce qui se passe de l’autre côté.
      Merci pour le compliment en tout cas

Et si tu réagissais ?

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