L’héritage

Depuis quelques mois j’ai cette envie d’écrire un article (et, plus globalement, j’ai cette réflexion) sur « ce que ma mère m’a transmis » ou, dit autrement, en quoi elle a influencé mon être. J’y pense parce que j’essaie toujours (en vain diront certains) de comprendre mes réactions et de chercher à percer le mystère de mon fonctionnement. Je suis persuadé que mieux se connaître c’est mieux s’accepter et, donc, être plus disponible pour accepter les autres. En fait, je crois que tout, absolument tout et non presque tout, est lié.

Je parle de l’influence de ma mère parce qu’elle me paraît plus évidente que celle de mon père. En bon pédé, je reconnais me sentir plus de points communs avec maman qu’avec papa. Pourtant, bien sûr, lui aussi a joué un rôle fondamental dans la formation de l’homme que je suis aujourd’hui. Mais revenons à ma mère. Si je ne devais citer qu’une seule chose parmi celles qu’elle a transmises à ses enfants, je dirais sans hésiter  la peur. La trouille, la frousse. La peur du gendarme (du père), la peur de l’autre, la peur du changement ou encore la peur de l’inconnu.  Ma mère est une éternelle inquiète, une perpétuelle angoissée. Cela fait des années (voire des décennies) qu’elle ne dort plus son compte, passant ses nuits à ressasser encore et toujours les mêmes craintes. On dirait d’elle aujourd’hui qu’elle est complètement flippée. Cet état d’esprit ma mère me l’a subtilement distillé pendant des années, et peut être même qu’elle a commencé à le faire pendant sa grossesse ! Elle m’a toujours mis en garde pour tout. Elle a toujours su faire naître en moi le doute, la crainte, l’incertitude. En fait, elle a pris pour argent comptant le proverbe qui dit qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Quitte à se contenter d’un tiens très insatisfaisant.
L’idée que je puisse, par exemple, changer de travail ou même simplement y penser, est une source d’anxiété énorme pour elle. Je ne dis pas que c’est une démarche anodine, mais je me demande comment on peut mener à bien ce genre de changement si on n’est pas serein. Si on ne croit pas à l’intérêt véritable d’une démarche, celle-ci n’est-elle pas fatalement vouée à l’échec ? Cette anxiété que ma mère cultive pour tout, elle le déverse en flots constants sur moi : « rien n’est jamais assez sûr ; tout est aléatoire ; il ne faut faire confiance à personne ; il ne faut pas bouger car on risque de tout perdre… » Certes, mais quand on ne possède rien, quel est le risque ?

Ça à l’air facile à première vue de combattre cette idée que l’immobilisme serait la meilleure des défenses. Pourtant ça ne l’est pas. Car cette hypothèse d’attentisme n’a pas de contours clairs. Elle n’existe qu’insidieusement, dans des moments cruciaux : quand vous devez faire un choix et/ou prendre une décision qui vous engage. Du coup, le reste du temps, on n’y pense pas et on n’en ressent pas l’extrême inconfort. J’ai pris cet exemple du changement de carrière car c’est celui qui me concerne ces jours ci, mais je pourrais illustrer mes propos avec mes difficultés relationnelles, qu’elles soient amoureuses, amicales ou professionnelles. Ma mère m’a appris à ne pas faire confiance ! Eh oui, ce sont des choses qui arrivent… Elle aurait peut être eu mieux fait de m’apprendre le discernement car, malheureusement, dans ce domaine comme dans bien d’autres, la peur n’évite pas le danger. Autrement dit, ne pas faire confiance n’exclut pas le danger de se faire avoir quand même. Mais vous comprenez aisément qu’engager des relations dans une telle atmosphère de crainte et de méfiance est un défi presque impossible à relever. Et puis je pourrais vous citer encore plein d’autres exemples : la peur de la maladie, la peur de trop faire de sport (sic), la peur du qu’en dira-t-on, la peur d’avoir un fils gay…

Pourtant, c’est évident, je ne peux pas lui en vouloir. Toute cette énergie déployée pendant près de 40 ans n’avait, je le crois sincèrement, qu’un seul but : protéger ses enfants. Sans doute avait-elle pour projet inconscient de nous enfermer dans une bulle, dans sa bulle. Un espace où les autres, le monde, l’extérieur, n’auraient pas pu nous changer, nous faire du mal ou, pire encore, nous enlever à elle. Parce que je sais bien que c’est l’amour qui pousse à surprotéger ses enfants. Aujourd’hui j’aimerais que cette amour me serve à avancer plutôt qu’il me retienne en arrière, dans le doute et le manque de confiance.

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9 réactions sur “L’héritage

  1. Tiens, j’ai l’impression que tu décris Anita, la mère de ma fille. C’est pour ça que je ne veux pas lui laisser ma fille pour lui permettre de s’ouvrir au monde en ayant confiance.

    Sinon, j’ai un conseil : essaie les fleurs du Dr Bach. C’est du genre homéopathie sur toutes les émotions possibles. Le « rescue » est le plus efficace… il y en a même pour le stress lors d’un grand changement dans sa vie… Ca s’achète en magasins bio ou sur internet….

  2. Han mais une maman, jeunes gens, jusqu’au dernier souffle et même après vous serez lié à elle.
    Il faut accepter ça et faire comme Loup, lui faire des retours sur sa façon de dire ou faire les choses.
    Bon ok, je fais mon crâneur là mais je n’en mène pas large quand je suis en face d’elle.
    Sinon ta phrase « Mais revenons à ma mère. » fera les délices d’un psy-machin-chose qui voudra forcément entendre parler du père ;o)

  3. Une mère qui ne s’inquiéterait pas pour ses enfants serait-elle vraiment mère ? (vous avez 3 heures).
    Ma mère aussi est d’un tempérament très inquiet et s’angoisse pour un rien. C’est un peu « je m’inquiète, donc je suis ».
    Je me suis construit en réaction à cela. Quoique d’apparence sereine, je reste quelqu’un d’anxieux mais fonceur : droit devant, calmement, et on verra bien.

    • C’est une bonne démarche, je crois, de tenter de se différencier de ses parents. On ne peut pas échapper totalement à ce qu’ils nous inculquent car c’est trop enraciné en nous pour pouvoir faire quelque chose. Mais on peut – on doit même – suivre son propre chemin même si cela va à l’encontre de ce que nos parents ont voulu ou pensé pour nous. C’est peut être le meilleur (et le seul ?) moyen de se construire.

  4. Ma mère et la tienne partagent la même angoisse pour tout. Du coup, ta réflexion personnelle sur l’origine de tes difficultés relationnelles prend un intérêt particulier à mes yeux.
    Je crois cependant que le modèle de couple que nos parents nous ont présenté dès notre plus jeune âge intervient pour une part non négligeable dans la façon de conduire nos propres relations amoureuses.

    Pour finir, je voudrais juste retranscrire ici une phrase que j’ai lu ces derniers jours sur un autre blog et qui fait joliment écho à ton post d’aujourd’hui : « Life isn’t about waiting for the storm to pass, it’s about learning to dance in the rain ».

  5. Pour avoir exactement le même problème (à savoir une mère trop protectrice qui transmet ses peurs à ses enfants), je me permettrai de dire que je ne suis pas d’accord avec toi : on peut leur vouloir. Je ne vais pas le lui dire directement, mais je considère qu’elle a mal rempli son rôle de mère. Car le rôle des parents n’est pas de protéger leurs enfants de tout, leur rôle est d’apprendre à leurs enfants à se débrouiller dans la vie, à évaluer les risques et à être heureux. Et ce n’est certainement pas en protégeant les enfants de tout que les enfants apprennent, bien au contraire !
    Alors quand je vois que ma mère essaie de recommencer son cinéma avec mes neveux, reprochant à mon frère de ne pas assez les protéger, là j’interviens…

    • Tu as raison, …d’un certain point de vue. Peut être y a t il un juste milieu à trouver entre des parents sur-protecteurs et des parents sous-protecteurs ?
      Evidemment, en ce qui me concerne j’aurais tendance à agir un peu comme ma mère, c’est à dire à trop vouloir protéger. Mais je n’ai pas d’enfants et je n’interviens pas dans l’éducation de mes neveux et nièces 🙂

Et si tu réagissais ?

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